Disclaimer.
Cette fanfiction se déroule après la fuite
de Jin sous sa forme démoniaque, à la fin du 3ème Tekken. J’ai
imaginé ce qui avait pu se passer pour lui durant deux ans, quand tout le monde
pensait qu’il avait disparu. Tout cela reste purement fictif, mais j’ai tenté
de respecter certains éléments de l’histoire réelle pour garder un semblant de
crédibilité.
Bonne lecture.
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Jin n'en pouvait plus.
Il avait marché, marché... Depuis combien de temps, il ne pouvait le
dire.
Il était mort de faim, mort de soif, mort de fatigue…
Haletant, brisé, meurtri au plus profond de lui-même, il tentait de
reprendre son souffle, souffle comprimé douloureusement dans sa poitrine en
feu. Il sentait ses membres rompus crier grâce et s'arrêta un instant. La douleur
s'estompa un peu, mais resta présente en lui.
Depuis qu'il avait fuit ce tombeau où avait eu lieu la finale du
troisième tournoi, il se posait cette question…
Une question qu’il se répétait inlassablement, en attendant qu’il trouve
une réponse le détrompant sur le geste de son grand-père.
Pourquoi Heihachi Mishima, le leader de la MFE, un homme que tout le
monde respectait et craignait, la seule famille qu’il lui restait, la seule
personne en qui il avait une confiance absolue l’avait-il lâchement tué ?
Qu'avait-il fait pour être victime d’une telle trahison ?
Etait-ce un crime qu’il possède en lui une chose si horrible qu'elle le
faisait se métamorphoser en un être à peine humain, rempli du seul désir de
destruction et de mort ?
Une chose qu’il ne pouvait définir, mais qu’il savait présente en lui,
tant elle était malfaisante... Tant sa voix le hantait chaque fois qu’un peu de
bonheur éclairait son existence... Une chose qu’il redoutait lorsqu’il sombrait
dans le sommeil, car, dans ces moments-là, elle revenait, et sa voix cruelle et
mielleuse lui chantait les délices de l’Enfer…
Alors il se réveillait en sursaut, couvert de sueur, espérant de toutes
ses forces si cette voix, il l’avait juste rêvée, ou alors…
*
* * * *
Il émergea de ses pensées.
Levant les yeux, il regarda autour de lui. Il faisait nuit noire. Il se
trouvait dans une forêt ou dans un bois, appuyé contre le tronc d'un arbre. Il
ne savait pas où il était, il ne savait pas quel jour on était, il ne savait
pas non plus depuis combien de temps il marchait ainsi, animé par la seule
pensée de fuir le plus loin possible, de fuir ce grand-père qu’il avait tant
admiré…
Cela faisait
maintenant plus d’un quart d'heure qu'il s'était arrêté. Il l'ignorait, il
n'avait plus la notion du temps... L'une après l'autre, les étoiles
s'allumèrent dans le ciel, éclairant faiblement le jeune homme. Un courant
d'air le fit frissonner. Un éclair déchira le ciel. La pluie se mit à tomber.
Jin offrit son visage à l’orage et s’imprégna de la pluie désaltérante. En
quelques secondes, il fut trempé jusqu’aux os. Les lambeaux de son pantalon ne
le réchauffaient pas, mais il s'en moquait. Il pensait seulement à trouver un
endroit où se réfugier et se reposer, le temps de préparer sa vengeance...
*
* * * *
Soudain, un hurlement retentit non loin de
là.
Jin tourna brusquement la tête pour tenter de localiser d'où cela venait.
Un loup ? Non ! Pourquoi un loup ? Cela devait
probablement être un chien. Oui, un chien ! Des loups, il n’y en pas en
liberté partout…
Des bruissements de feuillages autour de lui le firent sursauter.
Un peu inquiet, il se mit à courir droit devant lui. Il ne savait pas où
il allait, mais il avait un mauvais pressentiment. Tout autour de lui régnait
une atmosphère menaçante et maléfique. Il le sentait.
Et son instinct ne l'avait jamais trompé...
On eut dit qu'il ne ressentait plus aucune douleur tant il courrait vite.
Il fendit les fourrées, regarda autour de lui. Rien.
« OUUWOUUUUUUUUUUUUHOUUUUUUUUUU ! ! ! »
Un deuxième, plus proche.
Affolé, il reprit sa course, un croissant de lune éclairant faiblement
son chemin. Il slaloma entre plusieurs arbres et buta malencontreusement contre
une racine basse. Il s'étala de tout son long dans la boue détrempée. Il resta
un instant dans cette posture, l'oreille aux aguets, tentant d'entendre le plus
infime bruit de pas. Il se releva doucement, couvert de boue et reprit
difficilement son chemin. Au bout de quelques minutes de marche, il aperçut un
sentier non éclairé. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il traversa en
courant les buissons qui le bordaient...
*
* * * *
Lena détacha son regard de
la route et tendit le bras pour allumer la radio. Aussitôt, son CD de Marilyn
Manson s’enclencha.
« You came to see the mobsceeeen ! ! ! I know it
isn’t your sceeeeeen ! ! ! »
Lena était étudiante au lycée de Brisbane.
Parallèlement, pour pouvoir payer ses
études et les factures de son appartement, elle travaillait, ainsi que la
plupart des autres étudiantes, comme serveuse dans un café.
Ce soir, elle avait échappé de justesse à son tour de vaisselle par un
mensonge honteux et elle roulait en direction d'un loueur de DVD. Elle
s'apprêtait à passer une bonne soirée à manger des pizzas et regarder des films
d'amour avec son amie Julia Chang. Elle l’avait invitée chez elle, après que
cette dernière soit revenue du tournoi d'arts martiaux auquel elle avait
participé. A l'idée de se goinfrer de Margherita et de Coca, elle accéléra. Sa
voiture s'engagea dans un petit chemin non éclairé, bordé d’arbres. C'était son
raccourci qui coupait par les bois immenses qui entouraient quelque peu la
ville.
« Mobsceeeeeen ! ! ! »
Elle sursauta quand le tonnerre gronda. La pluie se mit à tomber à verse
et Lena enclenchait ses essuies-glace quand son portable sonna.
Elle tendit le bras pour prendre son mobile dans son sac, détournant
momentanément le regard de la route.
« Allô ?
_ Lena, c'est Julia !
_ Salut !
_ Comme DVD, prends le deuxième Bridget
Jones s'te plaît.
_ Je prends aussi Coup de foudre à
Nothing Hill. Je l’ai jamais vu.
_ OK.
_ Bye.
_ A tout à l'heure ! »
Elle raccrocha et rangea son portable dans son sac, détournant le regard
de la route une nouvelle fois.
Tout à coup, ses phares éclairèrent une
ombre qui passait à grande vitesse devant sa voiture. Elle poussa une
exclamation de surprise et freina à mort. La voiture percuta la chose avec un
affreux crissement de pneus. Le choc projeta Lena contre le volant avec
violence. Elle sentit sa lèvre se fendre. Le véhicule fit plusieurs tours, puis
se stabilisa. Un peu sonnée, la bouche remplie de sang, elle dégrafa malgré
tout sa ceinture, et bondit hors de sa voiture.
La pluie s’abattit sur elle. Elle s'approcha de la chose étendue par
terre éclairée par les phares de sa voiture.
Un éclair éclata.
Son cœur cessa de battre.
C'était un homme.
Il était prostré sur le ventre, le torse nu, seulement vêtu d’un pantalon
déchiré. Elle le retourna sur le dos avec précaution. Il était couvert de boue.
Elle porta deux doigts tremblants contre son cou. La pluie abondante commençait
déjà à faire partir la boue qui le recouvrait.
Pourtant, comme elle le regardait, elle ne vit aucune blessure profonde
sur lui. Pas de blessures. Pas de sang. Juste des écorchures, des plaies et
autres griffures, ainsi que de la terre. Elle s'en étonna.
Comment se fait-il
qu'il n'ait presque rien, je l'ai pourtant percuté de plein fouet... C'est
vraiment bizarre...
A cet instant, elle eut un choc à l’estomac en s’apercevant que l’homme
évanoui était très beau et aussi jeune qu’elle.
Il était grand et typé.
Il avait des cheveux d’un noir de jais, courts et dressés en arrière, se
terminant en pointe. Quelques longues mèches lui retombaient sur le front,
accentuant la finesse de ses traits. Sous sa peau lisse et dorée, se dessinait
le relief impressionnant de ses muscles. A coups sûrs, il devait être un des
nombreux surfeurs ou basketteurs qui peuplaient Brisbane. Il avait de longues
jambes puissantes et ses abdos semblaient d'acier.
Un détail attira son
regard sur le bras droit de l'homme. Un signe noir. Un tatouage. Deux sortes
d’éclairs noirs entrelacés. Elle resta stupéfaite un instant. Cet homme portait
le même tatouage qu'elle, mais elle l'avait sur le bras gauche. Elle resta un
moment dans cette position, accroupie, le regard figé sur le tatouage, puis
elle se redressa.
Elle prit le jeune homme par la taille et tenta de le soulever. En vain.
Elle réessaya une nouvelle fois en y mettant toutes ses forces et réussit à le
hisser debout. Elle poussa un long soupir et reprit sa respiration. Elle le
tourna face à elle et, en reculant à petits pas, entreprit de le conduire vers
sa voiture.
Il était bien plus grand qu'elle et sa tête dans son cou la gênait. Bien
malgré elle, elle respira le parfum des cheveux qui chatouillaient son visage.
Une gêne en plus…
Après quelques secondes
qui lui parurent une éternité, elle réussit à l'allonger sur la banquette
arrière. Elle s'engouffra rapidement dans sa voiture et tenta de se calmer.
Qu'est-ce que je
vais faire ? Mais qu’est-ce que je vais faire ? ? ? Est-ce qu'il
faut que je l'emmène à l'hôpital ? Mais... Il n'a même pas de papiers... Si ça
se trouve c’est un tueur en série recherché par la police...
Elle l’observa craintivement dans son rétroviseur. Il n’avait pas une
tête de tueur, mais il en imposait quand même. En fait, il donnait plutôt froid
dans le dos. Sans être dangereux pour autant…
Bon... Je vais
l'emmener chez moi et j'aviserai plus tard... Oh bon Dieu ! Dans quel guêpier
je me suis encore fourrée ? ? ?
Elle démarra en trombe et fit demi-tour.
*
* * * *
Arrivée en bas de son
immeuble, Lena sortit l’homme de la voiture. Elle passa son bras sur sa nuque,
tint sa taille qu’elle appuyait contre sa hanche. Elle ouvrit la porte d'entrée
d'un coup de pied.
Heureusement qu'il y avait un ascenseur !
Elle ne se voyait pas du tout monter les seize étages de son immeuble
avec un homme évanoui à porter ! Elle l'enclencha et y pénétra. Lorsque
l'ascenseur s'arrêta, elle sortit et marcha dans le couloir obscur.
Heureusement que personne ne la voyait… Les voisins auraient, une fois de plus,
recommencé à jaser sur « la p’tite
demoiselle du n° 63 ».
« Non
contente de vivre seule, de rentrer tard le soir, la v’la qui ramène un gars à
moitié habillé chez elle ! C’est du propre ! D’la mauvaise graine
j’vous dis ! Faudrait la virer d’ici à coups de pieds au... singea Lena en passant devant la porte n°
61 de Mado, une vieille fille aigrie vivant seule avec six chats aussi déjantés
qu’elle et qui ne pouvait pas supporter la jeune fille.
Elle sortit un trousseau de clés de sa
poche, en introduisit une dans la serrure et ouvrit sa porte. Le parfum de
vanille la rasséréna et elle avança à petits pas en direction de sa chambre.
Elle déposa avec précaution l'homme sur le lit, ôta les espèces de chaussures
qu'il portait. Elle alluma quelques bougies au jasmin, car si jamais il venait
à se réveiller, mieux valait une lumière douce et tamisée plutôt que quelque
chose qui l’aveuglerait.
Puis, elle posa une main sur son front.
Il était glacé ! En vérité, il tremblait de froid ! Pas étonnant
avec ce vent, la température qui descendait jusqu’à -2° C, cette fichue pluie
et lui sans presque rien ! Elle se précipita dans sa salle de bain et prit sa
trousse de secours. Elle revint vers le jeune homme, imbiba un coton d'eau
oxygénée et le lui passa sur ses blessures. Une fois qu'elle eut fini de les
nettoyer soigneusement, elle les recouvrit de pansements.
Elle resta un moment immobile.
Son pantalon était trempé, déchiré, cradossé à la boue et il risquait
d’attraper la crève. D’ailleurs son pantalon était dans un tel état que le
garder ne servait à rien. Elle se demandait ce qu’elle allait faire. Tout ce
qu’elle savait c’était qu’il fallait qu’il se change.
Oui, t’es bien
gentille, mais comment je fais dans ce cas-là ?
Elle fouilla dans ses tiroirs, en sortit un
large T-shirt puis elle alla prendre un peignoir. Cela ferait l’affaire. Elle
s’approcha de lui et, avec une gêne atroce, elle déplia le T-shirt, le lui
enfila par la tête, puis lui fit passer les bras dans les manches. Elle avait
l’impression d’habiller une poupée géante. Elle fit glisser le T-shirt le long
de son torse. Il était un poil trop serré pour lui et le moulait
avantageusement… Très même…
Mais qu’est-ce
que je raconte encore, moi ? ? ?
Elle le revêtit du peignoir et le ceintura à la taille. Elle croisa les
pans de façon à le couvrir entièrement et déchira les coutures du pantalon.
Elle le fit glisser le long de ses jambes, tout en détournant les yeux.
Quand ce fut fait, elle soupira. Le plus dur était fait…
Elle lui fit enfiler deux paires de chaussettes pour qu’il ait plus
chaud.
Elle l’allongea dans son lit. Puis elle sortit deux couvertures de son
placard et l’en recouvrit. Elle plaça aussi une bouillotte bien chaude entre
les couvertures. Quelques jours de repos ne lui seraient que bénéfiques.
Ensuite, elle alla porter son pantalon crade à la machine à laver et elle
nettoya ses drôles de chaussures.
Infiniment soulagée de ce qu'il n'ait rien
de grave, elle s'assit sur son lit, à côté de lui et le regarda dormir. Elle ne
pouvait détacher son regard de son sublime visage, éclairé par la lumière dorée
de la bougie.
Il était vraiment très très beau.
C’était le plus beau garçon qu’elle avait jamais rencontré.
Elle se demanda soudain qui il était, quel âge il avait, où il
habitait...
Qu'est-ce qu'il faisait sur un sentier perdu au milieu de la forêt, un
soir, à demi dévêtu... ? Peut-être était-il recherché ? Peut-être avait-il
été attaqué et dépouillé par des voleurs ?
Pourtant, un doute subsista en elle : pourquoi n'était-il pas mort sur le
coup ? Elle roulait assez vite, croyant que personne ne serait sur son chemin
et sa voiture l'avait percutée à au moins 70 km/h.
Un être humain normalement constitué aurait déjà succombé.
Non pas quelle aurait souhaité qu'il meure, loin de là…
C'était bizarre...
Elle chassa ces pensées de sa tête et se rendit dans le salon. Elle prit
son téléphone et composa le numéro de Julia.
« Allô ? fit celle-ci.
_ Julia, c'est Lena.
_ Ah c'est toi ! Alors, tu as trouvé les DVD ?
_ Heu... Julia, je suis désolée, mais il va falloir reporter notre
soirée…
_ Oh non Lena ! Tu m’avais promis ce soir ! Je suis en route et en plus
j'ai les pizzas !
_ T'as qu'à mettre les pizzas au congél ! Non, vraiment, j'ai un
empêchement de première importance… ( Elle se tut un instant ) Je t'en supplie,
viens vite !
_ Lena calme-toi ! Qu'est-ce qui t'arrives ? Qu'est-ce qui se passe ?
_ Je... Ce serait trop long à t'expliquer au téléphone. Mais je t'en
prie, viens vite Julia !
_ OK. T'inquiètes, j’arrive tout de suite ! ! ! »
Elle raccrocha et prit une profonde inspiration. Sa soirée ne se
déroulait vraiment pas comme prévu...
Chapitre 2
.Le démon au visage d’ange.
Quelques minutes, plus
tard, on sonnait à la porte.
Lena s'empressa d'aller ouvrir. Julia se tenait sur le seuil.
« Merci d'être venue, soupira-t-elle en se jetant au cou de son
amie.
_ Calme-toi Lena. Qu'est-ce qui se passe pour que tu sois dans cet état ?
_ Viens !
La jeune fille entraîna Julia dans sa chambre. Elle tendit le bras devant
elle. Julia se pétrifia. Elle la regarda un instant, puis reporta son regard
sur le jeune homme endormi, bouche bée, incapable de parler. Lena remarqua son
trouble.
_ Tu connais ce garçon ? demanda-t-elle.
_ Oui... souffla Julia en s'asseyant doucement près de lui. Lena... Tu
peux me faire un café, s'il te plaît...
_ Oui, bien sûr...
_ Si je m'attendais à le trouver là...
Elle s'éclipsa de la chambre et revint cinq minutes plus tard avec un mug
d'où s'échappait une fumée blanchâtre.
_ Merci... murmura Julia en portant la boisson à ses lèvres.
Lena s'assit sur un fauteuil et reporta son regard sur le jeune homme.
_ Est-ce que tu le connais ? demanda-t-elle.
_ Oui…Il s'appelle Jin Kazama... dit Julia. Il est japonais. Nous nous
sommes rencontrés lors du Iron First Tournament 3. Il faisait parti des
concurrents.
_ Mais…Qu'est-ce qu'il fait là, à Brisbane ? demanda Lena.
_ Je n'en sais rien. Je ne le connaissais pas beaucoup. Nous avons parlé
un peu tous les deux, mais c'est tout. Attends ! J’ai une amie qui le
connaît bien ! Il suffit que je l’appelle. Je peux me servir de ton
téléphone ?
_ Bien sûr.
Julia se leva et prit le combiné sur la table de nuit. Elle composa un
numéro et mit le haut-parleur.
« Allô ? fit une voix endormie.
_ Allô Ling ?
_ Ouais.
_ Salut, c’est Julia.
_ Salut ca va ?
_ Ouais et toi ? Je te dérange pas ?
_ J’étais juste en plein rêve avec Brad Pitt, c’est tout. Qu’est-ce qui
se passe pour que tu m’appelles aussi tard ?
_ Tu te souviens d’un gars qui était au tournoi de Tekken ? Jin
Kazama.
_ Ah oui ! Et bien ? Qu’est-ce qu’il a ?
_ Je me posais deux ou trois questions sur lui, mais comme je ne le
connais pas très bien…
_ Moi je le connais, dit Ling. Nous habitions dans le même immeuble avant
le tournoi. Heihachi Mishima m'avait proposé de venir habiter chez lui et j'ai
accepté. Il m'a présenté son petit-fils, Jin, expliqua-t-elle.
_ Mais il n’a pas de parents ? demanda Julia.
_ Non, répondit gravement Ling. Il n’en parle jamais, mais Heihachi
m’avait dit que ses parents étaient décédés…
_ Hé ! s'exclama Julia. Jin est le petit-fils d’Heihachi Mishima,
non ?
_ Euh…oui…
_ Mais alors, ça veut dire que son père était Kazuya Mishima ! Le fils de
Heihachi !
_ Ah mais oui ! s'écria Ling, au comble de l'excitation. Et son père,
Kazuya est mort ! Tué dans un attentat, il y environ vingt ans, à ce que m’a
dit Heihachi !
Lena ne comprenait rien à ce qu’elles racontaient, elle se contentait de
fixer le jeune homme.
_ Tu étais une amie de Jin ? demanda Julia à Ling.
_ Oh, j’aurais pas dit ça comme ça, mais on était… assez proche, oui. On
était dans le même lycée. Il était bizarre, Jin. Il ne parlait pas beaucoup et
il préférait rester seul. Il était sombre, mystérieux... On aurait dit qu’il
voulait à tout prix que personne ne sache rien de lui…
_ Ses parents, il ne savait pas qui ils étaient ? demanda Julia.
_ Oh si, sa mère s'appelait Jun Kazama...
_ Jun Kazama ? s'exclama Julia, surprise. C'est vrai ? Mais... Ma mère
m'a souvent parlé d'une Jun Kazama, une femme japonaise. Elles étaient très
amies et avaient participé toutes les deux au deuxième Iron Fist Tournament.
Mais elle est morte, il y a environ quatre ou cinq ans. Je ne savais pas
qu'elle avait eu un fils…
Elle s'arrêta un instant, le fixé sur les paupières closes de Jin.
_ Mmm… C’est bizarre… Enfin bon. Merci Ling.
_ Pourquoi tu voulais savoir ça ?
_ Oh ! Juste comme ça. Il m’intriguait, c’est tout…
_ Mmm… Bon et bien, à bientôt alors !
_ Ouais, salut !
Julia raccrocha et se tourna vers Lena. Elles restèrent silencieuses.
_ J’arrive pas à croire que ce gars est de la même famille que ce pourri
d’Heihachi. Il est si différent de lui et de Kazuya… Tu sais que Heihachi avait
enlevé ma mère.
_ Oui, tu me l’avais dit.
_ Et bien je l’ai retrouvée. Ce salaud l’avait laissée sans rien à manger
ou à boire pendant je ne sais combien de jours ! Elle était pratiquement
morte !
_ Comment elle va ?
_ Son cas n’était pas trop grave, heureusement. Les médecins ont pu faire
ce qu’il fallait à temps. Elle se repose en Arizona. Mais je te jure qu’au
prochain tournoi je vais faire la peau à ce connard !
Il y eut le silence l’espace de quelques minutes.
_ Mais…Au fait, comment tu l'as trouvé, Lena ?
_ En fait... Je... Je l'ai percuté avec ma voiture... Et... je ne savais
pas quoi faire alors je l'ai emmené ici...
_ Tu as bien fait... Mieux vaut ne pas l’emmener à l'hôpital, comme il
n’a pas de papiers. Ca ne te dérange pas de le garder chez toi ?
_ Non, pas du tout. Tu veux passer la nuit ici ? proposa-t-elle. »
Julia réfléchit un instant, puis accepta.
*
* * * *
La soirée passa.
Les deux filles discutaient, en particulier du tatouage de Jin.
« Ce tatouage... avait dit Julia. Il me donne froid dans le dos…On
dirait un signe gothique ou satanique...
Lena resta silencieuse, jetant un regard sur son bras droit, recouvert
par un pull. Cette idée ne l’avait pas quittée depuis qu’elle avait vu.
Pourquoi lui et elle avaient-ils le même tatouage ?
Etait-ce une marque de naissance ? Le signe d’appartenance à une
secte ? Peut-être qu’ils s’étaient rencontrés dans une vie antérieure ?
Elle avait tant de questions à lui poser…
*
* * * *
2H21.
Le temps s'écoulait lentement, très lentement…
Le débat sur Jin avait continué jusqu’à tard. Lena somnolait et Julia
avait vidé trois cafetières de café. Elle se prit la tête entre les mains.
Quand allait-il se réveiller ?
Elle était terriblement inquiète.
Un
coma ? Non. Il est fort et résistant… Il va se réveiller tout de suite... Oui,
c'est ça. Tout de suite... Tout de suite... Zzz…
Elle se donna une claque pour ne pas s'endormir.
*
* * * *
Julia émergea de ses pensées de lits
moelleux et d'oreillers et jeta un coup d'œil au réveil de la table de nuit.
3H44.
Elle bâilla à s'en décrocher la mâchoire et se servit une énième tasse de
café. Elle leva un œil éteint sur Lena qui lisait un livre. Elle avait les yeux
gonflés et luttait contre le sommeil. Julia laissa retomber sa tête sur sa
poitrine et s’assoupit.
*
* * * *
4H15.
Un grognement tira Lena de sa somnolence.
Elle tourna la tête vers Jin. Il était toujours endormi, mais il
gesticulait dans son sommeil. Il tournait la tête en tous sens, les yeux
exorbités dont on ne voyait que le blanc, se cambrait, puis retombait sur le
lit, couvert de sueur. Elle était terrifiée. Que pouvait-elle faire ? Elle
voulut prévenir Julia, mais celle-ci ne se réveilla pas ( ou ne voulait pas se
réveiller ). Elle reporta son regard sur Jin. Il cessa de gesticuler, un
instant, un court instant. Puis il se redressa brusquement, les yeux grands
ouverts face à la jeune fille. Lena étouffa un cri, mais ne fut pas plus
surprise, ce qui l’étonna elle-même car c’était tout de même extrêmement
impressionnant.
Ses yeux étaient devenus rouges brillants,
sa bouche était entrouverte sur un cri muet et une sorte d'œil de couleur
écarlate ornait son front couvert de signes noirs. Il resta dans cette posture
pendant une seconde, puis il retomba lourdement sur le lit.
Il semblait s'être calmé et l'œil avait disparut. Mais il bougeait
doucement en chuchotant dans son sommeil.
Lena prit Julia dans ses bras, la conduisit dans le salon, l’allongea sur
un canapé et la couvrit chaudement. Elle ne voulait pas que son amie voit Jin
sous cette apparence si jamais ça se reproduisait.
Lorsqu’elle retourna dans sa chambre, Jin avait cessé de parler. Il était
en sueur. Lena alla chercher un gant qu'elle mouilla d'eau fraîche et le passa
son visage et son cou. Il se détendit, respirait calmement et dormait
paisiblement.
Après cet incident, elle resta parfaitement éveillée et surveillait attentivement
Jin.
Elle avait récupéré son pantalon et était en train de le recoudre pour
s’occuper, pour ne pas fermer les yeux, pour ne pas sombrer dans le sommeil.
Elle avait peur de ce qu'il pouvait arriver s'il s’éveillait alors qu'elle et
Julia dormaient.
Qu'est-ce qu’il
pourrait faire à deux filles endormies s'il était ce que je pense qu’il est ?
songeait-elle involontairement sans arrêt...
*
* * * *
Tu dors encore, mon petit ange…
Mon petit Jin…
Laisse-moi… Je
ne suis pas un ange… Cesse de me torturer…
Allons, mon petit… Tu
essaies de me fuir mais tu ne peux pas… Je serais toujours présent en toi…
Pourquoi tu ne laisses pas parler ta vraie nature, pourquoi tentes-tu de
refouler ce que tu es ? Ce que tu seras toujours ? Ecoute ma voix…
Non !
Tais-toi ! Je ne veux plus jamais t’entendre ! Qui que tu sois !
Jin… Jin… Jin… Je fais partie de
toi… Tu ne peux pas me rejeter… Ecoute ma voix… Laisse-moi te mener au royaume
du Chaos et de la Mort… Le royaume dont tu seras roi, mon petit… Ca je te le
garantis…
Chapitre 3
Un timide rayon de soleil traversa la baie
vitrée de la chambre, éclairant le visage d’un ange endormi qui fronça les
sourcils.
Jin ouvrit doucement les yeux.
Il ne reconnaissait en rien l’endroit où il se trouvait. Il était allongé
dans un lit chaud et douillet qu’il ne voulait quitter pour rien au monde. Un
lit dont le parfum était le plus doux qu’il ait jamais respiré… Un parfum qui
lui rappelait dans les zones sombres de sa mémoire une belle femme aux cheveux
noirs et brillants qui l’embrassait tendrement, le prenait dans ses bras…
Regardant sur le côté d’où parvenait la lumière, il aperçut une forme
floue à côté d’une fenêtre donnant sur un ciel bleu azur et un soleil d’or. Une
forme floue qui se dessina un peu plus lorsqu’il cligna des yeux. Une personne
qui regardait à la fenêtre. Il se racla la gorge. La personne se tourna
doucement vers lui. Il la reconnut aussitôt. C’était Julia Chang, une des
participantes du tournoi de Tekken.
« Bonjour Jin, dit-elle
_ Bonjour, répondit-il d’une voix endormie, surpris de la voir ici.
_ Tu as bien dormi ? s’enquit-elle.
_ Oui, merci, mais… Qu’est-ce que je fais ici ? Où est-ce que je
suis ?
_ Tu es à Brisbane, répondit-elle.
_ Brisbane ? répéta-t-il sans comprendre tout de suite.
_ En Australie, précisa-t-elle.
Jin resta sonné un moment. En
Australie…
Bon Dieu ! Je suis arrivé
jusqu’en Australie…
_ C’est quoi cet endroit ? C’est chez toi ? demanda-t-il.
_ Non, c’est chez une amie. Elle t’a trouvé hier soir évanoui et elle t’a
conduit ici. Elle s’excuse de ne pas être restée ce matin, mais elle avait
cours. Elle t’expliquera tout ce soir.
Jin hocha la tête. Julia le laissa en tête-à-tête avec un plateau rempli
de viennoiseries posé sur une table. Elle se dirigea vers le salon et sortit se
promener en attendant Lena.
*
* * * *
Durant toute la journée, Lena ne réussit
pas à prêter attention aux cours. Son esprit était entièrement occupé par
l’image de Jin, la veille, lorsque, brusquement, il s’était réveillé. Ses yeux
rouges, jamais elle ne pourrait les oublier. Elle se fit interroger à plusieurs
reprises, et bien qu’elle répondit correctement, son esprit était toujours
ailleurs. Elle essayait de se convaincre qu’elle s’était trompée, mais c’était
vraiment trop dur. Cela lui avait semblé tellement réel…
Son air rêveur et ses bâillements perpétuels n’échappèrent pas à son amie
Wilma, qui travaillait avec elle dans le même café.
A la sortie des cours, à six heures et
demi, elle la prit à part.
« Lena, est-ce que tout va bien ? lui demanda-t-elle.
_ Oui, bien sur ! répondit Lena avec surprise. Pourquoi ?
_ Tu as l’air dans la lune ! Toute la journée tu avais les yeux dans
le vague. Je me faisais du souci pour toi.
_ Faut pas t’inquiéter pour moi ! Tout va bien !
_ Tu sais que si tu as un problème…
_ … je t’en parle ! Je sais, t’inquiète pas pour moi !
_ Bon ! A demain alors !
_ Salut. »
Elles s’embrassèrent sur les deux joues et se séparèrent.
*
* * * *
Lena monta en quatrième vitesse les seize
étages de son bâtiment, soit deux cents cinquante-six marches avec du plomb
dans les entrailles. Elle trouvait bizarre d’être angoissée pour rentrer chez
elle. Elle inséra la clé et poussa la porte. Elle déposa son sac dans l’entrée
et se dirigea dans la cuisine. Elle redoutait le moment de voir Jin et prit un
verre qu’elle remplit d’eau. Elle le vida d’un coup pour faire passer son
appréhension. Puis elle s’appuya contre la table pour reprendre une contenance.
Elle respira profondément.
Bon. Jin ne savait pas qu’elle l’avait vu dans une apparence plus que
bizarre la veille. A quoi bon se faire des angoisses ? Si ça se trouve,
elle avait rêvé. Oui ! Ca doit être ça ! Mais… Et si l’attendait,
sous la même apparence que la veille, prêt à la tuer ? Oh zut !
Je ne suis
quand même pas devenue trouillarde à ce point ? Allez Lena ! Un petit
effort ! Qu’est-ce que ça me coûte en plus ?
Décidée, elle se dirigea d’un pas
conquérant vers sa chambre, le cœur à l’envers. Elle aperçut Jin de dos qui regardait
par la fenêtre. Il avait gardé son T-shirt et avait revêtu son pantalon noir.
Il se retourna en voyant le reflet de Lena et se retrouva face à la plus belle
jeune fille qu’il avait jamais vue.
Elle avait un visage fin et délicat, encadré de cheveux lisses et châtain
foncé qui lui arrivaient aux épaules, une bouche fine et rose. Deux yeux vert
clair illuminaient son visage d’une pâleur incroyable, de sorte qu’elle en
était transfigurée. Elle était assez grande et mince et portait un jean et un
pull noir. Elle paraissait extrêmement fragile.
Il ne pouvait plus parler. Etait-il devant un ange ?
Lena était complètement paralysée. Il était vraiment…
La veille elle n’avait pas vu ses yeux, et maintenant…
Ils étaient comme deux brasiers qui la fixaient, comme deux puits qui
l’entraînaient vers des profondeurs insoupçonnées…
Le sourire qu’elle arborait auparavant était en train de virer à
l’imitation assez réussie d’un poisson mort. Elle baissa les yeux un moment
avant de le regarder à nouveau, se sentant rosir.
« Bonjour, dit-elle en recomposant son sourire, masquant son
trouble.
Jin fut frappé par sa voie mélodieuse, et son anglais chantant.
_ Bonjour…répondit-il.
Elle frissonna en entendant sa voix profonde et chaude qui lui parut sur
le coup absolument plaisante. Elle évita de le regarder, gênée. La nuit
dernière, quand elle l’avait changée, elle n’avait pas pensé qu’il remettrait
ses vêtements aussi vite. Il voulait peut-être des explications au fait qu’il
s’était réveillé avec un peignoir rose à cœurs…
_ Est-ce que vous avez bien dormit ? s’enquit-elle. Je suis désolée
de ne pas être restée ce matin, mais j’avais cours...
_ Oui, Julia m’a expliqué, ne vous excusez pas, dit-il.
Puis il lui tendit la main.
_ Je m’appelle Jin Kazama.
_ Et moi Lena Warren, fit-elle en lui serrant la main.
Leur premier contact physique fut plus que surprenant. Lorsque Ling avait
dit à Julia que Jin était sombre et taciturne, Lena avait pensé qu’il se serait
montré désagréable avec elle du fait qu’elle l’ait renversé. Mais il était
d’une politesse extrême et nullement hostile envers elle. Sa poignée de main
démentait tout ce qu’elle avait pu penser du jeune homme jusque là.
Jin par contre, eut une drôle de sensation en prenant sa main.
L’impression étrange de connaître cette jeune fille, d’avoir un lien avec elle.
Sa main semblait si fine et fragile qu’il avait peur de la briser.
_ Est-ce que vous pourriez 7m’expliquer ce que je fais ici ?
demanda-t-il. Julia m’a dit que vous me diriez tout à votre retour.
_ Ah ! Et bien… en fait je… Je vous ai emmené chez moi après vous
avoir renversé avec ma voiture…hier soir…Je ne vous ai pas emmené à l’hôpital
parce que vous n’aviez pas vos papiers sur vous. Je vous prierais de bien
vouloir m’en excuser…
_ Oui…murmura-t-il, sans comprendre de quoi elle parlait.
Elle parut infiniment soulagée. Ils s’aperçurent qu’ils avaient gardé
leur main serrée pendant tout ce temps et les détachèrent, gênés.
_ Vous savez où est passé Julia ?
_ Elle est partie.
_ C’est vrai ? ? ?
_ Oui, elle a dit qu’elle était obligée de rentrer chez elle à cause de
l’état de santé de sa mère.
_ Ah, d’accord… C’est une question sûrement indiscrète, mais… vous n’avez
pas de vêtements autres que ceux-ci ? demanda-t-elle.
_ Je n’ai pas d’affaires. Je suis parti…un peu précipitamment de chez
moi, précisa-t-il.
_ Oh ! Si vous voulez, je peux demander à ce que l’on vous prête des
vêtements propres…Se serait idiot de rester tout le temps avec mon peignoir…
Il la regarda avec impassibilité.
_ Enfin… Je veux dire… Je vous ai changé parce que vos affaires étaient
sales et comme il faisait froid, vous auriez pu tomber malade…
_ Ce n’est pas grave. Vous êtes sûre que ça ne vous dérangera pas de me
prêter des vêtements ?
_ Non, il n’y a pas de problèmes.
_ Alors je veux bien, merci…
Lena sortit de chez elle avec les jambes tellement tremblantes qu’elle
faillit se fouger par terre un bon nombre de fois.
Raaah !
Idiote ! Mais qu’elle naze !
Elle alla frapper chez son voisin.
Un jeune homme blond d’une vingtaine d’années environ, à la carrure
d’athlète et à la haute stature apparut sur le seuil.
_ Bonjour Mlle Warren.
_ Bonjour. Excusez-moi de vous déranger Mr Snow. Est-ce que vous pourriez
me rendre un service s’il vous plaît ?
_ Oui, bien sur.
_ J’ai une personne chez moi qui aurait besoin de vêtements. Est-ce que
vous pourriez m’en prêtez quelques-uns uns ?
_ Quelle taille fait cette personne ?
_ Euh… Je ne sais pas… Je l’héberge simplement et je ne le connais pas
moi-même.
_ Vous pourriez me l’envoyer ? Je lui donnerai ce qu’il faut…
_ Merci infiniment, Mr Snow.
_ De rien voyons. C’est toujours un plaisir de vous rendre
service… »
*
* * * *
Lena était dans la cuisine et préparait le
dîner lorsqu’elle entendit sonner. Elle alla ouvrir et reconnu Jin sur le
seuil. Elle resta stupéfaite. Il avait bien meilleure allure dans des vêtements
comme ceux-ci.
Il portait un beau jean de grande marque, un tee-shirt noir à manches
courtes assez moulant et une paire de Nike argentées qui avaient du coûter une
petite fortune. Ses cheveux étaient brillants et il sentait bon l’eau de
toilette masculine.
« J’avoue avoir du mal à vous reconnaître, dit-elle en souriant.
_ Merci beaucoup… fit en s’inclinant profondément.
Lena le regarda avec surprise, avant de se rappeler qu’il était japonais.
_ Il ne faut pas me remercier, mais Mr Snow, dit-elle en le conduisant
vers la cuisine. Heureusement que ce n’est pas un vieux voisin ronchon comme la
majorité de ceux de ce bâtiment et qu’il est serviable. Au fait, vous aimez la
tarte aux pommes ? demanda-t-elle en désignant un plat.
_ Hein ? Euh… Oui… Mais pourquoi vous me demandez ça ?
_ Et bien, parce que je ne vais préparer quelque chose que vous détestez
manger. Ce serait vraiment impoli.
_ Je crains de ne pas comprendre… fit Jin en fronçant les sourcils.
_ C’est simple pourtant.
_ Vous… m’invitez à manger chez vous ? questionna-t-il.
_ Bien sur ! s’exclama-t-elle, complètement effarée. Vous croyiez
que j’allais vous foutre dehors ? J’ai failli vous tuer ! Je
n’oserais jamais vous renvoyer.
_ Merci mais…
_ Vous vouliez peut-être partir ?
_ Je ne voudrais pas vous déranger en abusant de votre hospitalité.
_ Ca ne me dérange absolument pas vous savez.
_ Mais vous n’habitez pas avec quelqu’un ? Vos
parents peut-être ?
Une ombre passa sur le visage de la jeune fille. Son visage se durcit.
_ Mes parents sont décédés, dit-elle sombrement. Et je vis seule.
_ Excusez-moi.
_ Il n’y a pas de quoi. Jin, vous savez, j’aimerai beaucoup que vous
restiez chez moi quelques temps. J’ai une chambre d’amis où vous pourriez vous
installer, mon appartement est assez grand pour deux personnes et vous pouvez
trouver du travail à Brisbane si vous voulez vous y établir. S’il vous plaît,
acceptez.
Jin la regarda un instant. Il savait qu’il ne devait pas, qu’il ne
pouvait pas, qu’il allait mettre cette jeune fille en danger, mais l’envie de
se lier à une personne pour une fois dans sa vie était trop forte.
_ C’est bon, j’accepte.
La jeune fille eut un sourire lumineux qui la rendit plus jolie encore.
_ C’est super !
_ Est-ce que je peux vous aider ?
_ Ouais, si vous pouviez mettre la table… »
*
* * * *
Jin se renversa sur le dossier de sa
chaise, repu.
Jamais il n’avait aussi bien mangé. Lena était un vrai cordon bleu.
« C’était bon ? s’enquit-elle.
_ Un vrai délice.
_ Merci. J’aurai un service à vous demander.
_ Je vous écoute.
_ Nous sommes maintenant colocataires. Cela vous gênerez si l’on se
tutoyait ?
_ Non, pas du tout.
Elle se leva de sa chaise et commença à débarrasser la table. Jin l’imita
pour ne pas être en reste.
_ Je suis peut-être indiscrète, dit-elle en portant des assiettes dans la
cuisine. Mais j’aimerai bien savoir quel âge tu as.
_ 19 ans et toi ?
_ Bientôt 18 ans. Au fait, pourquoi tu es à Brisbane ? Je veux dire…
Julia m’a dit que tu habitais Tokyo. Elle trouvait bizarre que tu sois ici.
_ En fait, j’ai eu une…dispute avec mon grand-père. Je suis parti sans
savoir où j’allais et je me suis retrouvé ici.
Lena n’insista pas, le sentant sur la défensive. Cela devait être bien
plus qu’une dispute avec son grand-père, mais elle n’avait aucune envie
d’évoquer un sujet pénible et de l’embêter. Elle enclencha le lave-vaisselle et
ils se dirigèrent vers le balcon pour s’y installer. Le soir était presque
tombé, il faisait bon dehors.
_ Si tu es d’accord, demain, je peux te faire visiter la ville. Il va y
avoir une grande fête dans trois jours et elle va durer toute la journée !
_ C’est pour quelle occasion ?
_ Pour Halloween ! Ca va être l’éclate totale ! Le soir, la
municipalité a loué la plus grande boîte de nuit de la ville, la « Silver
Moon » ! C’est la boîte plus branchée de la toute la côte Est !
Tu voudras venir avec moi ?
_ Je ne suis pas très mondain.
_ Je vois bien. ( Elle éclata de rire ) J’ai trop hâte d’être à la
fête ! T’as une idée de comment tu vas te déguiser ?
Jin ne répondit pas, mais eut un sourire en pensant que s’il arrivait à
la soirée sous son apparence démoniaque, personne ne serait surpris…
_ Jin ? Jin ?
_ Hein ? Oui ? J’ai pas entendu !
_ Est-ce que tu sais en quoi tu vas te déguiser ?
_ Je sais pas. Et toi ?
_ Je ne sais pas encore.
_ On verra bien… »
Ils restèrent silencieux un moment, écoutant des enfants jouer en bas de
l’immeuble. Une petite brise vint les envelopper et Lena éternua.
Jin se sentait vraiment bien pour la première fois de sa vie. A Brisbane,
il se sentait comme chez lui, sans personne pour lui dire quoi faire. Il
finissait par trouver que la vie n’était pas si mal que ça, tout compte fait.
Et puis, aussi fou que cela puisse paraître, et même s’il ne la connaissait que
depuis quelques heures, il appréciait beaucoup Lena car il trouvait qu’elle et
lui se ressemblaient d’une certaine façon. Ils avaient cette même froideur
lointaine, cette même arrogance, cette même réserve, ce même regard
indéchiffrable… C’était d’ailleurs impensable qu’il puisse penser qu’une aussi
adorable fille qu’elle ait un quelconque point commun avec un démon comme lui.
Il ne savait pas pourquoi, mais il avait cette impression bizarre de…
Oh ! Et puis, après tout, à quoi bon se torturer les méninges ?
Profite de
l’instant présent, lui disait sa mère.
Et c’était bien ce qu’il comptait faire, maintenant que son grand-père
était sûr qu’il était mort. Profiter de l’instant présent, avant de retourner
au Japon et de tuer Heihachi Mishima…
Pour le reste, s’il était encore vivant, il verrait bien…
*
* * * *
Deux mois plus tard…
Lena sortait de son lieu de travail, épuisée.
Elle jeta un coup d’œil à sa montre qui affichait 23H45 et poussa un long
soupir. Elle reprit nonchalamment le chemin du retour.
Elle repensait à tout ce qui s’était passé durant ces quelques derniers
mois. Sa rencontre avec Jin. Jin qui s’était finalement décidé à rester vivre à
Brisbane avec elle. Jin qui était vraiment très mystérieux…
Il lui avait annoncé qu’il avait trouvé un emploi temporaire, mais était
resté assez évasif sur cet emploi. De plus, il sortait le soir et revenait très
tard, en sueur, complètement fourbu. Quand elle lui avait demandé ce qu’il
avait, il avait répondu que son entraînement de karaté l’avait épuisé. Lena
nageait en plein mystère quant à ce qu’il faisait à ce travail.
Après tout, ce n’était pas ses affaires.
Elle entendit un bruit et leva les yeux du
pavé. Elle aperçut une forme indistincte qui sortait d’une ruelle sombre. Elle
remarqua que c’était une personne de taille haute, qui boitait un peu du pied
gauche. Quand elle passa sous un lampadaire, Lena se figea en voyant que
c’était un homme qui ressemblait sans s’y méprendre à Jin, et qu’il avait les
mains pleines de billets de banque. Puis il se mit à courir si rapidement que
Lena le perdit de vue en moins de deux. Elle resta figée, n’osant pas en croire
ses yeux.
Jin ? Non, elle s’était trompée. Ca ne pouvait pas être lui.
Elle reprit son chemin, la bouche entrouverte sous la surprise.
Elle eut soudain une idée.
Si c’était réellement Jin, elle devait rentrer avant lui pour se rendre
compte par elle-même du fait. Elle traversa vite le passage piéton et put
prendre le bus de nuit de justesse. Elle ne le prenait jamais car elle pouvait
économiser de l’argent en allant au travail à pied. Mais là, ça allait lui
faire gagner un peu de temps.
Lorsque le bus s’arrêta
devant sa résidence cinq minutes plus tard, elle en descendit du plus vite
qu’elle put, se rua vers son bâtiment. Elle prit l’ascenseur en trépignant
d’impatience, sortit en courant et s’engouffra dans son appartement, hors
d’haleine.
« Bonsoir Lena ! fit une voix dans le salon.
La jeune fille se retourna pour découvrir Jin, confortablement installé
dans le canapé, le sourire aux lèvres. Elle s’immobilisa, exaspérée.
_ Salut ! marmonna-t-elle.
_ Est-ce que ça va ? Tu es épuisée.
_ C’est rien… J’ai juste… couru… Bonsoir ! »
Elle se dirigea vers sa chambre et en claqua la porte, alors que Jin
s’étouffait de rire.
* * * *
*
Le lendemain, alors
qu’elle sortait de la fac, Lena repensait encore à ce qui s’était passé la
veille. Elle était sûre d’avoir reconnu Jin dans la ruelle, mais il était déjà
dans le salon lorsqu’elle était arrivée.
Soit elle s’était trompée et avait confondu la personne, soit c’était lui
qui était arrivé avant elle. Mais cela paraissait improbable, vu qu’il boitait
et qu’il n’avait pas de voiture…
Tout cela ne
rime à rien… Oh et puis zut ! Pourquoi est-ce que je me tracasse comme
ça ? Il fait ce qu’il veut après tout !
Une moto vrombit avec puissance et s’arrêta juste à côté d’elle. C’était
une superbe Suzuki noire brillante. Le motard était vêtu d’une tenue de moto en
cuir noire. Il posa un pied à terre sans couper le contact et porta les mains à
son casque qu’il ôta.
Lena se figea.
« JIN ? ? ?
_ Salut Lena.
_ Mais…
Il se leva et posa son casque. Comme il se dirigeait vers elle, Lena
remarqua qu’il avait quelques difficultés à marcher normalement. Un frisson
couru le long de son dos quand elle réalisa qu’il boitait légèrement du pied
gauche.
J’avais raison,
c’était lui que je j’ai reconnu hier soir…Et il a acheté cette moto avec
l’argent qu’il tenait. Si ça trouve, il a cambriolé une banque… Pourtant ils en
ont pas parlé à la télé...
_ Elle est chouette, hein ? demanda Jin.
_ Mais… Où tu l’as eue ? ? ?
_ J’ai reçu mon salaire hier et comme je l’avais réservée depuis un mois,
je l’ai achetée aujourd’hui, expliqua-t-il en haussant les épaules.
_ Mais… C’est impossible que tu aies pu l’acheter comme ça ! Elle a
dû coûter une fortune !
_ Non, le vendeur me l’a laissée à 500 000 $. C’est sympa.
_ …500 000 $… HEIN ? ? ? 500 000
$ ! ! !
_ Ne t’inquiète pas, je l’ai pas volée… Alors, tu montes ? Je
t’emmène faire un tour ? Je sais que tu ne travailles pas cet après-midi…
Lena resta un moment immobile, puis elle prit place sur la selle. Elle
noua ses bras autour de la taille de Jin, puis il démarra et fila.
Décidément, elle avait beaucoup de mal à comprendre ce garçon.
Chapitre 4
.Le secret de Jin.
Quelques semaines ont passées.
Depuis que Jin vivait avec elle, Lena était de plus en plus surprise par
le comportement de son colocataire. Apparemment, il devait gagner beaucoup
d’argent car il lui faisait souvent des cadeaux en tout genre.
La jeune fille en était confuse, mais Jin disait qu’il ne fallait pas
qu’elle soit gênée, que ça lui faisait plaisir de lui faire des cadeaux. Il
l’emmenait souvent en ville dans des restaurants. Il voulait tout faire, tout
voir, tout découvrir… Il était un peu comme un enfant qui découvrait la vie,
s’émerveillant de tout. Malgré cela, il restait assez discret, cherchant à ne
pas trop attirer l’attenton sur lui, toujours enveloppé d’un voile de
mystère...
Et puis, maintenant, ils en étaient venus à se considérer autrement qu’en
colocataires, mais en bons copains.
*
* * * *
Un après-midi, alors que
Jin regardait la télé.
« Jin ? Je pars au boulot ! lança Lena en prenant son sac.
_ Tu finis à quelle heure ? demanda le jeune homme en arrivant dans
l’entrée.
_ Vers neuf heures, neuf heures dix.
_ D’accord ! N’oublie pas que ce soir c’est notre soirée cinéma.
_ Mais oui, allez ! Jy vais sinon je vais me faire fumer par Mme
Beurk !
Elle l’embrassa sur la joue et il resta un moment immobile. Jamais ils ne
s’étaient embrassés ainsi. Elle en profita pour sortir. Jin se reprit et sortit
à son tour. Il se pencha par- dessus la rambarde des escaliers.
_ Et surtout fais attention ! recommanda-t-il avec sérieux.
_ Oui papa ! minauda-t-elle en lui adressant un sourire mielleux.
Jin lui fit une grimace. Elle éclata de rire et descendit rapidement les
escaliers. Jin la regarda s’éloigner, puis, lorsqu’elle fut partie, il rentra
dans l’appartement. Il se dirigea dans le salon et prit le téléphone. Il allait
composer le numéro d’un fleuriste quand son portable sonna. Il s’en empara avec
un agacement visible et le porta à ses oreilles.
« Allô ?
_ Jin ? C’est Mouss !
_ Salut ! Qu’est-ce qu’il y a ?
_ Ouaich ! En fait, y’a le Gégé qu’a organisé une stombe ce soir !
Y’aura toute sa clique à ce bâtard ! Paraît qu’y veut prouver que genre
c’est lui le boss t’sais !
_ Et alôooooooors ? fit Jin avec un bâillement insultant.
_ Eh bé… J’lui ai promis qu’tu s’rais là pour bastonner son gars
t’vois !
_ QUOI ! Qu’est-ce que t’as fait ? ? ?
_ Bah quoi ?
_ J’peux pas ce soir j’ai rendez-vous !
_ Ah ouais ? Avec qui ?
_ A ton avis, avec qui j’peux avoir rendez-vous ? ? ?
_ Tss ! Tu peux bien l’reporter ton rendez-vous galant !
_ Toi aussi tu peux annuler ton combat !
_ T’es taré ! Après y va penser qu’j’me dégonfle et qu’j’ai les
j’tons !
_ Il aurait pas tort…
_ De quoi ?
_ Rien. Je peux pas Mouss ! Pas ce soir !
_ Mais kess t’en a à foutre ? T’ira une autre fois !
_ J’peux pas j’te dis ! Ca la fout trop mal ! Elle va être hyper
déçue !
_ Et alors ? T’ira avec une autre c’est tout ! Kess tu t’fais
chier ?
_ Crétin !
_ Bon alors ? Juste comme ça : va y’avoir des parieurs qu’y m’a
dit. Et crois-moi… ce soir…
_ Et alors ? ? ?
_ Et alors ? ! ?
Ecoute mec : y’a un max de fric à s’faire ce soir ! Rate pas c’te
occaz ! Me trahis pas !
_ Tu t’emmerde pas toi ! Tu m’préviens au dernier moment et après tu
m’dis de pas te trahir ! Si tu savais comme j’aimerai t’envoyer bouler
avec ton Gégé et tes idioties !
_ Allez, quoi ! Tu s’ras gagnant ! Son gars c’est une bon Dieu
d’bouse ! Même moi j’le balaye !
_ Alors pourquoi tu l’fais pas ?
_ Paske t’es le meilleur gars que j’ai jamais vu en baston.
Jin resta silencieux un moment, puis poussa un long soupir.
_ Bon d’accord !
_ Yeeesss ! ! ! T’es un grand, gars ! Merci ! Tu
m’sauves !
_ Mais je te jure que c’est la dernière fois que tu m’fais c’coup là !
_ Ouais, promis mec !
_ C’est à quelle heure ?
_ A onze heures et demi ! Là où tu sais !
_ Ouais, O.K. ! Bon à plus !
_ Salut ! »
Jin resta immobile un long moment. Il était vraiment embêté. Il avait
invité Lena au cinéma et tous les deux s’en réjouissaient d’avance, et il
allait lui dire qu’il ne pouvait pas venir ?
Quel abruti ce
Mouss ! songea rageusement Jin. Me le dire au dernier moment ! Comme
si j’avais que ça à faire !
Il s’était fait un tel plaisir de cette sortie… Mais le plus dur serait
de l’annoncer à Lena. Il alla prendre une douche et se changea. Quitte à se
faire fumer, mieux valait être nickel…
*
* * * *
A cinq heures et demi, après avoir
longuement réfléchi sur ce qu’il allait bien pouvoir lui dire, il sortit de
l’appartement. Il prit le bus et finit le peu de chemin à pied. Il arriva
devant un café dont la devanture propre et accueillante le rassura. Ce n’était
pas un café mal famé comme il l’avait craint. Aujourd’hui il était pratiquement
plein.
De la musique pop résonnait. La clientèle était composée de mères de
famille, de cadres, d’étudiants... Les employés étaient revêtus d’un uniforme
qui comportait un pantalon noir pour les hommes ou une jupe noire pour les
femmes et d’un chemisier blanc. Jin chercha Lena des yeux, mais ne la vit pas.
Elle devait peut-être en pause. Il s’avança vers le comptoir. Une jeune femme
vint se présenter devant lui.
« Bonjour ! Vous désirez ?
_ Bonjour. Connaissez-vous Lena Warren ? Elle travaille ici.
_ Oui bien sûr.
_ Est-ce qu’elle est là ?
_ Elle est en pause mais je vais vous l’appeler.
_ Merci.
La jeune femme se dirigea vers une porte réservée au personnel. Lena
était justement en compagnie de Wilma, comparant les tenues qu’elle pourrait
mettre ce soir.
_ Lena ? l’appela la barmaid. Il y a quelqu’un qui veut te voir.
_ Ah ? Qui c’est ?
_ Sais pas... Un mec. Un grand, brun, hyper sexy si tu veux mon avis…
_ Oh ! Ca doit être Jin ! s’exclama Lena avec un immense
sourire.
_ LE Jin qui habite chez toi ? demanda une autre serveuse.
_ LE Jin qui t’a invité au cinéma ? demanda Wilma.
_ LE Jin dont tu nous rabats les oreilles depuis Octobre ? s’effara
la barmaid. Et bé ! T’exagérais pas quand tu le disais mignon !
Franchement les filles, allez vite le voir !
_ C’est lui ! ! ! fit Lena en regardant par le hublot de la
porte. Viens Wilma, je vais te le présenter.
Elle entraîna son amie vers le comptoir. Elle vit Jin qui semblait plutôt
nerveux et mal à l’aise. Elle s’avança en face de lui.
_ Jin ?
Celui-ci tourna la tête vers elle.
_ Salut Lena.
_ Salut… Heu… Ben… Jin, je te présente mon amie, Wilma.
_ Enchantée, fit cette dernière en lui serrant la main.
_ Moi aussi.
_ Alors c’est vous le fameux Jin dont elle me parle sans arrêt ?
Jin jeta un œil intrigué vers Lena, rosissante, soudainement nerveuse.
_ J’espère qu’elle ne dit pas trop d’horreurs sur mon compte.
_ Oh non, bien loin de là… ( Là, Lena lui écrasa le pied en souriant de
toutes ses dents ) Ouille ! Bon ben je vais vous laisser, hein !
_ Oui excellente idée, fit
Lena en lançant un regard féroce à son amie.
_ Au revoir Jin !
_ A un des ces jours.
Il reporta son regard sur la jeune fille qui se tordait les mains.
_ Tu voulais me dire quelque chose ? questionna Lena.
_ Hein ? Ah oui ! Heu… ( Il parut soudain embarrassé ) Et bien
en fait… Je… J’ai reçu un appel du… du travail… Et… Ce qui fait que… Et bien…
Je ne vais pas pouvoir aller au cinéma avec toi… acheva-t-il.
Lena resta sans rien dire ou faire, impassible. Jin était à la torture.
_ Et je suis venu te prévenir. Je suis vraiment désolé.
_ C’est pas grave… murmura la jeune fille.
_ Lena je…
_ …faut que j’y aille ! dit-elle précipitamment sans le regarder.
Elle s’engouffra par la porte de service avant qu’il ait put faire
quelque chose et claqua la porte. Jin soupira misérablement et sortit du café,
la mort dans l’âme.
Pour mon
premier rendez-vous, on ne peut pas dire que ce soit une grande réussite…
pensa-t-il tristement.
La perspective de gagner de quoi payer son
loyer le réconforta très peu. Dire qu’il aurait pu enfin avoir un vrai
rendez-vous avec une fille, qu’il aurait enfin pu prendre du bon temps avec
elle, se conduire comme un garçon comme les autres… Mais non…
Au lieu de ça, il devait aller faire des combats pour un pote ! Il
soupira à nouveau en se traitant de tous les noms et prit la direction du
centre ville pour aller s’entraîner.
*
* * * *
Lena jeta un coup d’œil à la pendule qui
annonçait 22H15 en finissant de rincer des verres, les mains comme du carton
bouilli.
Son cœur se serra. Dire qu’elle aurait enfin put aller au cinéma avec
Jin ce soir ! Il y a cinq heures, elle était la fille la plus
heureuse au monde. Et là, elle avait le moral à zéro, l’envie de pleurer était
omniprésente et elle voulait partir loin de tout. Ses collègues avaient bien
tenté de la réconforter, mais en vain.
Elle songeait qu’en cet instant ils seraient dans la salle, assis l’un à
côté de l'autre, main dans la main, le bras de Jin autour de ses épaules, et
leurs visages si près… si proches…
« ET ALORS ! ! ! ELLE ARRIVE CETTE BIERE OUI OU
MERDE ? ! ?
Lena sursauta violemment.
_ Oui oui j’arrive ! balbutia-t-elle. Excusez-moi…
Au lieu d’être
au cinéma avec le plus beau gars du monde, je sers des bières et je nettoie des
verres…C’est d’un joyeux ! Et lui, qu’est-ce qu’il a à me regarder comme
ça ?
_ Et voilà votre bière ! susurra-t-elle en posant une bouteille
devant un homme massif et chauve qui la regardait avec insistance.
_ Pas trop tôt ! Marduck a le gosier sec ! Enfin, comme t’es
jolie, Marduck te pardonne !
_ …trop aimable…grogna Lena.
*
* * * *
Minuit.
Lena releva le col de son manteau et aspira
une grande bouffée d’air frais. Cette soirée avait été tout sauf amusante.
Le gars qui lui avait commandé une bière
lui avait ensuite mis la main aux fesses en rigolant comme un perdu. Lena, qui
était déjà furieuse de ne pas avoir pu passer une bonne soirée, s’était mise
dans une rage noire et lui avait asséné un coup de poing qui l’avait fait
tomber de sa chaise. Quand le gars s’était relevé, il ne rigolait plus du tout
et avait voulu la corriger, mais un autre homme s’était interposé. Un homme
habillé bizarrement, avec un masque de félin et une sorte d’armure. Lena avait tout
de suite pensé que c’était un fou lorsqu’il était entré dans le café, mais
quand il avait lui avait parlé tout en prenant sa commande, elle avait
radicalement changé d’avis. Cet homme était d’une étonnante douceur et très
poli ; cela contrastait énormément avec son physique imposant. L’homme en
armure avait prit la défense de la jeune fille, lui assurant qu’il allait la
débarrasser de l’autre homme.
Ils s’étaient battus avec fureur, le premier étant déjà ivre. L’homme en
armure s’était effondré, une main contre son cœur, et l’autre l’avait bourré de
coups dévastateurs. Avant qu’une ambulance arrive, il avait regardé Lena avec
quelque chose d’indéfinissable dans les yeux et il était mort juste après.
Lena en avait été bouleversée. Cet homme était mort pour avoir voulu la
défendre. Elle était tellement choquée qu’elle n’avait pas put parler. Elle
s’était enfuit par la porte de derrière avant que la police ne débarque.
Elle n’avait aucune envie de rentrer chez
elle, mais plutôt de marcher sans s’arrêter, de parcourir toute la planète à
pied. Elle reprit son chemin avec lenteur, telle une somnambule.
*
* * * *
Alors qu’elle passait devant une rue
sombre, elle entendit de furieux éclats de voix. Des rires mêlés de cris
sauvages et de hard rock. Elle se rappela soudain que c’était dans cette rue
que Jin était sortit, les mains remplies de billets. Elle hésita un instant,
puis la curiosité l’emportant sur l’appréhension, elle s’engouffra dans la rue.
La musique et le bruit s’intensifièrent lorsqu’elle avançait de plus en plus.
Parvenue au bout de la rue, elle vit un
spectacle qui la stupéfia. La rue débouchait sur une sorte de petite place.
Beaucoup de personnes avaient occupé les lieux. La musique, vomie par d’énormes
amplis, était assourdissante, accompagnée de toutes sortes de discussions.
Cela semblait être le grand rassemblement des gothiques, punks,
hippies...
Des personnes vêtues peu communément, portant de nombreux piercings et
ayant les cheveux teints de couleurs multiples se pressaient en cercle et
hurlaient en brandissant des poings bien garnis de billets.
Lena s’approcha un peu plus...
Au centre du cercle, elle vit deux
personnes qui semblaient se battre. L’une était de taille corpulente, avec une
queue de cheval, vêtue d’un gilet de cuir sans manches s’ouvrant sur son torse,
et d’un jean noir rehaussé de grosses bottes. Il avait des piercings un peu
partout. L’autre était aussi grand, mais plus mince, habillé d’un survêtement
bleu marine à motifs dorés. Son visage était caché par sa capuche relevée, mais
quelques mèches de sa chevelure sombre dépassaient à l’air libre.
Le premier tenta de
flanquer un bon coup de poing à l’autre, mais le deuxième se décala rapidement
sur le côté et lui assena un terrible coup de genou dans le ventre. Il resta
plié en deux, reprenant son souffle. Le deuxième lui envoya alors un coup de
pied magistral en pleine figure. Le gars décolla avec un hurlement et retomba
lourdement sur le sol. Du sang coulait le long de son nez brisé. Il ne se
releva pas. Un gars entièrement vêtu de jaune fluo s'approcha de lui, sembla
compter jusqu’à dix avec ses doigts. Une clameur générale éclata lorsque le
dixième doigt se leva en l’air. Tous hurlaient encore plus fort. Le gars jaune
fluo s’approcha de la personne restée debout, un micro en main. Il lui leva le
bras au ciel en hurlant :
« LE VAINQUEUR EST NOTRE CHAMPION INCONTESTE ! ! !
NOTRE HOMME EST A NOUVEAU LE VAINQUEUR ! ! ! »
Une jeune fille habillée de façon suggestive apparue aux côtés du gagnant
et lui baissa sa capuche. Lena étouffa une exclamation que personne n’entendit,
tant les filles regroupées autour d’elle hurlèrent fort…
Jin ! ! ! C’était Jin ! ! ! Mais
qu’est-ce qu’il foutait là ? ! ?
Pourquoi est-ce qu’il se battait ?
Pour ramasser l’argent des parieurs !
C’était pour ça qu’il avait les mains pleines de billets lorsqu’il était sortit
de cette rue ! Et c’est avec ça qu’il paye son loyer… Ca explique pourquoi
il ne voulait pas me dire ce qu’il faisait dehors… Je comprends mieux…La moto… et
tout et tout…
Jamais elle n’avait pensé qu’il était aussi fort. Il avait mit son
adversaire au tapis en deux temps trois mouvements. C’était très
impressionnant. Pourtant elle sentit sa colère affluer à vitesse grand V.
C’était ça son travail ? ? ?
Aller se battre ? ? ? Il préfère se battre au lieu d’aller au
cinéma avec moi ! ! ! C’est incroyable ça ! ! !
« J’ENTENDS LES DEMOISELLES QUI ENCOURAGENT CHALEUREUSEMENT NOTRE
GAGNANT ! ! ! »
Hurlements des filles, huées des garçons. Jin avait l’air complètement
gêné d’être la cible de tant de
« HOLA ! ! ! CES MESSIEURS NE SONT PAS
CONTENTS ! ! ! VOUS NE PARTAGEZ PAS L’AVIS DE CES
DAMES ! ! ! ALORS, QUI VEUT TENTER SA CHANCE CONTRE
LUI ? ? ? QUI VEUT SE BATTRE ? ? ? QUI VEUT
DETRONER NOTRE CHAMPION ? ? ? »
Deux mains se levèrent, aussitôt acclamés par tous. Lena s’approcha
encore plus de façon à pénétrer dans le cercle. Deux hommes se portaient
volontaires pour lui casser la figure. Ils étaient jumeaux, tous deux grands,
d’allure costaude, habillés de tee-shirts noirs et de pantalons de cuir.
« LE COMBAT SUIVANT, MESDAMES ET MESSIEURS SE DEROULERA AVEC, CONTRE
NOTRE CHAMPION ANONYME, JOE ET JOHN ! ! ! »
La foule hurla et la musique se déchaîna de plus belle, à vous crever les
tympans. Ils se mirent en position de combat, sourcils froncés.
Un « FIGHT ! » retentit et les deux s’élancèrent vers Jin
qui était resté immobile, les yeux fermés…
Le premier tenta de le lui
flanquer une droite en plein visage et l’autre de lui faucher les jambes. Jin
bloqua le coup du premier, se baissa pour contrer l’autre, le faisant tomber et
fit une balayette à l’autre. Il s’écarta un peu, le temps que les deux se
relèvent. Le premier relevé, John, se rua sur lui et tenta un enchaînement de
coups de poings. Jin les évita sans problème, lui enfonça son poing dans le
ventre, puis l’envoya dans le décor d’un coup de pied retourné. Le deuxième,
Joe essaya en vain de lui faire une prise. Jin l’attrapa par le bras et le lui
tordit dans son dos.
Lena hurla son prénom. Il ne l’entendit même pas. Elle fendit la foule
pour tenter de se retrouver face à lui. Elle reçut beaucoup de coups de coude,
mais la colère qui l’animait était si forte qu’elle parvint à s’approcher assez
près de lui. Elle cria encore plus fort son prénom. Cette fois, il avait l’air
d’avoir entendu. Ses yeux se détournèrent de ceux de Joe. Il parcourut la foule
d’un regard rapide. Il parut extrêmement surprit lorsqu’il vit Lena.
Elle vit ses lèvres former son prénom…
Durant ce moment d’inattention, John s’était relevé et envoya son
pied dans le dos de Jin. Ce dernier, sous la surprise, lâcha Joe et s’effondra
par terre. Il voulut se relever, mais John le frappa dans le ventre d’un
puissant coup de pied. Jin atterrit un peu plus loin, prostré sur le sol.
Lorsqu’il voulut se relever, il vit les deux gars devant lui, souriant
sadiquement. Il se reçut un coup de botte en plein dans le visage. Il entendit
son nez se craquer dans un bruit sourd. Il poussa un hurlement en portant les
mains à son visage. Ses mains étaient pleines de sang. Il s’appuya sur ses
avant-bras, haletant, du sang s’écoulant de sa bouche. Mais ses deux
adversaires ne le lâchèrent pas. Ils se ruèrent sur lui, le bourrant de coups
de pieds. Jin resta recroquevillé au sol,
encaissant sans broncher. Lena ne pouvait plus supporter ça.
_ Arrêtez ça ! hurla-t-elle.
Mais personne ne l’entendit. Quelque chose s’enflamma en elle en une
fraction de seconde. Alors, elle fendit le cercle, se retrouvant dans le champ
de combat. Elle fondit sur les deux gars, attrapant l’un par la taille, se
pliant en arrière pour le faire passer au-dessus d’elle. Elle envoya un coup de
pied dans le genou du deuxième qui fléchit sur ses jambes, puis elle l’envoya
rouler de l’autre côté du terrain en lui mettant un coup de l’autre pied. La
foule, même si cette intrusion n’avait pas été dans le programme, hurla de plus
belle. Lena s’agenouilla près de Jin.
_ Jin ! Lève-toi ! Dépêche-toi ! Sinon ils vont te mettre
en pièces !
Il leva péniblement la tête en toussant. Son visage était couvert de sang
et un hématome se formait sur sa joue.
_ Qu’est-ce que tu fais là ? parvint-il à marmonner.
_ On s’expliquera plus tard ! Lève-toi ! Je m’occupe
d’eux !
Elle s’avança face aux deux hommes toujours à terre. Ils se relevèrent à
leur tour et la regardèrent avec un sourire amusé au coin des lèvres.
_ Hé ! Cocotte ! s’exclama John. Ici c’est pas un endroit pour
les petites filles ! Alors rentre vite chez toi ! Tout ce que tu va
gagner, c’est un aller simple pour les urgences !
_ Ouais ! Nous on est pas des brutes ! On ne se bat pas contre
les filles !
Lena éclata d’un rire moqueur.
_ Vous n’êtes pas des brutes ? Pourtant regardez dans quel état vous
l’avez mit ! lança-t-elle en désignant Jin par-dessus son épaule.
_ C’est les risques du jeu, fit Joe en haussant les épaules.
_ Si ce sont les risques, alors battez-vous contre moi !
_ Comme tu voudras ! Mais te plains pas quand t’auras plus de
dents !
Et il s’avança vers elle dans l’intention de lui mettre une bonne baffe
pas trop méchante quand même. Mais Lena se décala sur le côté, lui attrapa son
bras et le tordit violemment. Il y eut un craquement sourd. Il poussa un
hurlement d’enfer. Puis elle le repoussa par terre.
_ Quand on t’aura cassé quoi ? demanda-t-elle innocemment.
John se précipita sur elle. Elle évita sans peine une série de furieux
coups de poings, les lui bloqua, et lui assena un puissant coup de tête, puis
lui faucha les jambes. Il s’écroula au sol, près de son compagnon. Il se releva
tant bien que mal. Mais Lena le chopa avec une prise qui semblait familière à
Jin. Elle lui rappelait celle de quelqu’un… La prise le projeta à nouveau à
terre. Il ne se releva pas. John avait déclaré forfait. La foule explosa en
hurlements et acclamations. Lena se retourna pour s’agenouiller près de Jin.
_ Comment ça va ? murmura-t-elle.
_ Mon… Mon nez… cassé…
_ Allez ! Debout ! Il faut qu’on rentre !
Elle le prit par le bras et l’aida à se lever. Elle passa son bras sur
ses épaules et le soutint pour marcher.
_ Attends… murmura Jin. Il faut… que le gars… te donne l’argent…
Elle obéit et se dirigea vers le speaker. Celui-ci tenta de refuser au
début, mais quand il vit que le jeune homme ne plaisantait pas, il lui remit
bon grès mal grès l’énorme liasse de billets. Jin les prit et les tendit à
Lena.
_ Mon loyer pour deux ans… dit-il. Si t’es d’accord…
_ Arrête de dire n’importe quoi… »
Les spectateurs s’écartèrent lorsqu’ils fendirent le cercle en les
applaudissant. Elle remonta la ruelle et se dirigea vers un arrêt de bus.
Lorsqu’ils descendirent du véhicule, il restait encore un peu de marche à
faire. Le vent était doux, l’air parfumé par l’odeur des pizzas et les rires
des passants.
*
* * * *
Enfin arrivés, Lena fit
s’asseoir Jin dans le salon, sur un fauteuil et se dirigea dans sa salle de
bain. Elle revint avec sa trousse de premiers soins dans les mains. Elle
s’agenouilla devant le jeune homme et lui désinfecta ses blessures. Il ne se
plaint même pas. Il n’y pas une grimace. Pas même un cillement. Lena était stupéfaite.
Elle avait délibérément prit de l’alcool pur pour le faire souffrir un peu
plus, mais il n’avait pas eut un seul geste de douleur, il n’avait rien montré
de ses sentiments, comme à l’accoutumée. Il était resté impassible.
Il sentait une certaine tension et il avait mérité ce qui lui était
arrivé. Elle lui posa un sac de glaçons sur la joue. Puis elle s’installa sur
le canapé, éloignée de lui. Jin était gêné qu’elle ait découvert ses activités
nocturnes. Peut-être le prenait-elle pour une brute et qu’elle ne voulait
plus lui parler ? Il repensait au regard dont elle l’avait gratifié,
lorsqu’elle l’avait appelé dans la foule. Un regard de surprise,
d’incompréhension et sans doute de dégoût…
« Explique-moi, dit Lena d’une voix calme sans le regarder.
Jin tourna les yeux vers elle.
_ Explique-moi pourquoi tu me dis que tu dois aller travailler et que je
te trouve en train de te battre pour de l’argent. Explique-moi ça s’il te
plaît. Parce que ça me dépasse vraiment.
Jin prit une profonde inspiration.
_ Et bien en fait, commença-t-il. Je n’ai pas vraiment de travail. Je
fais des combats de rue pour pouvoir te payer mon loyer. Comme je ne compte pas
rester longtemps ici, je préfère ne pas m’attacher à un emploi. C’est pourquoi
j’ai opté pour des combats.
_ Et… C’est pour ça que… que tu n’as pas voulu aller au ciné avec moi ce
soir ?
_ Non ! s’exclama Jin. J’avais très envie d’y aller, mais j’étais
obligé de faire ces combats, sinon je n’aurais pas pu te payer et puis…
_ Mais qu’est-ce que j’en ai à cirer de l’argent moi ! s’écria Lena,
laissant exploser sa colère. Tu risques ta vie simplement pour un peu
d’argent ! Tu as faillit mourir ce soir ! Et tout ça pour payer un
simple loyer !
_ Lena…
_ Je peux m’en passer de l’argent ! C’est pas ça le plus important !
Tu as faillit mourir ce soir, Jin ! Est-ce que tu te rends compte ?
Qu’est-ce que j’aurais fais si jamais on était venu m’annoncer que tu étais
mort ? Hein ? Tu peux me le dire ?
_ Lena, je suis vraiment désolé…
_ Ce soir, au café, un homme s’est battu, juste pour me défendre,
dit-elle avec des sanglots dans la voix. Et tu sais quoi ? ( Elle eut un
sourire tremblant ) IL EST MORT ! » hurla-t-elle.
Elle éclata en pleurs convulsifs, se prenant le visage dans ses mains.
Jin était trop bouleversé pour dire quoi que ce soit. Il se borna simplement à
la prendre dans ses bras avec une infinie douceur. Elle se laissa faire, trop
épuisée pour protester. Elle enfouit son visage contre son épaule et sanglota
sans retenue, repensant à cet homme si gentil.
Jin la serra doucement contre lui, et lui caressa les cheveux. Il ne
savait pas quoi dire, ne sachant pas que faire dans ces cas-là.
Les gestes réconfortent parfois tellement plus que des paroles...
Alors il la berça tendrement, posant sa tête contre celle de la jeune
fille, comme si, à travers ce geste, il lui jurait qui veillerait toujours sur
elle, qu’il serait toujours là pour elle…
Chapitre 5
.Possession et révélations.
Lena était
brusquement revenue au café où elle travaillait. Elle tourna la tête et aperçut
ses collègues de travail qui étaient tous déguisés en lapins. Elle-même était
presque toute couverte d’une substance noir violet brillante. Un peu comme du
pétrole. Elle était en train de faire la décoration de la pièce avec des
banderoles marquées « Joyeux anniversaire ! » et des guirlandes
rouges et or, éclairée par des spots de toutes les couleurs.
Puis tout se
passa au ralentit…
Les deux hommes qui avaient voulu
tuer Jin entrèrent dans le café. Lena se retourna, puis pâlit en les
reconnaissant. Les jumeaux échangèrent un sourire carnassier. La jeune fille
s’enfuit par la porte de derrière. Elle courrait du plus vite qu’elle pouvait,
mais ils la poursuivaient. Arrivée dans un cul-de-sac, elle les vit s’approcher
lentement d’elle… Elle voulait crier mais pas un son ne sortait de sa gorge.
Elle vit alors une chose cachée dans l’ombre attaquer les jumeaux avec une
force incroyable. Quand ils furent hors d’état de nuire, la chose se tourna
vers elle. Elle avait des yeux rouge feu. Elle s’approcha de Lena, lui tendit
une rose rouge sang. La jeune fille la prit, puis, un animal surgit de l’ombre.
Un énorme loup aux yeux jaunes…
*
* * * *
Lena émergea de ses rêves.
Elle battit doucement des cils, encore dans les vapes. Il faisait encore
nuit ; elle voyait par la fenêtre que le ciel était très sombre. L’horloge
indiquait 3H25 et elle entendait quelques bruits de voitures au-dehors.
Quel rêve étrange !
Elle en était encore effrayée. Tout cela lui avait semblait si vrai…
Elle prit soudain conscience qu’elle était dans les bras de Jin, qui
dormait profondément. Ils étaient allongés sur le canapé, elle contre le
dossier, recroquevillée contre le jeune homme dont l’étreinte la réchauffait
agréablement. Sa tête était posée au-dessus de celle de la jeune fille et ses
bras l’entouraient. Elle était si bien qu’elle n’avait qu’une envie, c’était de
se rendormir. Elle bougea légèrement sa tête et poussa un soupir de bien-être.
Heureusement qu’elle n’avait pas cours le lendemain ; elle allait pouvoir
en profiter.
Toc toc toc !
On frappait à la porte. Lena crut avoir mal entendu.
Toc toc toc toc toc !
Cette fois-ci, pas de doute. Il y avait bien quelqu’un qui toquait contre
le bois. Lena envoya celui qui cognait au diable, en évitant de réveiller Jin,
se redressa, puis enjamba le jeune homme. Elle marcha vers la porte d’entrée,
encore sonnée, alors qu’on frappait plus fort.
« C’est bon ! C’est bon ! grogna-t-elle indistinctement.
J’arrive !
Elle déverrouilla la serrure et entrouvrit la porte. Elle ne vit pas très
bien la personne devant elle, la lumière du couloir l’aveuglant. Elle se frotta
les yeux, puis elle reconnut Tom Snow, son voisin.
_ Bonsoir Melle Warren, chuchota-t-il. Je suis désolé de vous réveiller à
cette heure-ci.
_ Keeessyaaaah ? marmonna Lena en bâillant.
_ C’était pour savoir si vous accepteriez de me loger chez vous juste
pour cette nuit. J’ai perdu mes clés et je ne sais pas où dormir. Je n’allais
pas sonner chez la vieille Mado, alors j’ai pensé à vous.
_ C’est bon… Entrez… fit-elle en le laissant passer.
_ Merci beaucoup. Je vous assure que je ne vous dérangerai pas.
_ C’est pas grave, mais chuuuuuuut ! Y’a Jin qui dooooort,
bâilla-t-elle.
Elle le conduisit au salon, alla chercher un coussin et deux couettes
qu’elle posa sur un canapé.
_ Prenez le canapé, dit-elle. Et bonne nuit !
_ Merci infiniment. Bonne nuit à vous aussi.
Lena retourna prendre sa place contre Jin, sous les yeux effarés de Tom
qui n’y comprenait rien. Elle couvrit Jin et elle-même avec la couette et se
pelotonna contre le jeune homme. Puis elle prit ses bras dont elle s’entoura et
ferma les yeux.
*
* * * *
Au bout de quelques instants, Tom se mit à
ronfler, ce qui agaça Lena au plus haut point, vu qu’elle n’arrivait pas à
dormir. Elle leva les yeux sur Jin qui était toujours plongé dans un sommeil
profond, mais qui chuchotait indistinctement des mots sans suite. Elle ne
comprenait pas la langue qu’il parlait, mais ce devait être du japonais.
Elle était si près de son visage qu’elle pouvait en décrire les moindres
recoins. Elle s’était toujours demandé si la forme de ses sourcils était
naturelle. Elle tendit la main...
Au moment même où ses doigts entraient en
contact avec sa peau, Jin ouvrit brusquement des yeux écarlates. La jeune fille
poussa un hurlement de peur, mais elle n’eut pas le temps de faire quoi que ce
soit. Il tendit son bras avec une vitesse ahurissante et sa main enserra le cou
de Lena. Elle porta les mains sur les siennes, suffoquant sous la pression de
ses doigts. Il la regardait avec un sourire sadique, sans ciller. Elle était si
près de son visage qu’elle voyait danser les flammes de l’Enfer devant elle…
« Ji… Jin… parvint-elle à balbutier, tentant sans succès de détacher
sa main de sa gorge. Lâche-moi…
Elle manquait d’air. Son visage devenait rouge alors qu’il la serrait de
plus en plus fort. Son regard se fit flou… Sa bouche s’ouvrit afin de reprendre
son souffle… Des larmes se formèrent aux coins de ses yeux…
Puis, tout aussi brusquement qu’il l’avait
attrapée, il la relâcha. Tom, réveillé par le cri de la jeune fille, l’avait
saisi par derrière et l’avait jeté à terre. Il le plaqua au sol et lui flanqua
un puissant coup de poing.
_ Lena ça va ? demanda-t-il.
La jeune fille se redressa précipitamment sur le canapé. Elle porta une
main tremblante à son cou, reprenant son souffle par bribes, comme si elle
avait couru comme une détarée. Jin était redevenu lui-même, avec l’impression
de s’être tout juste réveillé. Ses yeux n’avaient plus cette cruauté
implacable, sa bouche n’avait plus ce sourire terrifiant…
_ Qu’est-ce qui t’a pris, connard ! s’écria Tom.
Jin leva les yeux sur la jeune fille, terrorisée.
_ Lena… souffla-t-il. Oh non ! Qu’est-ce qu’il m’a fait
faire… ?
Il leva les yeux sur la jeune fille qui le regardait avec incrédulité.
Son cou portait la trace blanche d’une main, son visage était rouge et ses yeux
débordaient de larmes qui roulaient sur ses joues.
_ Pourquoi t’a fait ça ? REPOND ! hurla Tom en secouant Jin.
_ Tom arrête ! supplia Lena en le voyant frapper à nouveau le jeune
homme.
Elle était tellement éprouvée qu’elle s’était mise à le tutoyer.
_ Il a failli te tuer merde ! ! !
Lui aussi apparemment.
A ce moment, Jin poussa un hurlement horrible. Il fut prit de convulsions
violentes, les yeux roulant dans leurs orbites. Tom, terrifié, s’écarta
précipitamment de Jin qui continuait à se tordre par terre. Il se tenait la
tête à deux mains, en criant de douleur. Lena et Tom virent alors avec horreur
du sang couler des yeux de Jin qui étaient devenus écarlates, des signes noirs
se déployer sur son front, autour d’un troisième œil. Il était exactement comme
le soir où Lena l’avait ramené chez elle. Mais peut-être plus terrifiant.
Lena se jeta au sol, près de lui. Ses soubresauts étaient si violents
qu’elle le plaqua au sol par les épaules pour l’empêcher de se briser le cou.
Elle vit alors avec stupéfaction le tatouage du jeune homme et le sien
s’illuminer d’une couleur rouge feu. Il porta des mains tremblantes sur son
T-shirt qui déchira. Son torse se recouvrait de signes noirs. La douleur fut
insupportable. Il se mit à hurler à la mort. Lena était dans une sorte de
léthargie. Impossible de crier ou de hurler. Elle ne pouvait que supporter la
chose horrible qui la dévorait de l’intérieur. C’était comme si on lui marquait
le visage avec un fer chauffé à blanc.
Tom regardait la scène avec des yeux démesurément agrandis par l’horreur,
incapable de faire quoi que ce soit.
_ Si c’est une blague, elle est pas marrante… couina-t-il.
Une force invisible poussait la jeune fille vers Jin. Impossible de
résister à cette chose incroyable, elle était trop faible. Tout ce qu’elle
voulait, c’était mourir. Mourir maintenant. Ne plus rien ressentir…
Elle roula sur le côté, s’éloignant de Jin le plus qu’elle pouvait,
haletante, et se redressa rapidement. Jin se releva à son tour, tourné de dos
aux jeunes gens.
_ Jin ? murmura Lena, encore choquée. Ca va ?
Il ne répondit pas. Une seconde interminable s’écoula avant qu’il ne se
retourne. Tom écarquilla ses yeux avec un bruit de gorge sourd.
Ce n’était définitivement pas Jin.
Campé sur ses jambes, ses yeux rouges flamboyant de haine, un rictus
ironique aux lèvres, son torse et son front couverts de signes noirs, il était
plus terrifiant que jamais. Comme si le Diable en personne avait pris possession
de son esprit.
Il avança d’un pas vers Lena qui recula aussitôt, terrorisée.
« Mais qui vois-je ? Cette chère petite Lena !
La jeune fille pâlit. C’était autre chose qui parlait, ça n’était pas
Jin.
Bien que la voix soit celle du jeune homme, elle était d’une froideur
effroyable.
Il brandit le bras pour assener un coup à
Lena, mais Tom s’interposa et le frappa. Jin tituba, releva la tête en
souriant, puis se rua sur le pauvre Tom. Il lui envoya un uppercut qui le
projeta sur la table du salon qui se renversa. Lena poussa un cri. Elle se
précipita aider le jeune homme à se relever, puis se posta devant lui, prête à
le défendre. Celui-ci la poussa violemment pour lui épargner le combat et il se
mit en garde. Du sang coulait le long de son front. Jin attaqua avec une
vitesse ahurissante. Il lui flanqua un Laser
Canon, et enchaîna avec un Rising
Uppercut, envoyant Tom valser à travers le salon et briser des chaises. Le
temps que Tom se relève, il préparait un uppercut. Tom vit le coup arriver trop
tard. Lightning Scew Uppercut… La
violence du coup fut telle que le pauvre garçon fut projeté contre la vitre qui
se brisa, et qu’il chuta dans les airs avec une pluie de verre brisé.
Lena ne put retenir un hurlement et se rua vers le trou béant. Il y eut
un bruit sourd qui fit cesser son cœur de battre. Elle se pencha et distingua
Tom, seize étages plus bas, prostré au sol sur le dos, un filet de sang coulant
de sa bouche, les yeux ouverts, entouré de débris de verre. Elle porta une main
à sa bouche et éclata en sanglots.
« Oh non… Tom… sanglota-t-elle, en proie à une vraie crise de nerfs.
Elle se tourna vers Jin, la bouche
entrouverte, prête à subir le même sort. Elle le vit à genoux au sol, une aura
bleue entourant son corps. Il se releva au prix d’un effort surhumain. Ses yeux
étaient redevenus sombres. Le troisième œil, les signes noirs qui le
recouvraient, cette atmosphère maléfique…
Tout avait disparut.
Son regard flou croisa celui incrédule de Lena. Il porta ses yeux sur les
meubles mis en pièces par son combat, puis sur la fenêtre brisée. Il commençait
à comprendre. Il regarda à nouveau la jeune fille immobile, la larme qui
roulait sur sa joue… Il s’approcha avec lenteur de la fenêtre, le cœur sur le
point d’éclater. Ses yeux s’écarquillèrent quand il reconnut Tom sur le bitume,
et son sang cessa de circuler.
_ Oh non… souffla-t-il en reculant.
Lena le regardait, muette, sans faire aucun geste. Jin ne put supporter
ce qu’il venait de comprendre. Il bondit dans les airs. La jeune fille eut une
exclamation horrifiée. Jin atterrit accroupit sur sol, près du corps de Tom.
Lena ne perdit pas de temps. Elle se rua vers la porte d’entrée et descendit
les escaliers du plus vite qu’elle put, manquant de se briser le cou. Elle
poussa la porte du hall de l’immeuble, hors d’haleine, et déboula telle une
furie dehors. Elle regarda autour d’elle, reprenant sa respiration, et aperçut
au loin Jin qui fonçait en direction de la forêt. Elle se lança à sa poursuite,
courant du plus vite qu’elle pouvait. Il traversa un terrain vague, puis la
route. Lena désespérait de le rattraper. Elle trébucha, se rééquilibra de
justesse et elle se précipita dans la forêt.
Elle allait droit devant elle, sans regarder où elle se dirigeait. Elle
courait de toutes ses forces, suivant les traces de Jin. Il s’était
profondément enfoncé dans la forêt, en proie à ses démons, sans regarder où il
allait. Il devait être terriblement malheureux. Jamais elle n’aurait pensé
qu’il pouvait devenir...
Il était vraiment très impressionnant avec ses yeux rouges, ses tatouages
noirs qui avaient recouvert son torse et son front…
Elle trouvait bizarre de se l’avouer, mais elle l’avait trouvé vraiment
beau.
Elle s’était souvent demandé à quoi ressemblait un démon et le fait de
voir Jin sous cette apparence aussi maléfique l’avait...
Elle s’arrêta brusquement et se plia en avant en deux pour reprendre son
souffle. Les traces de Jin s’arrêtaient devant une sorte de caverne basse qui
s’ouvrait sous un immense chêne. Les racines énormes entouraient l’entrée. Lena
hésita un instant, puis, songeant à Jin, elle s’enfonça dans l’ouverture,
oubliant sa peur. Elle se courba en avant pour éviter de se cogner tant la
paroi était basse. Tout était sombre autour d’elle. Le sol était terreux,
couvert de racines. La jeune fille marcha un petit moment avant de s’arrêter.
Elle entendait une sorte de faibles reniflements non loin de là. Un rayon de
lune s’infiltrait par un trou dans la paroi au-dessus d’elle.
C’est alors qu’elle aperçut Jin.
Il était tassé contre la paroi au fond de la caverne, les jambes relevées
sous son menton. Il serrait ses genoux de ses bras en fredonnant une mélodie
d’une voix absente, les yeux fixés au loin sans voir Lena. Il était redevenu
normal, mais son visage était figé dans une tristesse lointaine. On aurait dit
un enfant qui venait de se faire gronder. Elle s’approcha doucement de lui,
s’agenouilla devant le jeune homme et posa une main sur son épaule.
« Jin… murmura-t-elle.
Il émergea de sa torpeur, leva les yeux vers elle, la contemplant
éperdument, avant de détourner le regard, des larmes brillant dans ses yeux…
_ Lena…
_ Jin…
_ Je ne voulais pas… balbutia-t-il d’une voix larmoyante. Je… Je n’ai…
jamais voulu… lui faire du mal…
_ Je sais… Jin… Ce n’était pas ta faute…
_ Si ! Si je n’existais pas… jamais ça ne serait arrivé…
_ Ne dis pas ça ! Jin, ce n’était pas ta faute ! C’est… cette
chose qui l‘a…
_ Je ne voulais pas lui faire du mal… répéta-t-il en secouant la tête.
_ Jin…
Elle avait prononcé son prénom avec tant d’intensité que Jin en était bouleversé.
Il n’avait pas besoin de mots, car il savait que Lena lui demandait.
_ Raconte-moi…
*
* * * *
Jin resta silencieux un moment.
Il prit une inspiration et les mots s’échappèrent sans qu’il ne puisse
les contrôler. Il avait tellement besoin de parler à quelqu’un… Et qui mieux
qu’elle pouvait le comprendre et partager ce secret qui le rongeait ?
*
* * * *
Il avait vécu les quinze
premières années de sa vie avec sa mère, Jun Kazama, dans une jolie maison
perdue dans la campagne japonaise. Un havre de paix où ils vivaient heureux
avec les animaux. C’était la plus belle période de sa vie, mais elle était si
lointaine qu’il l’avait presque oubliée. Il n’avait jamais connu son père mais
cela ne l’avait pas vraiment dérangé.
Un soir, alors que sa mère avait enfin
consentit à lui parler de son père, appelé Kazuya Mishima, une créature
horrible avait fait irruption dans leur maison. Elle avait commencé à attaquer
Jun, puis Jin s’était interposé, tentant de sauver sa mère. Mais il n’était pas
expérimenté dans le combat et s’était fait mettre au tapis facilement. La
créature avait alors reporté son attention sur sa mère. Ses cris déchirants le
hantaient encore…
Jin… Sauve-toi… Je t’en
supplie…mon chéri… sauve-toi…
Non maman ! ! !
Je veux pas te laisser…
Après l’avoir attaqué, elle avait attrapé sa mère par la gorge. Jin se
souvenait encore des paroles étouffées de sa mère à cet instant…
Jin… C’est fini… Va chez ton grand-père… Il
te recueillera…
Non…
Maman…
Jin… Je t’aime…
Il avait une dernière fois regardé sa mère qui lui souriait à travers ses
larmes et ressemblait tellement un ange… Il avait alors prit son courage à deux
mains et était parti en courant de toutes ses forces, fermant les yeux pour ne
pas entendre les cris de sa mère. Quand il avait regardé pour la dernière fois
de sa vie la maison où il avait grandi, remplie de ses plus beaux souvenirs,
elle était en train de brûler. Il avait alors ressentit un tel sentiment de
haine, de désespoir et de tristesse qu’il s’était juré de retrouver cette
créature et de la tuer de ses mains afin de venger sa mère.
Il avait marché toute la nuit, en direction de la capitale.
Au petit matin, quand il était arrivé au siège du Mishima Financial
Empire, il était si fatigué qu’il ne tenait plus debout. Il avait demandé à
voir Heihachi Mishima. Il se souvenait encore de sa première rencontre avec son
grand-père…
Qui… Qui es-tu ?
Jin Kazama…
Votre petit-fils…
QUOI ? ? ?
Qu’est-ce que tu me racontes ? ! ? Je n’ai pas de
petit-fils ! ! !
Je
suis… le fils… de Jun Kazama… et Kazuya Mishima…
Il s’était alors effondré de fatigue dans les bras de son grand-père.
Quand il s’était réveillé, Heihachi lui avait demandé comment il était
arrivé là. Jin lui avait raconté les événements de la veille. Quand Heihachi
avait entendu la description de la créature, il avait aussitôt fait une
proposition à Jin : il lui avait offert de se venger de cette créature en
la tuant lui-même, s’il s’entraînait tous les jours aux arts martiaux de la
famille Mishima. Jin avait accepté sans hésiter. Il tenait là l’occasion de
venger sa mère.
Il se souvenait des quatre ans passés à apprendre le karaté de style
Mishima, des entraînements épuisants et surtout, un événement qui l’avait
particulièrement perturbé.
C’était un soir, lors
d’une de ses promenades en forêt qu’il affectionnait, il avait sentit une
présence proche de lui. Il ne savait pas ce que c’était, mais c’était aussi
terrifiant et maléfique que lors de l’attaque de sa mère. Il avait ressentit
une douleur aiguë au bras gauche et avait vu passer devant lui une sorte de
spectre ou de fantôme. Il était tombé évanoui sous la douleur. Le matin,
lorsqu’il s’était réveillé, son bras gauche était désormais orné d’un tatouage
noir gravé dans sa peau, au cœur de sa chair… La douleur avait disparue mais le
souvenir de la veille était toujours présent… Il décida de ne pas en parler à
son grand-père et rentra.
Peu de temps après que Jin soit passé
maître dans le karaté de la famille Mishima, Heihachi organisa un tournoi
d’arts martiaux. Un tournoi auquel son père et sa mère avaient participé des
années auparavant. Jin avait participé au tournoi, et était facilement arrivé
en finale. Son grand-père l’avait mené à une sorte de tombe. Un tombeau maya
d’après Heihachi, où se trouvait la créature appelée Toshin. Jin s’était battu
avec une énergie incroyable contre le monstre, sentant renaître sa haine.
Il avait réussit à le mettre K.O. mais ce combat lui avait beaucoup coûté. Il
s’était tourné vers son grand-père, épuisé, et l’avait vu échanger un bref
signe de tête avec les soldats de sa Tekken Force. Ceux-ci avaient alors ouvert
le feu sur Jin, paralysé, incapable de réagir. Il était tombé à terre,
mortellement blessé. Il s’était vidé de son sang… Il voyait flou…mais avait aperçut
son grand-père s’approcher de lui. Il ne comprenait plus rien… Il avait espéré
que son grand-père l’aiderait, et il avait tendu une main tremblante vers lui…
Mais Heihachi avait eu un sourire démoniaque. Il avait tendu un revolver. Jin
avait ouvert des yeux surpris et il avait alors compris que son grand-père ne
l’avait jamais aimé, que c’était la fin pour lui… Après tout, il irait
rejoindre sa mère… C’était mieux comme ça…
Une balle tirée entre ses deux yeux par son grand-père le fit s’affaisser
au sol.
Aujourd’hui encore, il se souvenait du
sentiment merveilleux qu’il avait ressentit lorsqu’il était mort. Plus aucune
douleur, plus aucune tristesse… Il s’était senti léger, si léger… Il était
rempli de joie… Il s’était envolé dans les airs, voyant, en regardant en bas,
son corps couvert de sang… Il avait alors entendu des voix célestes, dont une
qu’il connaissait particulièrement…
Maman… C’est
toi ? ? ?
Jin… Ce n’est pas encore ton
heure…
Maman… Je veux
rester avec toi… Tu me manques tellement…
Tu as encore une vie merveilleuse
qui t’attend, mon chéri… On se reverra…
Il était alors revenu à la vie dans son corps criblé de balles. Il ne
sentait plus les blessures car il avait vu son grand-père s’éloigner et une
haine si forte s’était emparée de lui qu’il s’était sentit se métamorphoser…
Une force qu’il n’avait jamais imaginée posséder l’emplissait, née de sa seule
haine ; alors que ses yeux avaient viré au rouge, et que des tatouages
apparaissaient sur son corps...
Il s’était relevé.
Un soldat s’était approché de lui, mitraillette à la main, mais Jin
l’avait projeté avec une force incroyable contre un mur où il s’affaissa, près
d’Heihachi… Celui-ci s’était retourné lentement, et n’eut pas le temps
d’apercevoir son petit-fils ainsi transformé… Jin s’était jeté sur lui avec une
rapidité ahurissante et avait prit son visage dans une main. Il avait alors
projeté Heihachi contre le mur du tombeau avec une force telle qu’il défonça le
mur. Son grand-père chuta dans les airs. Jin avait alors déplié d’abyssales
ailes noires et avait rattrapé son grand-père in extremis. Il s’était ensuite
envolé face à la pleine lune, trop occupé à fuir pour savoir où il se
dirigeait…
Quand il s’était réveillé, il se trouvait
dans un endroit qu’il ne connaissait pas. Un endroit désert, calme, où des
dunes de sable s’étendaient au loin. Jamais il n’avait autant ressentit le
démon en lui. Tant qu’il était éveillé, sa voix ne le hantait pas autant que
lorsqu’il dormait, ou que lorsqu’il était perdu dans de sombres pensées. Tant
qu’il était éveillé, il savait que le démon ne le contrôlerait pas…
*
* * * *
Lena était complètement paralysée, privée
de la parole.
Jamais elle n’aurait pensé qu’on pouvait autant souffrir, qu’une vie
pouvait être aussi dure. La haine qui les dévorait était la même.
Lorsqu’il eut finit de parler, de raconter tout ce qu’était sa vie, il
sortit un collier noué à son cou de sous les lambeaux de son T-shirt. C’était
un sublime collier en or, au bout duquel se balançait un petit ange.
« C’est le seul souvenir d’elle qu’il me reste… murmura-t-il.
Il regarda Lena une nouvelle fois comme s’il souhaitait se perdre dans
son regard émeraude, comme s’il y cherchait une aide, une approbation qu’il dut
trouver car il sembla moins triste.
Il attendit à son tour qu’elle lui racontât tout. Lena eut un soupir.
*
* * * *
Elle replongea dans le passé, se rappelant
sa misérable vie. Elle s'étonnait de trouver certaines similitudes entre Jin et
elle.
Lorsqu'elle était née, sa mère ne l'avait pas reconnue comme étant sa
fille. Elle l'avait abandonnée peu après lui avoir donné le prénom de Unknown... Inconnue...
Qui disait tout de ses sentiments envers sa fille...
Elle avait ensuite été placée dans une famille d’accueil instable où elle
était restée deux ans. La négligence de cette famille était telle qu’elle la
laissait souvent seule des heures entières.
Puis son père, refaisant surface dans sa vie, l'avait prise avec lui.
Mais Lena s’était bientôt rendue compte qu’il ne la gardait que pour toucher
des allocations familiales. De plus, il était alcoolique et joueur. Trois fois
par semaine, lorsqu'il sortait de son travail, il allait jouer son salaire aux
cartes et buvait jusqu’à tomber ivre mort. Lorsqu’il rentrait, c’était souvent
sur sa fille qu’il se vengeait d’avoir perdu son argent. Il se vengeait surtout
de ce que la mère de la fillette l’ait quitté. Lena ressemblait énormément à sa
mère et il en était malade. Alors il la frappait.
De ses propres mains jusqu’à la batte de base-ball, tout était bon pour
« apprendre la vie à cette pourriture », comme il aimait à le dire.
Lena se rappelait qu’après l’avoir battue comme un sac de plâtre, son
père tombait endormi, la bave aux lèvres tel un chien, et elle, elle restait
immobile, recroquevillée contre la porte de sa chambre, serrant contre elle sa
poupée, chantonnant une chanson d’une voix absente, le regard hagard et fou…
Une fois, après que son père l’ait
littéralement massacrée à coups de barre métallique parce qu’elle avait oublié
d’acheter son pack de bières hebdomadaire, elle avait quitté la maison en
rampant. Mais elle s’était effondrée dans la rue. Une fille s’était alors
approchée d’elle pour l’aider. Quand elle avait vu son visage tuméfié elle
avait poussé un cri d’effroi. Lena s’était évanouit et, quand elle s’était
réveillé, elle était dans un grand lit moelleux, à l’hôpital. La fille qui l’y
avait conduite se tenait près d’elle, sérieusement choquée. Elle s’appelait
Julia Chang.
C’était le début d’une grande amitié.
Elle était venue en voyage linguistique à Brisbane et rentrait chez sa
famille d’accueil quand elle avait trouvé Lena dans la rue.
Celle-ci lui raconta toute son histoire, et Julia lui conseilla d’aller
dénoncer son père à la police. Mais Lena avait bien trop peur pour oser suivre
son conseil. Et puis, si elle devait faire cela, comment aurait-elle put vivre
par la suite ?
Son père ayant un salaire très moyen, elle avait souvent du travailler
d’elle-même pour se payer ses fournitures scolaires ou de nouveaux vêtements.
Ses voisins connaisaient ses problèmes avecc son père et, pour l’aider, ils lui
offraient de menus travaux à effectuer afin de toucher un peu d’argent. Le fait
que Lena travaille à l’âge de 13 ans ne dérangeait pas son père outre mesure.
Il disait que c’était une bonne chose, que cette « pourriture lui coûtait
les yeux de la tête et qu’il était temps qu’elle le rembourse ». Elle ne
mangeait pas souvent à sa faim et à l’école, on la rejetait toujours car elle
n’était pas comme les autres avec ses vêtements sales et rapiécés, ses grands
yeux vert clair, sa pâleur cadavérique et sa beauté froide. Mais elle était une
très bonne élève et la sympathie des professeurs pour elle accroissait la
jalousie des autres élèves.
Elle aimait regarder le ciel la nuit. Elle sortait parfois le soir en
cachette quand son père était soûl et endormi, et elle allait dans la forêt,
s’allongeant sur l’herbe, observant les étoiles, s’inventant une vie
merveilleuse de princesse, où aucun père ne la battait, mais où ses deux
parents l’aimaient et la chérissaient, comme toutes les autres filles…
Combien de fois s’était-elle retenue pour ne pas pleurer ?
Elle avait essayé des milliers de fois de faire le vide en elle,
d’essayer de ne rien ressentir. Pas de peine, pas de colère, pas de tristesse…
Juste un mépris incroyable de la vie. Elle aurait voulu mourir. Mais,
malgré son manque de sensibilité, elle avait conçu pour son père une haine
féroce qui n’avait fait que s’accroître…
* *
* * *
Le soir de ses quinze ans, elle avait tenté
de mettre fin à ses jours en se pendant à une branche d'arbre. Heureusement, (
ou malheureusement pour elle ) sa tentative avait échouée quand la branche
avait cédé. A cet instant, quelque chose s’était présenté à elle. Quelque chose
de très puissant, mais d'une malfaisance incroyable.
Cette chose était venue en elle, où elle sommeillait, attendant la pleine
lune pour prendre le contrôle total de son être sous la forme d’un loup.
Ce soir-là, lorsque son père avait à
nouveau tenté de la battre, c'était un soir de pleine lune. Lorsqu'il avait
levé la main pour lui administrer son cota de coups, elle avait bloqué la barre
en fer qu’il brandissait, un sourire
sadique au coin des lèvres. Ses yeux étaient devenus jaunes. Jamais elle
n'oublierait le regard terrifié de son père et ses hurlements lorsque le loup
s’était jeté sur lui et l’avait déchiqueté. Cette partie malfaisante
d'elle-même aimait cet instant-là, cet instant où elle avait ôté la vie de son
père. Cette nuit, elle avait connu le goût du sang. Et c'était terriblement
excitant. Mais la partie bonne, qui était dominante, se détestait. Elle
redoutait les soirs de pleine lune. Ces soirs où, retrouvant sa nature sauvage
et maléfique, elle courrait la forêt en hurlant telle une bête...
*
* * * *
Jin la dévorait des yeux, bouleversé. Il
pensait être le seul à avoir une vie de misère, le seul à souffrir chaque jour.
Mais Lena était dans le même cas que lui. Et son cas était affreusement plus
grave que lui. Elle n’avait jamais connu la tendresse, l’affection et l’amour
d’une mère alors que lui avait passé son enfance avec elle… Ils se regardaient
si intensément l’un l’autre… Ils n’avaient pas besoin de mots…
Après tout, n’étaient-ils pas marqués de la même essence ?
Au fond, ne se ressemblaient-ils pas tous les deux ?
Ce fut Jin qui fit le premier pas. Il
l’attira doucement contre lui et il la serra dans ses bras, sentant qu’elle
avait plus que besoin de cette affection qui lui avait trop souvent fait
défaut. Elle se blottit contre lui et laissa des larmes qu’elle avait trop
longtemps contenues s’écouler. Ils restèrent un long moment serrés ainsi,
partageant la même douleur : celle d’avoir été abandonnés d’une certaine
façon, de souffrir au quotidien, de vivre même si la mort était la seule chose
qu’ils attendaient…
Chapitre 6
.Joyeux anniversaire !.
Deux ans ont passés.
Jin et Lena sont devenus plus que des amis.
Après ce qu’ils avaient vécu, ce qu’ils avaient appris l’un sur l’autre,
ils s’étaient rapprochés et s’entendaient à merveille.
Lena avait confié à Jin son envie de poster sa candidature en tant que
biologiste dans un laboratoire d’analyses. Elle avait passé un Bac S et
maintenant qu’elle avait achevé ses deux années d’études à la faculté, elle
hésitait quant à la suite de son parcours. Lorsqu’elle en avait parlé à Jin
pour lui demander conseil, il l’avait approuvé sans hésité. Il l’avait très
bien épaulée au cours de ces deux années durant ses études. Lui-même étant
scientifique dans l’âme, il avait trouvé en Lena une jeune fille aussi
passionnée que lui par la biologie et très douée.
Encore un point commun…
*
* * * *
Jin avait maintenant 21 ans et Lena allait
en avoir 20.
A cette occasion, elle songeait depuis quelques jours à fêter son
anniversaire. Voilà bien longtemps que cette idée lui trottait dans la tête.
Lorsqu’elle était plus jeune, elle n’avait jamais célébré cette date, et
jusqu’à présent, elle s’en été très bien passée. Mais elle avait envie de faire
la fête, de s’amuser un peu.
Elle dressa une liste d’amis à qui elle envoya des cartons d’invitations
et avertit Jin qu’il était naturellement de la partie.
« Jin ? Tu peux venir s’il te plaît ?
_ Oui ? Qu’est-ce qui se passe ?
_ Tiens, c’est pour toi ! fit-elle en lui tendant une enveloppe.
_ Qu’est-ce que c’est ?
_ Ouvre, tu verras.
Il obéit et sortit de l’enveloppe un carton de couleur vive. Il le lut.
Puis il regarda Lena, toute souriante.
_ Tu m’invites à ton anniversaire ? Dans une semaine ?
_ Ben oui !
_ Et tu le fais dans une boîte de nuit ?
_ Ben oui !
_ Mais… Ce n’est pas trop… enfin je veux dire…
_ Quoi ? Tu n’es jamais allé en boîte ?
_ Non.
_ Et ben c’est super ! C’est génial pour faire la fête entre
potes ! Tu vas apprendre à te lâcher un peu mon grand, t’es trop… austère…
_ Moi ? Austère ?
_ Ouais.
_ Ok ok ! Je viens ! Et on verra qui est l’austère des
deux !
_ Ha ! Tu vas venir à mon anniversaire habillé en punk ? Les
cheveux teints en jaune poussin ? Ca changerait du noir perpétuel !
_ Quel noir perpétuel ?
_ La couleur de tes fringues, vieux croque-morts ! T’es toujours en
noir !
_ Et alors ? Tu veux pas que je me déguise en pequenot non
plus ? Avec un baggy où je nagerai et un vieux T-shirt ? Qu’est-ce
que c’est moche !
_ Ce serait marrant !
_ Et toi alors ? T’es toujours avec des vêtements basiques !
T’es comme tout le monde ! Jean et pull ! C’est pas original !
Lena ouvrit la bouche, surprise, n’en croyant pas ses oreilles.
_ Ah ouais ?
_ Ouais ! T’as déjà mit une jupe dans ta vie, des talons ou des
débardeurs ? T’as peur de te fringuer comme une fille ?
_ Ooh ! Et toi alors ? T’as déjà mit un jean, des
baskets ou un truc à la mode ? T’as peur de te fringuer comme un vrai
mec ? demanda-t-elle innocemment en reprenant ses mots.
Jin resta à son tour muet, puis il lui dit :
_ OK ! On verra dans une semaine ! Moi j’ai peur de me fringuer
comme un mec ? Tu vas voir ! Tu vas moins faire la maligne !
_ J’ai hâte de voir ça ! Jin Kazama, le karatéka solitaire et
austère dans une boîte de nuit !
_ Moi aussi ! Lena Warren, serveuse pas fashion pour un sou qui
va nous montrer comment passer inaperçue ! Vivement la semaine prochaine !
Lena lui lança un regard furieux et s’éloigna en maugréant.
J’ai peur de me
fringuer comme une fille ? Tu vas voir, croque-morts ! Je serai
tellement fashion ! Je vais te mettre la misère… Hahaha !
*
* * * *
Durant la semaine qui passa, l’atmosphère
était assez tendue entre Lena et Jin. Bien qu’ils sachent que ce n’était pas
une dispute mais une sorte de défi, ils étaient constamment en train de se
vanner, de se moquer sans méchanceté de l’autre, rappelant leur pari sans en
parler directement. Ils étaient souvent dehors toute la journée, puis
revenaient parfois avec des sacs de courses à la main.
Le soir de son anniversaire, Lena s’absenta
du matin au soir.
Jin était assez inquiet car il était assez tard. Il restait encore
quelques heures avant celle prévue, mais elle n’était toujours pas rentrée.
Et puis elle apparut sur le seuil, essoufflée, rouge d’avoir couru, un
grand sac en papier à la main. Elle se rua dans la salle de bain alors que Jin
achevait de se préparait dans sa chambre. Il avait acheté une de ces horreurs
qu’il détestait et tentait de se convaincre de la mettre. Il ne fallait surtout
pas qu’il perde la face devant Lena et ses amis. D’ailleurs, elle leur avait
sûrement parlé de lui comme d’un gars solitaire et pas très intéressant. Il eut
un sourire narquois.
On va voir qui
sera le croque-morts !
*
* * * *
Lorsque Lena sortit de la salle de bain,
Jin enfilait ses baskets dans l’entrée, un genou à terre.
« Uhum !
Jin tourna la tête vers elle et resta à la contempler, bouche
entrouverte, lacets dans la main.
Elle était vraiment très belle. Très provocante aussi.
Sa minijupe noire en cuir ornée d’une ceinture en strass était légèrement
plus longue qu’un microshort et révélait des jambes magnifiques. Son T-shirt
blanc moulant dévoilait son nombril percé et un tatouage représentant un
papillon au creux de ses reins. Elle portait une paire de jolies cuissardes à
talons aiguilles en cuir noir qui recouvrait ses genoux. Elle avait lâché ses
cheveux lisses, qu’elle portait toujours attachés, natté quelques mèches et
sentait bon la vanille. Elle tourna sur elle-même et prit une pose avantageuse.
Elle avait définitivement changé.
_ Alors ? s’enquit-elle en le voyant muet. Qui est la serveuse
banale et pas fashion pour un sou ? Qui a peur de se fringuer comme une
fille ?
Il s’était relevé. Il était vêtu d’un T-shirt blanc à col en V ( juste ce
qu’il fallait de moulant ) qui découvrait ses clavicules et sa chaîne en
argent, d’un baggy sombre et de Requins noir-argenté. Il était si beau qu‘elle
n’arrivait pas à détacher les yeux de lui.
_ Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il avec un sourire. Où est
passé le croque-morts austère ? Le karatéka solitaire qui a peur se
fringuer comme un mec ? Moi j’en vois pas !
Lena s’avança vers lui. Elle lissa son T-shirt, la main sur son torse.
_ Mmm… Ca te change. C’est très bien comme ça.
_ Et toi, ton piercing… Ton tatouage… C’est…très fashion. Hé !
Attends !
Il releva la manche droite de son T-shirt. Il écarquilla les yeux en
reconnaissant le tatouage qu’elle avait sur le bras. Il la regarda avec
stupéfaction.
_ C’est le même que le mien…
_ Cela fait longtemps que je l’ai.
_ C’est vrai ? Pourquoi tu ne me l’a pas dit ?
_ J’avais peur de te le dire. Et puis, avec le temps, j’ai complétement
oublié.
_ C’est vraiment bizarre. Enfin bon… Tu es très belle.
_ Toi aussi tu es super beau.
_ Je m’incline. Je suis un croque-morts austère ! Et toi tu es la
plus belle… »
Elle se détourna pour cacher ses joues rouges, sous le regard amusé du
jeune homme. Ils sortirent, fermèrent la porte à clé et prirent l’ascenseur.
Arrivés au parking, Jin tendit un casque à Lena qui l’enfila. Il fit de même et
enfourcha la moto. Il attendit que la jeune fille se soit installée et
accrochée à lui puis il démarra.
*
* * * *
Arrivés devant la boîte,
Jin se gara et ils descendirent. Lena montra sa carte au videur et entraîna Jin
avec elle à l’intérieur.
Les sports éclatants, la musique assourdissante, les jeunes qui
s’excitaient sur le dancefloor enthousiasmèrent la jeune fille. Elle désigna un
groupe de personnes à Jin, en lui disant que c’était ses amis. Ils se
dirigèrent vers eux. Jin était assez mal à l’aise. Il n’avait pas l’habitude
des boîtes de nuit, mais c’était assez plaisant. Il se sentait redevenir un
jeune homme comme les autres.
Ils s’assirent dans les gros fauteuils en cuir.
Lena fit les présentations. Jin fut d’emblée intégré dans la bande. Les
filles étaient sous le charme et les garçons étaient cool avec lui, comme s’il
était déjà un des leurs. Lena était contente qu’il soit autant apprécié par ses
amis et fière de le voir aussi beau, aussi charmant.
Ils décidèrent quoi boire et une amie à Lena alla passer les commandes.
Le DJ passa un nouveau son. C’était Lose my breath des Destiny’s Child.
« J’adore cette chanson ! lança Lena à Jin, toute joyeuse.
Allez viens danser !
_ Qui ? ? ? Moi ? ? ?
Danser ? ? ? s’effara-t-il.
_ Oui ! Toi ! Danser ! répliqua-t-elle, patiemment.
_ Non non non ! ! ! Hors de question !
_ Allez viens danser avec moi ! le pressa-t-elle en le tirant
par le bras.
_ Non, je ne sais pas danser… bredouilla-t-il.
_ Bon ! Je trouverais bien quelqu’un d’autre
de moins rabat-joie ! rétorqua-t-elle.
Elle s’éloigna aussi soudainement qu’elle était apparue. Jin la vit un
instant plus tard, se trémoussant sur la piste. Elle fut rejointe par un garçon
qui la dévisageait avec insistance. Il était blond avec des lunettes noires, un
jean et un tee-shirt blanc. C’était Mouss, le pote de Jin. Il lui dit quelque
chose, la faisant éclater de rire. Jin les regardait, furieux. Il n’aimait pas
du tout la façon dont elle l’avait soudainement laissé tombé et qu’elle se
console avec quelqu’un d’autre. Lena balaya la boîte des yeux et vit Jin qui
l’observait. Elle lui lança un regard ardent, puis l’ignora tout aussi
soudainement, se déchaînant de plus belle.
Il poussa un soupir en songeant qu’il faisait très chaud dans cette boîte
Lorsque le morceau prit fin sous les
applaudissements nourris, Lena et Mouss engagèrent la conversation tout en
continuant de danser. Puis, au bout d’un moment, le gars la prit par la main et
la conduisit au bar. Il lui offrit une bière et ils trinquèrent en riant.
Le DJ passa un message.
« ATTENTION TOUT LE MONDE ! ! ! CE SOIR C’EST
L’ANNIVERSAIRE DE LENA ! ! ! ALORS J’AIMERAI QU’ON LUI FASSE
TOUS UNE GROSSE GROSSE OVATION ! ! ! »
Toute la boîte poussa un « OUAIS » assourdissant.
« MAINTENANT ON CHANTE TOUS UN JOYEUX ANNIVERSAIRE A CETTE JEUNE
FILLE ! ! ! »
Tout le monde se mit à chanter « Happy Birthday to you » et
tapant du pied pour frapper la mesure. Lena était aux anges et souriait,
éclairée par un spot vert. Puis tout le monde applaudit à la fin de la chanson
et poussa des exclamations.
La musique reprit et les danses aussi.
Au bout d’un moment, un ami à Lena alla chercher le gâteau
d’anniversaire, un énorme framboisier où étaient plantées 20 bougies.
Tous ses amis se remirent à chanter « Happy birthday to you ».
Un fois le gâteau posé sur la table basse, tout le monde s’en approcha.
« Lena ! Fais un vœu ! » rappela une de ses
amies.
La jeune fille obéit, jeta un long regard à Jin, puis souffla les
bougies. Une clameur éclata ainsi que des applaudissements. Le gâteau eut tôt
fait d’être coupé et engloutit. Mouss avait tenté de grailler une part, mais il
s’était fait jeter comme du poisson pourri.
Puis on passa aux cadeaux. Lena s’émerveillait devant tout ce qu’elle
recevait : des vêtements, des parfums, des peluches, des CD, des DVD…
Le dernier cadeau était celui de Jin. Lena le prit en tremblant un peu.
Jin la regardait tranquillement, mais il était terrorisé.
Et si son cadeau ne lui plaisait pas ? Elle enleva soigneusement
l’emballage blanc et la ficelle dorée et en sortit un écrin en velours rouge et
une carte. Un ange et un démon étaient représentés dessus, enlaçés, l’ange
faisant un bisou sur la joue du démon, avec, écrit en lettres argentées Amis pour l’éternité.
Lena leva les yeux vers lui, touchée d’une telle carte.
Elle ouvrit l’écrin.
Ses yeux s’écarquillèrent quand elle reconnu le collier en or de Jun
Kazama. La fine chaîne, le pendentif en forme d’ange…
Ce seul souvenir que Jin avait de sa mère, il le lui offrait…
Elle ne pouvait pas l’accepter.
Elle resta immobile un moment. Jin était extrêmement tendu. Il redoutait
qu’elle dénigre son cadeau. Elle leva un regard bouleversé sur lui. Il la
regarda avec une émotion particulière.
Par le jeu interrogateur des regards, elle lui demandait si elle était
bien digne de porter le collier de sa mère. Et il lui répondait qu’il en était
plus que certain. Lena s’avança vers lui et il la serra dans ses bras, avec une
douceur étonnante.
« Merci, souffla-t-elle à son oreille. Merci beaucoup.
_ Tu le mérites.
_ C’est un cadeau trop précieux. Moi je ne t’ai rien offert.
_ J’ai ton amitié et c’est le meilleur cadeau que tu pouvais me faire.
Elle sourit et le serra plus fort contre elle.
Ses amis les regardaient avec des sourires entendus.
_ Il se trame quelque chose entre ces deux-là, murmura Wilma à une amie
de Lena.
_ C’est clair ! T’as vu comment ils sont quand ils sont
ensembles ?
Lena recula de quelque pas et sortit le collier de l’écrin. Elle
l’ouvrit. Jin s’avança pour le lui attacher. Elle se retourna et il la regarda
avec une sorte d’approbation. Ils se sourirent et allèrent s’asseoir.
Puis Mouss revint à la charge et invita Lena à aller danser. Elle accepta
et s’excusa auprès de Jin. Il la regarda s’éloigner, puis reprendre sa danse.
Mouss avait les yeux brillants et dévorait Lena du regard. Il semblait trouver
un intérêt tout particulier pour la minijupe de la jeune fille. Lena paraissait
s’amuser comme une folle. Elle était sur toutes les danses et n’alla pas
s’asseoir, oubliant Jin un moment.
Ce même Jin était au bord de la crise de rage, à force de les regarder,
bien qu’il ne sache pas comment l’expliquer. Son tatouage lui brûlait la peau
et il se sentait des envies pressantes d’homicide. Il sentait le Devil en lui
plus fort que jamais.
Qu’est-ce que tu attends ? Tu
vois bien qu’elle te provoque !
Tais-toi !
Je ne veux plus t’entendre !
Tu es trop bête ! Il est plus
malin que toi ! Il la ramènera chez lui ce soir et tu te retrouveras comme
un idiot tout seul…
Et qu’est-ce
que je dois faire, hein ? Toi qui t’y connais si bien en relations
sentimentales…
Provoque-la à ton tour ! Il y
a plein de jolies minettes par ici !
J’ai aucune
envie de draguer qui que se soit !
Allons ! Le pauvre chouchou
joue les effarouché, maintenant ? Comme c’est mignon !
_ La ferme ! ! ! s’écria-t-il, encore plus furieux.
_ Excusez-moi, monsieur, murmura une voix inquiète à côté de lui. Vous
vous sentez bien ?
Jin tourna brusquement la tête. Une jeune fille rousse le regardait d’un
air inquiet, assise à côté de lui. Elle avait de grands yeux bleu turquoise, des
cheveux roux épais et bouclés et une robe noire très courte au décolleté
plongeant qui la découvrait plus qu’elle ne la couvrait.
_ Pardon ?
_ Vous étiez en train de parler tout seul…
_ N’y faites pas attention, c’est rien ! répliqua-t-il sèchement en
lui lançant un regard furibond.
_ Bon, très bien…
Elle allait pour se lever, lorsque Jin, conscient de l’avoir blessée,
tenta de rajuster le tir.
_ Mademoiselle ! Attendez !
_ Oui ?
_ Excusez-moi… soupira-t-il. Je ne voulais pas être aussi désagréable.
_ Ce n’est rien… Moi c’est Allison. Et vous ?
_ Jin. Vous habitez Brisbane ?
_ Oui, et vous ? demanda-t-elle en se rasseyant.
_ Non, je viens de Tokyo…
_ C’est vrai ? s’exclama-t-elle. Racontez-moi comment c’est, là-bas.
J’ai toujours voulu y aller…
_ Et bien…
De loin, Lena continuait à se déchaîner sur
la piste de danse, collée de près par le blond. Elle cherchait Jin du regard
lorsqu’elle le vit, en grande conversation avec une jolie rousse qui buvait ses
paroles. Elle connaissait cette fille car elle était dans la même faculté
qu’elle et elle passait son temps à essayer de sortir avec le plus de garçons
possible. Le fait que Jin lui parle comme s’ils se connaissaient depuis
toujours la surprit. Sur le coup, elle s’arrêta de danser.
« Qu’est-ce qui t’arrives ? lui demanda le jeune homme. Tu es
fatiguée ?
_ Non non… C’est rien… Mouss ! Tu veux bien m’offrir encore à boire
s’il te plaît ? minauda-t-elle en se pendant à son cou.
Le jeune homme, qui était sûr de finir la soirée avec elle, accepta sans
hésiter et lui offrit un whisky. A peine y eut-elle trempé les lèvres qu’elle
recracha tout, éclaboussant Mouss qui explosa de rire.
_ Pfouérk ! s’exclama-t-elle en s’essuyant les lèvres. Aah !
C’est infect !
_ A quoi tu t’attendais ? Un diabolo pêche ?
_ Non mais j’ai jamais bu un truc aussi infect ! Enfin, si ça peut
aider…
Elle prit le verre et l’avala d’un trait.
_ Ahhhhh ! Cul-sec, ça passe mieux, susurra-t-elle. Allez !
Encore un !
Au bout de deux verres, les effets de
l’alcool commencèrent à se faire ressentir. Lena n’arrêtait pas de rigoler pour
un rien et manqua plusieurs fois de tomber de son tabouret haut.
« …parce que tu vois, lui… disait-elle, le regard vitreux. C’est un
gars…Mais laisse tomber, quoi ! Tu vois… une pire bombe, t’sais…
_ Mmmh… Tu ne veux pas retourner danser ? C’est bientôt les slows…
_ Si ! s’exclama-t-elle.
Il la prit par le bras et l’entraîna sur la piste de danse.
Jin, qui, de son côté, s’ennuyait comme un rat mort en faisait semblant
d’écouter Allison qui parlait, sursauta au bout d’un moment quand il entendit
le DJ.
« ET MAINTENANT VOILA L’HEURE TANT ATTENDU DES
SLOWS ! ! ! ALLEZ MESSIEURS ! NE SOYEZ PAS TIMIDES ET
N’HESITEZ PAS A INVITER CES CHARMANTES DEMOISELLES ! ! ! »
Il chercha Lena du regard dans la boîte, lorsqu’il la vit avec son
blondinet, enlacés, en train de danser. A cet instant, il
sentit une haine si féroce pour le pauvre garçon ( si un regard pouvait tuer,
il aurait été désintégré en moins de deux ) qu’il ressentit le Devil qui
tentait de le faire se transformer. Il tenta de se calmer comme il pouvait,
mais le démon chuchotait en lui, plus
perfidement que jamais :
De
la provocation ! Regarde comment elle te nargue !
Il ne quittait pas le couple des yeux, et lorsqu’il croisa le regard de
Lena, elle l’observa quelques secondes, surprise devant son regard brûlant,
avant de détourner les yeux, rougissante.
Pourquoi
il me regarde comme ça ? On dirait qu’il est furieux ! Mais ce n’est
qu’un slow, c’est pas comme si… Il est peut-être jaloux… Non ! Non
non ! Y’a pas de raison à ça…
Jin n’y tint plus. Sous le regard étonné d’Allison qui lui racontait
encore sa vie, il se leva brusquement et fendit la foule. Il se dirigea vers
Lena, le cœur battant furieusement.
Il l’attrapa par le bras, l’arrachant doucement au garçon, pour la
tourner face à lui. Lena et Jin restèrent un moment à se regarder, bouleversés.
Il l’attira contre lui et, tandis qu’elle posait avec hésitation la tête sur sa
poitrine, il referma ses bras sur elle. La chanson de Titanic s’écoulait doucement autour d'eux, mais ils ne
l'entendaient pas. Pas plus qu’ils n’entendaient le bruit des conversations.
Tout ce qu’ils écoutaient, c’était les battements de leur cœur qui
résonnaient douloureusement.
Tout ce qu’ils savaient, c’était qu’ils voulaient que cet instant ne
cesse jamais. Ils étaient si bien, l’un contre l’autre, coupés de tout ce qui
les entouraient. Dans la chaleur protectrice de ses bras, Lena se sentait à
l’abri de tout. Elle aurait voulu que ce slow ne finisse jamais…
Jin, de son côté, sentait pour la première fois de sa vie une tendresse
animale envers quelqu’un ; l’envie de garder Lena près de lui était si
forte qu’il en était bouleversé. Alors il ferma les yeux pour ne pas qu’elle
voit ses yeux remplis de larmes, et la serra un peu plus fort et tendrement
contre lui…
Chapitre 7
.Loup y es-tu ?.
Il était 4H48 lorsqu’ils sortirent de la
boîte, les oreilles encore empreintes de la musique assourdissante. Jin prit
Lena à part alors que ses amis rangeaient les cadeaux dans une des voitures
afin d’être débarrassés. Puis ils retournèrent à l’intérieur. Jin sortit de la
poche de son jean une épaisse liasse de billets.
La jeune fille était surprise.
« Tiens, c’est l’argent que je te devais, expliqua-t-il devant son
regard interrogateur. Comme je compte partir, je tenais à te rendre ce que tu
m’avais prêté. Je ne te remercierais jamais assez, mais je dois partir. Je ne
vais pas m’imposer chez toi plus longtemps. Surtout que je suis sûr que Tom
aimerait prendre ma place de colocataire ! ajouta-t-il avec un sourire qui
se voulait « enjoué ».
Lena l’avait regardé en fronçant les sourcils, cherchant à
comprendre ; puis ferma les yeux en secouant la tête.
_ Jin… soupira-t-elle. Tu es vraiment trop bête !
_ Pourquoi ? demanda-t-il avec de grands yeux étonnés.
_ Tom n’est qu’un voisin de palier. Un peu original, c’est vrai, mais un
voisin. Tu ne pensais tout de même pas que j’avais flashé sur lui, hein ?
Jin resta silencieux. La jeune fille éclata de rire.
_ Ben quoi ? Tu allais tout le temps le voir à l’hôpital !
_ Jin ! Ca ne veut rien dire ! Et en plus, ajouta-t-elle avec
un sourire malicieux, je crois qu’il a déjà une copine !
_ QUOI ? ! ? s’exclama Jin. C’est vrai ?
_ Ben oui !
Le visage de Jin s’éclaira subitement, il était soudain plus joyeux.
Il lui semblait qu’il était soulagé d’un poids énorme. Il vit Mouss
sortir de la boîte, une bouteille à la main, ne tenant plus sur ses jambes. Il
avait l’air sérieusement éméché.
_ Alors tu ne veux pas que je m’en aille ? demanda-t-il.
_ Il n'en est pas question ! lança-t-elle, faussement outrée. Et puis,
ajouta-t-elle en adoucissant sa voix et en baissant les yeux. Tu me manquerais
beaucoup si tu t'en allais...
_ C'est vrai ? demanda-t-il timidement, n’en croyant pas ses oreilles.
_ Oui, bien sûr, répondit-elle en levant les yeux vers lui, incrédule.
Nous sommes amis, non ?
Une ombre passa sur le visage de Jin.
Amis...
songea-t-il amèrement. Evidemment, avec un monstre comme moi, elle ne pourrait
ressentir que de l'amitié... ou de la pitié...
Qu’est-ce que tu croyais, mon
petit chou ? Qu’elle allait te dire qu’elle t’aimait ? Ho Ho !
Tu es vraiment trop naïf, mon petit Jin… Tu n’as pas compris que tu lui faisais
peur ? Tu ne peux pas lui en vouloir… Tu as faillis la tuer…
Il savait qu’il n’aurait pas du se faire de faux espoirs. Il était
résigné à ce qu’elle le repousse, vu ce qu’il était. Mais pourtant, il sentit
une grande tristesse l'envahir. Il avait tellement espéré plus que de
l'amitié... Mais il devait se contenter de ça... Amis...
_ LEEEEEEENAAAAAAA ! ! ! hurla Mouss non loin de là en
brandissant sa bouteille et en la secouant. YOUUUUHOOOOOU ! ! !
_ Jin... reprit-elle, ignorant Mouss qui se dirigeait vers eux en
chancelant. Nous sommes bien amis, non ?
Il aurait tellement voulu lui dire ce qu'il avait sur le cœur...
_ Oui… dit-il avec un sourire forcé. Juste des amis...
Juste des
amis...
Il se haït encore plus pour avoir répondu ça. Il se détourna brusquement,
se dirigea rapidement vers le parking de la boîte sous le regard étonné de
Lena, surprise de son attitude.
*
* * * *
Jin était en train de se battre avec la clé
de son cadenas de moto. Il était si furieux et tellement triste en même temps
que ses mains tremblaient. Il réussit à enlever le cadenas de sa moto d’un
geste rageur. Il ôta la chaîne qui retenait sa moto et la recula. Il rangea la
chaîne et le cadenas. Puis il repoussa la béquille d’un coup de pied puis resta
appuyé sur sa moto un instant, rongé par la douleur. Il leva les yeux au ciel
constellé d’étoiles.
Oh maman…
songea-t-il. Tu me manques tellement… Si tu savais comme la vie est dure sans
toi…
Il enfourcha son bolide, toujours
perdu dans de sombres pensées de pendaison ou de noyade. Au moment où il allait
démarrer, il entendit un cri non loin de là.
« LACHEZ-MOI, MERDE ! ! !
LACHEZ-MOI ! ! ! !
Il reconnut aussitôt cette voix, qui était celle de Lena. Il descendit en
quatrième vitesse de sa moto et se rua en direction des cris.
« SBAFFF ! ! !
Le bruit d’une gifle et un nouveau cri.
Il traversa le parking en courant du plus vite qu’il pouvait.
Lorsqu’il arriva sur place, il vit Lena aux prises avec deux hommes qu’il
connaissait. C’étaient les deux gars contre lesquels il s’était battu avec
Lena. Joe et John. Et l’un d’eux plaquait la jeune fille terrorisée contre un
mur, derrière la boîte, tandis que l’autre pointait un poignard. Le jeune homme
resta surpris un instant, avant de se ressaisir rapidement. La jeune fille
l’aperçut et allait ouvrir la bouche. Il lui fit signe de se taire. Lena sembla
comprendre. Jin se rapprocha sans bruit, derrière les deux hommes qui ne
l’avaient pas vu.
_ Alors ma cocotte ? lança Joe d’un ton sarcastique. La dernière
fois c’est toi qu’a sauvé ton copain alors qu’on était en train de se le
faire bien gentiment ! Tu t’es bien amusé, mais maintenant c’est notre
tour ! ( Il fit signe de la transpercer avec son poignard ) Mmm ! Je
sens qu’on va bien rigoler ! Ca va être mortel !
Il planta le poignard tout près du visage de Lena.
_ Cette fois ton copain sera pas là pour te rendre la pareille !
_ Ca c’est pas sûr ! rétorqua Jin.
Il arracha John de Lena et le repoussa par terre. Il se tourna vers lui
et lui envoya un coup de pied dans le visage. Lena en profita et s’éloigna des
trois hommes. Joe se tourna et son poignard fendit l’air, taillant le dos de
Jin. La plaie s’ouvrit sur toute la longueur de son dos, déchirant son T-shirt.
Mais Jin resta parfaitement immobile. Sa plaie se referma soudainement sous les
yeux médusés de Lena et Joe. Jin se retourna alors face à eux en même temps qu’il
ouvrait des yeux écarlates, un demi-sourire au coin des lèvres. Joe se
ressaisit et lui planta son poignard dans le ventre.
_ NON ! ! ! hurla Lena, terrifiée, incapable de faire un
geste.
Mais Jin n’avait toujours pas bougé. Des signes noirs se déployèrent sur
son front. Il prit le poignet de Joe, retira la lame de son ventre et la
retourna contre l’autre. Son sourire s’élargit quand il vit l’air terrorisé de
son adversaire. Il enfonça le poignard d’un coup sec dans le cœur de Joe.
Celui-ci eut un soubresaut et s’effondra contre Jin. Du sang s’écoulait de sa
bouche, tâchant le T-shirt de Jin contre lequel il se retint un moment, et
tomba doucement à ses pieds. Il mourut sans un bruit, sans une parole. Déjà,
une flaque de sang commençait à se former sous Jin. Il leva ses yeux rouges
vers Lena. Elle était paralysée de stupeur et son regard exprimait toute son
incrédulité. Ils restèrent une seconde à se regarder, lui, avec des yeux
remplis de tristesse, elle, complétement impressionnée.
_ Jin…
Elle ne finit pas sa phrase, car John s’était relevé et la maintenait
serrée contre lui, un Gun pointé contre sa tempe.
_ Bouge plus, sale monstre ! cria-t-il à Jin. Qu’est-ce t’a fait à
Joe enfoiré ? ! ?
Il appela son jumeau mais celui-ci ne lui répondit pas ( ce qui était
logique vu qu’il était mort ).
_ Ordure ! Tu l’as tué ! ! ! hurla-t-il. J’vais vous
butter tous les deux ! ! !
Jin regarda Lena. Elle se débattait furieusement, mais en vain. C’est
alors qu’elle se calma brusquement. La panique dans ses yeux fit place à un
vide immense, comme si elle n’était plus là. Elle avait le regard fixé devant
elle, comme si elle était hypnotisée.
_ Non… murmura-t-elle, horrifiée, en écarquillant les yeux. Je veux pas
redevenir comme ça…
_ Qu’est-ce qu’elle raconte cette conne ? s’exclama John.
Regarde-la…
C’est ta seule chance de t’en sortir…
Lena décida de lui obéir pour la première fois de sa vie. Elle leva
doucement les yeux à la pleine lune qui se dessinait dans le ciel noir,
entourée de nuages. Jin observa alors un changement radical chez la jeune
fille.
Il vit ses grands yeux vert clair changer
de couleur, passant le leur vert d’origine à un jaune lumineux qui recouvrait
entièrement ses orbites, son teint devenir de plus en plus pâle et une forme
sombre se former derrière elle. Une forme qui semblait s’échapper de son corps
pour prendre la forme d’un loup gigantesque privé de ses pattes arrières. Une
bête aux yeux jaunes cruels, à la mâchoire remplie d’énormes crocs, au buste
massif… John lâcha son revolver et recula de quelques pas, épouvanté. Lena se
tourna vers lui, un sourire presque amical sur ses lèvres contrastant avec son
regard diabolique.
_ Jésus Marie Joseph… souffla John en se signant rapidement.
Ce furent les dernières paroles qu’il prononça avant que Lena ne pointe
le doigt vers lui. Le loup se jeta alors sur lui et le déchiqueta.
Le sang jaillit, recouvrant le sol. Les hurlements du malheureux
retentirent dans la nuit, faisant intervenir les gars de la sécurité de la
boîte. Ils se figèrent en voyant Jin et Lena avec une pareille apparence, le corps horriblement mutilé de John,
couvert de sang, et le cadavre de Joe.
_ Tiens ! Tiens ! Voilà de la compagnie ! lança
joyeusement la jeune fille en se frottant les mains.
Elle allait faire se jeter le loup sur eux lorsque Jin, reprenant le
contrôle de lui-même, l’arrêta en bondissant sur elle. Ils roulèrent sur le
sol, mais Lena réussit à avoir l’avantage. Elle se mit à califourchon sur Jin
et le frappa violemment. Elle enchaîna des coups de poings ravageurs, quand un
hurlement retentit soudain au loin.
_ WOOOOOOOOOOOHHOOOOOOOOOOO ! ! !
Un hurlement qui fit se figer Lena, le poing levé. Elle regarda autour
d’elle avec frénésie, reniflant l’air. Son regard se posa sur la forêt qui
s’étendait en face d’elle. Elle se leva rapidement et courut en direction de la
forêt, hurlant comme un loup. Jin, bien qu’un peu sonné, se releva à son tour
et se lança à sa poursuite. Il courait vite, mais la jeune fille était plus
rapide qu’il ne l’imaginait. Il pénétra dans la forêt et s’enfonça dans les
ténèbres. Il suivait Lena grâce au loup maléfique qui scintillait et éclairait
les bois. Il courait sans savoir ou il allait. Un deuxième hurlement se fit
entendre, plus proche, plus puissant que le premier. Ce hurlement rappela au
jeune homme la première fois qu’il était allé dans cette forêt et qu’il avait
entendu le même. Peut-être parce que Lena était à proximité et que les loups
avaient senti sa présence…
Un moment, Jin perdit la trace de la jeune
fille. Il s’arrêta et regarda autour de lui, sans aucune lumière pour
l’éclairer. Il entendit un rire de fillette et se tourna brusquement.
« Prom’nons nous, dans les bois… Pendant que le loup y’est pas…
Si le loup y’était, il me mangerait… Mais comme il est là, il me mangera
pas…
Jin ne cessait de regarder dans tous les sens mais Lena n’était pas
visible.
_ Alors, Jin Kazama. Tu veux bien jouer avec moi ?
_ Jouer à quoi ? demanda Jin qui restait sur ses gardes.
_ Au loup bien sûr ! Je compte jusqu’à 20 et tu dois te cacher. Si
je te trouve et que je t’attrape, t’es le loup !
_ Je crois plutôt qu’on devrait rentrer...
_ Ah oui ? Et pourquoi ?
Jin se retourna brusquement. Lena le regardait, sourcils froncés. Au même
moment, il distingua autour d’eux plusieurs points jaunes lumineux. Des yeux.
Des loups. Une dizaine, environ.
Ils s’approchèrent lentement des deux jeunes gens. Jin tenta de maîtriser
son inquiétude. Lena le regardait toujours, souriante.
_ Tu vois, Jin Kazama. C’est ici que tout a changé.
_ Comment ça ?
_ Je t’avais dit que j’étais venue me pendre ici. C’est là que ma vie a
changée.
_ Je ne comprends pas...
La jeune fille perdit l’éclat jaune de ses yeux alors que le loup qui
faisait partie d’elle s’illumina intensément.
_ C’est grâce à moi qu’elle est en vie, dit-elle d’une voix rauque. Elle
était sur le point de se tuer quand je l’ai sauvée de la mort.
_ Qui êtes-vous ? demanda Jin en secouant la tête.
_ Je suis l’esprit d’Ogre.
_ C’st impossible ! Je t’ai tué !
_ Oui, mais avant que je n’accomplisse ma mission, je savais que j’allais
être vaincu. Il y aurait une âme extrêmement puissante, plus que tout ce que
j’aurai jamais vu qui allait me détruire quoi que j’aurai fait. C’était toi.
C’est pourquoi j’ai laissé une partie de moi sauve afin de ne pas disparaître
entièrement. Le soir où elle s’est rendu ici pour se pendre, je savais que le
moment était venu. Elle serait l’hôte idéal. La haine l’habitait ainsi que
moi-même. C’est pourquoi j’ai pris possession de son corps afin de pouvoir
utiliser sa haine à mon avantage.
_ Pourquoi elle ?
_ Le destin en a voulu ainsi. Cela aurait pu être un autre.
_ Et que comptes-tu faire ?
_ Te tuer.
_ Je pensais t’avoir vaincu…Et avoir vengé la mort de ma mère…
_ Oh oui ! Je me rappelle ! Cette femme, cette pratiquante
d’aiki-jujitsu… Cela fut très facile de prendre son âme, bien plus que je ne me
l’étais imaginé…
Jin serra les poings de rage. Ses sourcils se froncèrent et des éclairs
bleus jaillirent de son corps.
_ Oui, c’était ma mère. Jun Kazama. Et tu l’as tuée… ( Un sourire
carnassier apparut sur ses lèvres ) Maintenant c’est mon tour.
_ Tu sais pourtant que tu as peiné pour m’éliminer la dernière fois.
_ J’ai changé. Cette fois ce ne sera pas aussi facile que tu le penses.
_ Hum !
_ Et elle, qu’est-ce que tu en feras après ?
_ Elle n’est qu’un hôte. Je l’éliminerai après en avoir fini avec toi.
_ Je ne te laisserai pas nous tuer.
_ Vraiment ?
Lena avait prit sa voix normale et ses yeux s’étaient allumés.
_ Oui.
_ Tu lèverais la main sur moi ? demanda-t-elle innocemment.
_ Si c’est le seul moyen pour te débarrasser de cette chose, oui.
Lena ouvrit des yeux surpris, puis éclata de rire en renversant la tête
en arrière. Elle se jeta brusquement en avant, le bras armé. Jin n’eut pas le
temps de reculer. Elle imprima la marque de ses ongles dans sa peau.
Jin tituba et se porta une main au visage. Trois profondes griffures
ornaient sa joue. Aussitôt, elles cicatrisèrent, pour disparaître.
Lena sourit, accroupie au sol. Jin la regarda, puis il se rua sur elle.
Il lui balança son poing vers son visage, elle l’arrêta d’une main, et le fit
passer par-dessus son épaule. Jin se releva rapidement, se mit en garde. Lena
attaqua. Elle asséna plusieurs coups de poings que Jin évita, puis, comme elle
tendait sa jambe, Il l’attrapa et lui faucha la seconde. Elle tomba au sol, se
mit debout. Jin la frappa dans le ventre avec un puissant coup de poing, elle
se courba en deux, puis lui flanqua un coup de genou dans le visage. Il bascula
au sol. Lena se jeta sur lui et le frappa sauvagement au visage. Il lui saisit
les deux poignets, appuya son pied contre son ventre et la projeta derrière
lui. Ils se relevèrent. Lena le frappa au visage, mais il lui attrapa son bras
et la décala sur le côté. Elle plia sa jambe en aile de pigeon pour le frapper,
mais il lui bloqua le pied. En équilibre précaire sur une jambe, elle sauta et
imprima un mouvement de rotation aérienne à son corps. Sa deuxième jambe se
détendit et alla cogner Jin au visage. Il tomba au sol, entraînant Lena avec
lui. Ils se mirent debout, puis firent une pause durant quelques secondes, hors
d’haleine, s’observant intensément.
Jin n’avait jamais affronté un tel adversaire. C’était une excellente
combattante. Elle n’avait aucun style particulier de combat, mais plutôt un
mélange de plusieurs.
Les loups se rassemblèrent en un cercle autour d’eux et le combat reprit.
*
* * * *
L’une après l’autre, les étoiles
s’éteignirent dans le ciel.
Lena était à présent complètement épuisée, alors que Jin était à peine
essoufflé, le démon l’aidant à surmonter ce combat.
Alors que le jeune homme lui assénait un coup sur son bras, sur son
tatouage, elle poussa un hurlement. Elle tomba au sol, convulsée, ses yeux
exorbités passant du vert au jaune, son tatouage s’illuminant par moments.
Ogre tentait de reprendre possession d’elle, mais elle était décidée à ne
pas le laisser faire. Elle luttait pour recouvrir sa liberté, pour pouvoir
redevenir normale.
Cette lutte entre les deux opposants dura un long moment.
Jin ne pouvait rien faire d’autre qu’observer, la soutenant mentalement
de toutes ses forces. Parfois, Lena était sous l’emprise de l’entité et tentait
de le frapper, mais elle redevenait aussitôt elle-même.
Un moment, la douleur fut si forte qu’elle planta ses ongles dans ses
joues, le visage convulsé, du sang coulant le long de ses tempes.
L’aube commençait à se lever.
A cet instant, la jeune fille hurla à la
mort tandis qu’une sorte de volute jaune épaisse s’échappait de son corps en
sifflant.
« Ce n’est pas fini ! Je
reviendrai ! »
Elle s’effondra au sol, gémissante, haletante, recroquevillée sur
elle-même. Jin s’approcha d’elle. Elle leva de magnifiques yeux verts sur lui.
Il s’agenouilla près d’elle. Ils se regardèrent intensément. Lena était
épuisée, couverte de sueur, incapable de dire le moindre mot, mais elle le
remerciait quand même. Elle savait qu’il comprenait bien plus qu’elle ne
l’imaginait. Jin la prit dans ses bras. Elle s’abandonna à son étreinte, et
éclata en sanglots. Elle avait attendu cet instant de délivrance si longtemps…
Jin la serra plus fort contre lui.
« C’est fini maintenant… Je suis là… »
Elle s’évanouit dans ses bras.
Jin se leva, la jeune fille dans ses bras. Il regarda autour de lui. Les
loups avaient disparus. Le soleil éclairait la forêt, les oiseaux chantaient gaiement.
Comme s’il avait rêvé.
Il marcha en direction de la ville. Alors qu’il contemplait la jeune
fille évanouie, il remarqua que son tatouage avait disparut.
Chapitre 8
.Le dernier Noël.
Lena se réveilla avec la sensation étrange
d’être observée. Elle cilla pour voir clair et regarda autour d’elle où se
trouvait. Elle reconnut sa chambre. Tournant la tête sur le côté, elle vit Jin,
assis sur le lit où elle était allongée. Il eut un sourire doux.
« Bonjour…
_ Mmm… Bonjour.
_ On joue les Belles au Bois Dormant ?
_ Si seulement j’avais un Prince Charmant pour m’embrasser…
_ Je peux arranger ça…
Il se pencha vers son visage et déposa un baiser sur son front.
_ Tu sais que tu m’as fait très peur ? J’ai bien cru que tu allais
me quitter.
_ J’en ai aucune envie pourtant.
Jin sourit. Cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
_ C’est bizarre, murmura Lena. Je me sens toute drôle. J’ai l’impression
d’avoir perdu une partie de moi-même.
_ Tu as retrouvé une partie de toi-même, corrigea Jin. Cette chose qui te
possédait a disparue.
_ Tu en es sûr ?
_ Certain.
Elle eut un soupir et ferma les yeux.
_ Tu sais, j’ai tellement attendu cet instant… murmura-t-elle. C’était si
horrible. Pourtant, j’ai l’impression d’être en train de rêver. Et que, lorsque
je me réveillerai, il sera encore en moi.
_ Je te jure qu’il n’est plus là. Il a tenté de reprendre le contrôle sur
toi, mais tu l’as repoussé seule. C’est ça qui l’a fait fuir.
_ Mais… Si jamais il revenait ? Si jamais il voulait revenir en
moi ?
_ Ca n’arrivera pas. Tu es libre de décider s’il peut te contrôler ou
pas. Puisque tu l’as chassé, il ne reviendra pas, je peux te l’assurer.
_ Je ne sais pas comment te remercier, Jin. C’est grâce à toi s’il n’est
plus là. Tu n’as pas hésité à l’affronter et je t’en suis reconnaissante.
_ J’espère en tous cas que je ne t’aurais pas fais trop mal. J’étais
obligé…
_ C’est pas grave. Je ne t’en veux pas.
Elle voulut se redresser sur ses oreillers mais grimaça en sentant une
douleur sourde se diffuser dans tout son corps.
_ Qu’est-ce qu’il y a ?
_ C’est rien, j’ai juste un peu mal…
Elle inspecta ses bras et ses jambes en ouvrant de grands yeux. Tout son
corps était couvert de bleus et d’ecchymoses.
_ Tu ne m’as pas ratée.
_ Je suis vraiment désolé.
_ Je rigole, c’est pas grave, ca va partir.
Elle se tut un moment.
_ Jin ? Tu sais lorsque… enfin, lorsqu’il t’a parlé par mon
intermédiaire, il a mentionné ta mère, n’est-ce pas ?
_ Oui…
_ Et bien… Je ne sais pas comment l’expliquer mais… pendant qu’il parlait
d’elle, j’ai cru entendre une voix qui venait du… enfin, du ciel…
_ Vraiment ?
_ Oui, et elle me disait… J’ai pas très bien compris sur le coup mais… je
crois que c’était elle…
Jin resta impassible. Puis il se leva.
_ Repose-toi maintenant.
Il se dirigea vers la porte.
_ Jin ?
_ Oui ?
Il la regarda, le visage interrogateur. Lena ouvrit la bouche, mais la
referma sans rien dire.
_ Merci.
_ De rien.
Il ferma doucement la porte.
*
* * * *
Le soir, il revint dans la chambre de la jeune fille. Il frappa à la porte.
« Entrez.
Il pénétra dans la chambre, tenant deux plateaux dans les mains.
Lena écarquilla les yeux en le voyant ainsi chargé.
_ Mais… ? ! Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda-t-elle
alors qu’il posait une bouteille par terre et deux plats sur le lit.
_ Tu n’as pas faim ?
_ Si mais… Tout ça ? ? ?
_ Y’a juste du foie gras, du saumon, de la dinde, des marrons, des
patates et de la bûche.
_ Mais c’est pas Noël !
_ Si, justement.
_ C’est vrai ? ? ? Oh purée ! J‘avais complètement
oublié !
_ C’est pas grave, tu avais d’autres soucis que Noël.
_ Merci Jin. Franchement tu te donnes beaucoup de mal…
_ C’est rien, ça me fait plaisir. A moins que ne veuilles manger seule…
_ Non non ! Reste !
Elle se redressa sur ses oreillers alors que Jin déposait un plateau sur ses
genoux et s’asseyait sur une chaise.
_ Reste pas seul sur ta chaise. Viens sur le lit.
Il obéit et se leva alors qu’elle croisait les jambes en tailleur pour
lui faire de la place. Il s’assit en face d’elle.
_ J’espère que se sera bon, c’est moi qui ai fait la cuisine.
_ Sérieux ?
_ Ouais, même si je suis pas doué.
_ On va bien voir.
Il prit deux flûtes qu’il remplit de champagne et trinqua avec la jeune
fille.
_ A notre Noël ! dit-il.
_ A notre Noël ! » répondit Lena.
*
* * * *
Après qu’ils aient engloutit le repas et
discuté un peu, Jin tendit un paquet vert enrubanné à Lena.
« Joyeux Noël !
_ Ooh Jin ! Il ne fallait vraiment pas !
_ On s’offre bien des cadeaux à Noël ?
_ Oui mais là… Tu m’en as déjà offert un pour mon anniversaire…
_ Allez, ouvre-le.
Elle défit l’emballage et ses yeux s’écarquillèrent de surprise.
_ Oh mon Dieu… souffla-t-elle.
_ Elle te plaît ?
_ Oh mon Dieu ! ! !
Elle sortit de la boîte rose une sublime poupée de porcelaine aux cheveux
blonds bouclés et à la robe pervenche magnifique.
_ Comment tu as su… ?
_ Simple intuition masculine…
Elle haussa un sourcil.
_ Bon… Disons que j’ai remarqué que tu la regardais toujours dans la
vitrine du magasin de poupées quand on était en ville. Je ne pensais pas que tu
les aimais tellement.
_ J’avais la même quand j’étais petite, mais mon père l’avait jeté au
feu.
J’ai cherché à l’avoir mais elle était un peu trop chère pour moi.
Elle le serra contre elle et l’embrassa sur la joue.
_ Merci infiniment Jin…
_ De rien voyons…
_ Tu es vraiment un ange…
_ Oh non, loin de là…
_ Arrête de te dénigrer comme ça ! Si je te dis que tu es un ange,
c’est que tu es un ange. Et je suis sincère…
Il eut un sourire.
_ Je suis désolée mais je n’ai pas de cadeau pour toi… s’excusa-t-elle.
_ C’est pas grave.
_ Ah mais… Si ! Je suis bête ! Deux secondes !
Elle ôta le plateau de ses genoux, se mit à plat ventre sur son lit et
pencha le haut de son corps vers le bas. Elle trifouilla sous son lit un moment
à cause de ses cheveux qui la gênaient et se redressa avec un soupir, extirpant
un gros paquet bleu.
_ Tiens ! Joyeux Noël !
_ Oh Lena… Merci !
_ Ouvre-le avant de dire merci.
Il déballa le paquet et en sortit une pièce de tissu qu’il déplia.
_ C’est un kimono, expliqua Lena. Comme tu m’a dit que tu faisais du
karaté, j’ai pensé que ça serait peut-être bien pour toi…
Jin déplia le kimono avec surprise. Il était sublime.
Moitié noir, moitié blanc, le haut du dos était orné de son tatouage et
le bas de flammes dorées. C’était réellement magnifique.
Jin leva vers elle des yeux extasiés.
_ C’est toi qui l’as fait ?
_ Oui…enfin… Il n’est pas super mais je…
_ Tu rigoles ? Il est génial ! Merci beaucoup.
Il la prit dans ses bras et l’embrassa à son tour.
_ Ca te fera un petit souvenir de moi quand tu partiras… murmura-t-elle.
_ Ce n’est pas pour maintenant, crois-moi… »
*
* * * *
La G.Coporation
attaquée en pleine nuit !
Durant
la nuit de Noël, la société de biotechnologie, G.Coporation, a été assaillie
par des individus armés inconnus. Selon les dires du président de la société,
des données top secrètes auraient été dérobées, et les locaux auuraient été en
partie détruits. Pour l’instant, nous restons encore dans l’incertitude quant à
l’identité des voleurs, mais la police a rapidement ouvert l’enquête…
*
The King Of
Iron Fist Tournament 4
Heihachi
Mishima, actuel leader de la Mishima Zaibatsu, a annoncé voilà quelques heures
l’ouverture du quatrième tournoi d’arts martiaux mondialement reconnu, le King
Of Iron Fist Tournament.
« Le vainqueur du tournoi remportera l’intégralité de la
Mishima Zaibatsu ! » a annoncé Heihachi Mishima à la stupeur
générale.
On peut d’ores et déjà prévoir de
nombreuses inscriptions du fait de l’ampleur de la récompense, qui est une des
plus importantes multinationales mondiales et…
Inscriptions valables jusqu’au 31
Janvier.
Renseignements au…
Jin resta interdit en lisant ces deux articles.
Un quatrième tournoi ? Annoncé après l’attaque de la
G.Corporation qui s’était passée la veille ?
Connaissant Heihachi comme il le connaissait, il était certain que
c’était lui qui avait ordonné de piller cette société. Mais dans quel
but ?
Il se rendit sur le site de la G.Corporation et réussi à obtenir la liste
des membres de la hiérarchie.
Lorsque, sous le titre de directeur, il lut Kazuya Mishima, il sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine.
Il resta interdit, n’y croyant pas.
Mais… Il n’est
pas mort ? ! ? C’est impossible…
Il réfléchit quelques minutes, n’y comprenant plus rien.
Sa mère et son grand-père lui avaient pourtant affirmé qu’il était mort.
Puis ses yeux s’agrandirent sous l’effet de l’évidence même.
Mais, s’il avait survécu. Oui, si lui aussi possédait cette chose en lui,
il aurait pu survivre… Et il s’était réfugié à la G.Corporation durant toutes
ces années… Heihachi avait du l’apprendre, et il avait envoyé sa Tekken Force
le tuer… Mais il avait échoué.
C’est pourquoi il avait organisé un quatrième Iron Fist. Pour pouvoir
l’attirer, ainsi que lui-même et les tuer tous les deux…
Jin ferma les yeux de dégoût en frissonnant. Quand il les rouvrit, ils
brillaient d’un éclat dur.
Je vais les
tuer tous les deux. Oui, je vais éliminer cette famille maudite, afin d’en
finir avec cette malédiction… Mais avant tout, je dois prévenir Ling…
Il envoya un e-mail anonyme à son amie, lui recommandant de se méfier
d’Heihachi et de la Mishima Zaibatsu.
Quelques minutes plus tard, Jin était inscrit au quatrième Iron Fist.
*
* * * *
Environ un mois plus tard, Jin était fin
prêt pour le tournoi.
Il avait passé la journée à ranger ses affaires et à prendre congés de
ses copains. Il avait acheté un billet d’avion afin de se rendre à Tokyo et le
vol était prévu pour le lendemain matin.
Lena ne souffrait plus de son combat et était retournée à la fac, et Jin
ne savait vraiment pas comment lui annoncer qu’il allait la quitter demain.
Elle entra à ce moment-là en trombe dans l’appartement, ruisselante
d’eau. Elle poussa un soupir et ôta ses chaussures et son manteau trempés.
« Jin ? Je suis rentrée !
Elle se dirigea dans la salle de bain prendre une serviette. Tout en se
frottant les cheveux, elle entra dans sa chambre, posa son sac et s’assit sur
son lit. Jin parut sur le seuil.
_ Salut Lena.
_ Salut !
Qu’est-ce qu’elle était ravissante dans sa robe noire.
Elle se jeta au cou de Jin qui fut prit au dépourvu par cet assaut.
_ Mais… Qu’est-ce qui t’arrives ?
Elle le lâcha et recula, un immense sourire aux lèvres.
_ J’ai été acceptée !
_ Au laboratoire ?
_ Oui ! Ils m’ont dit qu’ils m’engageaient ! ! !
_ C’est super ! s’enthousiasma Jin.
_ C’est grâce à toi ! Si tu n’avais pas été là, jamais je n’y serai
arrivé !
_ Ca m’a fait plaisir de t’aider.
Lena alla fouiller dans son sac et en sortit une bouteille de champagne.
_ On va fêter ça !
Elle reposa la bouteille et regarda Jin avec un sourire ravi.
_ Et toi ? Ta journée, comment ça c’est passé ?
_ J’ai lu un peu ( Il regarda sa table de nuit ) et puis, j’ai pensé à
des tas de choses… Lena, il faut que je…
_ Mon journal ? Tu as lu mon journal ? ? ? s’exclama
Lena.
La jeune fille venait de reconnaître son carnet intime qu’elle
remplissait fidèlement depuis trois ans, posé sur la table de nuit. Elle se rua
dessus et le ramassa. Elle le rangea en tempêtant.
_ T’as pas l’droit ! J’suis pas d’accord ! Un journal c’est
très intime !
( Elle se posta devant le jeune homme immobile, les yeux brillants de
colère ) Et je n’sais même pas de qui j’voulais parler ! ! !
Jin tenta de parler, mais elle ne lui en laissa pas le temps.
_ Un « canon », ça peut être très péjoratif ! s’exclama-t-elle.
Et quand je dis que tu as « des yeux troublants » je… je veux dire
que… que tu les as marrons ! ! !
_ Lena je…
_ Quand je marque « le plus beau garçon que j’ai jamais vu »,
je parle pas de toi, j’t’assure…
_ Lena…
_ « Jin » ça ne te désigne absolument pas ! C’est…c’est
« Jim » ! Une stupide faute de dyslexie qui ne veut rien
dire…
_ …
_ … et dans tous ces rêves que je décris, ce « beau japonais »
n’a rien à voir avec toi, rien du tout ! ! !
_ Wilma est passée avant que tu rentres pour prendre un livre de
sciences, expliqua Jin, profitant de ce qu’elle reprenne son souffle. Elle a
fouillé un peu partout mais elle a oublié de ranger. ( Il se tut un instant )
J’aurais jamais osé le lire…
_ Ah… murmura Lena.
Elle détourna le regard, plus que honteuse.
_ La conclusion de mes réflexions, c’est qu’il vaut mieux que je m’en
aille, déclara Jin d’une voix troublée.
_ Que tu t’en ailles ? répéta Lena, incrédule.
_ Quand on est ensemble, c’est trop dur… ( Il poussa un soupir et se mit
à faire les cents pas ) A chaque fois que je te vois, je n’ai qu’une envie,
qu’une obsession…
_ Quand on est ensemble ?
_ Je ne suis pas comme toi, Lena. Et entre nous, ça ne pourra jamais
marcher…
_ Pourquoi ?
_ Je suis maudit…
_ Ne dis pas ça... Et puis, où est le problème ?
_ Je ne veux pas risquer ta vie, alors je vais partir…
_ Non… murmura-t-elle en secouant la tête.
_ Je vais retourner au Japon…
_ Non !
_ …je vais essayer d’oublier… Ce sera dur pour moi, mais c’est la seule
solution…
_ Et moi ? Tu ne crois pas que ce sera dur pour moi ?
_ Quoi ?
_ Tu crois que tu es le seul à ressentir ça ?
Jin resta interloqué, n’en croyant pas ses oreilles.
_ Ce n’est pas toi qui m’as dit un soir que nous étions seulement
amis ? demanda-t-il avec un sourire.
Lena ne répondit rien, les yeux baissés.
_ C’est bien toi, non ? insista Jin, en s’approchant.
Son sourire avait disparu et son cœur cognait violemment dans sa
poitrine. Elle ne dit pas un mot, les yeux obstinément fixés au sol.
_ J’ai menti, souffla-t-elle.
Elle s’engouffra rapidement dans sa chambre et referma la porte.
Chapitre 9
.La dernière chance de Lena.
La pluie tombait à verse. Le tonnerre
grondait.
Jin était allongé sur son lit, les bras
croisés derrière sa nuque, le regard fixé au plafond. Il n’arrivait plus à
penser. Tout était confus.
Il avait l’esprit entièrement occupé par l’image de Lena.
Il secoua la tête et regarda à nouveau le plafond.
Aussitôt, un visage fin se dessina sur le mur, encadré de longs cheveux
châtains, illuminé par deux yeux vert clair, une bouche rose et charnue…
Jin poussa un soupir de frustration et se redressa. Il se prit la tête
entre les mains, désespéré.
Il n’en pouvait plus. C’était insupportable.
Cette obsession allait le rendre fou, c’était sûr.
Pourquoi était-il ainsi obnubilé par cette fille ?
Elle était belle, très belle même. Très intelligente, d’une gentillesse
adorable, généreuse, compréhensive…
Elle était parfaite, c’est tout.
Et elle le rendait fou. Maintenant il le savait. Elle s’était insinuée
dans ses pensées pour ne plus les quitter.
Il repensait tout le temps à la fois où il était rentré à l’improviste.
Lena ne devait sûrement pas l’attendre.
Il s’était figé sur place en voyant la
jeune fille dans le salon. Elle se trémoussait sur My Prerogative de Britney dans une chorégraphie très… provocante.
Mais le plus surprenant, c'est qu'elle était vêtue en tout et pour tout d’un
soutien-gorge et d’un shorty en dentelle noirs. Jin n’avait pas pu détacher son
regard de la jeune fille. C’était impossible, c’était plus fort que lui. Quand
elle s’était tourné face à lui, ils s’étaient regardés avec des sentiments très
mitigés. Il n’avait pas tourné la tête aussi vite qu’il l’aurait dû. Il avait
aussitôt continué son chemin dans la cuisine en toussant pour masquer son
trouble, alors que Lena se prenait la tête entre les mains de désespoir et de
honte mêlés.
Il revint à la réalité.
Il était encore stupéfait de ce qu’elle lui avait dit. Durant tout ce
temps, il était sûr qu’elle éprouvait pour lui de l’aversion, alors qu’en fait…
Il regrettait qu’ils se soient renfermée ainsi sur eux-mêmes. Ils
auraient pu s’expliquer tant de choses…
Elle était dans sa chambre, et il ne pouvait pas aller la voir pour lui
dire qu’il allait la quitter le lendemain.
A cette pensée, son cœur se serra douloureusement.
Il ne tenait absolument pas à la quitter. Il voulait rester auprès d’elle
tout le temps, même s’il devait seulement se contenter de n’être que son ami.
Du moment qu’il pouvait rester près d’elle…
Un léger bruit interrompit ses pensées. Il se redressa. Un grattement se
fit entendre contre sa porte. Il se leva sans bruit et ouvrit.
Encore ce
satané chat, songea-t-il.
Il s’immobilisa, stupéfait, lorsqu’il vit Lena sur le seuil.
Elle était revêtue d’un pyjama en satin violet sombre. Ses longs cheveux
étaient dénoués et tombaient sur ses épaules comme un rideau de soie.
Elle leva des yeux brillants sur lui, rougit en le voyant et détourna le
regard. Jin se rendit compte qu’il n’avait sur lui qu’un pantalon. Il s’effaça
pour la laisser entrer et en profita pour enfiler rapidement une chemise,
remerciant la providence d’avoir exaucé son souhait. Elle tremblait un peu en
regardant autour d’elle. Lorsqu’elle aperçut un sac de voyage posé dans un coin
et que la pièce était presque vide, elle le contempla avec incrédulité.
Elle ne pensait pas qu’il allait la quitter aussi vite, et d’ailleurs,
elle ne pensait pas qu’il allait la quitter. Elle avait l’air tellement sous le
choc que Jin sentit un étrange malaise lui enserrer les intestins.
« Tu retournes au Japon ? demanda-t-elle d’une petite voix.
Il hocha la tête, incapable de lui répondre tant sa gorge était nouée.
_ Quand ?
_ Demain.
Elle pâlit avec l’impression que son sang se retirait de son corps.
Jin vit quelque chose de brillant rouler sur sa joue mais elle se
détourna en se dirigeant vers la fenêtre, faisant semblant de regarder dehors.
Jin vit son reflet essuyer une larme qui s’échappait de ses yeux. Il en fut
extrêmement touché.
_ Je suis désolé, murmura-t-il.
_ A quelle heure tu pars ? demanda-t-elle d’une voix où l’on
percevait une intense tristesse.
_ Avant 7 heures du matin.
Un éclair éclata, la faisant sursauter. Elle se retourna et se blottit
contre sa poitrine avec un gémissement. Jin la serra contre lui, se reprochant
intérieurement de la faire souffrir ainsi. Il était réellement bouleversé.
_ Je ne pensais pas que cela te toucherait autant, dit-il en lui
caressant les cheveux avec tendresse.
_ Tu te trompais…
_ Tu sais, cela me fait vraiment mal au cœur de partir comme ça. Mais je
suis obligé…
_ Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu dois tout le temps fuir,
Jin ?
_ Je te l’ai dit. Je ne suis pas comme tout le monde. Tu crois qu’une
fille comme toi mérite quelqu’un comme moi
?
_ La question ne se pose même pas !
Il secoua la tête avec un sourire triste aux lèvres.
_ Non, je… je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que se soit à cause de moi…
A cause de mon manque de prudence… Je ne me le pardonnerai jamais… J’ai déjà
failli te tuer et qui sait ce qui peut passer si…
_ Je t’aime.
*
* * * *
Il y eut un silence pesant.
Même le tonnerre s’était arrêté de gronder.
Jin était tellement surpris qu’il ne pouvait plus rien faire. Il ne
pouvait pas y croire… C’était trop beau pour être vrai…
Il vit la jeune fille approcher son visage du sien. Il se pencha en
avant, comme attiré par une force invisible. Leurs lèvres se frôlèrent alors
que leur regard se croisaient, puis se joignirent enfin.
Lena ferma les yeux et tout s'évanouit autour d'elle…
Plus rien ne compta plus que ces lèvres contre les siennes. C'était comme
si le temps c'était arrêté, comme si tout ce qui se passait n'avait plus aucune
importance… Ils avaient tellement rêvé de ce premier baiser que maintenant il
n’en était que plus agréable…
Jin enfouit une main dans les cheveux de la jeune fille, puis entoura sa
taille de son bras. Lena lui caressa la joue, puis enroula ses bras autour de
sa nuque.
Leurs lèvres se détachèrent, les lassant
pantelants.
Ils ne pouvaient se quitter des yeux. Ils étaient trop émotionnés pour
parler, mais ils se comprenaient quand même. Un éclair éclata violemment, mais
ils ne firent même pas un mouvement, se dévorant du regard. Prise d’une envie
incontrôlable, Lena l’embrassa à nouveau passionnément.
A présent, ils étaient sous l’emprise de
leurs sentiments. La raison les avait définitivement quitté. Combien de fois
avaient-ils rêvé de cet instant ? Combien de fois Jin s’était-il retenu de
la prendre dans ses bras alors qu’il ne demandait que ça ? Combien de fois
Lena s’était-elle raisonnée pour ne pas franchir le pas en
l’embrassant même si elle en mourrait d’envie ?
Jin la saisit par la taille et la souleva de terre sans pour autant
quitter ses lèvres. Il l'allongea délicatement sur le grand lit aux draps rouge
sang, la regarda un instant avec une douceur bouleversante.
Il l'embrassa de nouveau, avec une infinie tendresse. Lena était perdue
dans un tourbillon de couleurs et de chants qui résonnaient dans sa tête.
Lorsque ses lèvres glissèrent de sa bouche à sa joue, elle laissa s'échapper un
soupir qui se prolongea en gémissement quand il embrassa le creux si tendre de
son cou. Elle eut un frisson et se serra plus fort contre lui, crispant ses
mains sur son dos puissant. De ses lèvres chaudes, il dessinait de troublantes
et enivrantes arabesques sur son cou, la faisant rosir de plaisir. Il sentait
les battements de son cœur qui cognaient violemment contre sa bouche quand ses
lèvres glissèrent sur sa gorge. Il sentait au plus profond d’elle-même l’envie
qu’elle avait de lui. C’était si fort qu’il en était troublé.
*
* * * *
Les mains de la jeune fille s'attaquèrent
au col de sa chemise. Il cessa de l'embrasser et roula sous elle. Il la regarda
faire, amusé.
Assise à califourchon sur lui, se mordant la lèvre, elle tentait de se
maîtriser, mais son impatience se peignait à travers les mouvements désordonnés
de ses mains tremblantes.
Il ne put s’empêcher de sourire quand il vit ses yeux s’écarquiller au
fur et à mesure qu’elle dévoilait son torse. Elle le contemplait, abasourdie.
Il était… Oh, comment trouver les mots pour le décrire ?
Elle était incapable de dire quoi que ce soit ; mais le regard
qu’elle leva vers lui répondit plus sûrement que toutes les phrases et fit
battre son cœur plus vite. C’était comme si elle était en train de graver son
visage en elle pour toujours… Puis elle abaissa à nouveau son regard sur son
torse sur lequel ses mains glissèrent lentement. Le contact de sa peau contre
ses mains la fit frissonner et elle ferma les yeux de plaisir. C’était une
sensation tellement agréable et sa peau était si douce… Il ne put se
retenir davantage et posa ses mains sur sa taille, l’attirant contre lui pour
l'embrasser tendrement à nouveau.
Il déboutonna le haut de son pyjama, en écarta les pans et ses mains
glissèrent le long de son dos, avec une lenteur qui exaspéra les nerfs de la
jeune fille. Sa peau était si lisse, si chaude… Lena enfouit son visage dans
son cou, s'imprégnant, respirant avidement son parfum troublant. Il se laissa
faire, trop bouleversé par cette déferlante de sensations si nouvelles pour
lui.
_ Lena, je…
_ Chut…susurra-t-elle en portant un doigt aux lèvres de Jin.
Elle eut un sourire et l’embrassa doucement. Ses lèvres glissèrent sur sa
joue, son cou.
_ Je t’aime… murmura-t-il à son oreille.
Elle sentit une félicité immense la parcourir.
Il l’aimait…
Elle avait tellement rêvé de l’entendre prononcer ces mots…
Malgré tout, elle sentit un poids se loger au creux de son cœur…
Ils avaient tant à perdre maintenant…
_ J’ai essayé de m’en empêcher, souffla-t-il d’une toute petite voix,
comme s’il avait fait quelque chose de mal. Mais je n’ai pas pu…
_ Moi non plus, chuchota-t-elle, bouleversée. Je ne peux pas…
Elle ôta son haut et se blottit contre son torse, comme si elle cherchait
à se fondre en lui, à se mouler entre la chaleur protectrice de ses bras qui se
refermaient sur elle, tandis qu’il l’embrassait, encore et encore…
Il voulait plus…
Se dissoudre en elle, remplir les moindres recoins de son âme, l’avoir
entièrement à lui, pour toujours…
Mais, alors qu’ils s’enlaçaient, cette réalité ne s’évanouit pas comme il
l’avait craint. Tandis qu’ils s’aimaient, il connut pour la première fois de sa
vie le bonheur.
Cette nuit-là, dans les bras de Lena, il rêva du Paradis…
* * * * *
Lorsque Jin se réveilla, il faisait
toujours nuit noire.
Lena était endormie dans ses bras, contre sa poitrine, le visage serein.
Elle était tellement belle dans son sommeil…
Tandis qu’il reprenait doucement ses esprits, il songea à cette nuit, la
plus merveilleuse qu’il avait jamais eut le bonheur de connaître…
Etait-ce cela l’amour ?
Cette force incroyable qui vous pousse à tout donner, offrir jusqu’à son
âme pour y goûter une fois seulement... ?
Oh Lena… Si
seulement tu savais à quel point j’aimerai rester près de toi…Cette nuit
encore… Et toutes les autres à venir…
Il tendit la main pour caresser les longs et doux cheveux de la jeune
fille. Il ne voulait pas la quitter, pas après cette nuit magique, mais il
savait au fond de lui qu’il y était obligé, même si tout son être le refusait
violemment. Il ne pouvait pas s’y résoudre, mais pourtant, une petite voix le
poussait à quitter la chaleur de Lena.
Jin la regarda un long moment, puis se
résolut à se séparer d’elle. Il se dégagea doucement de son étreinte, en
prenant garde de ne pas la réveiller. Elle émit un léger grognement, mais se
tut aussitôt. Jin se leva du lit silencieusement et rabattit la couverture sur
la jeune fille.
Puis il sortit de la chambre.
*
* * * *
Quelques instants plus tard, il était prêt,
un sac sur son épaule, vêtu de sa tenue de motard noire. Il se dirigea à pas de
loup vers la chambre où la jeune fille dormait toujours, s’appuya contre
l’encadrement de la porte. Il la regarda dormir encore un long moment. Son cœur
était serré de tristesse, de désespoir.
Jamais quelqu’un ne pourrait ressentir une
peine plus grande que celle qui lui serrait le cœur en cet instant. Il aurait
tellement voulu rester encore un peu près d’elle… Il aurait préféré subir les
pires tortures pour l’éternité plutôt que de l’abandonner ainsi...
Il déposa un mot sur la table de chevet,
puis, prit d’une impulsion soudaine, il se pencha sur la jeune fille et
l’embrassa passionnément une dernière fois.
Puis, se mordant les lèvres, refoulant ses
larmes, il sortit sans un bruit de la chambre et referma la porte de
l’appartement derrière lui.
Lena se retournait dans son sommeil à
l’instant où la moto du jeune homme vrombissait et disparaissait au loin…
*
* * * *
Un éclair éclata.
Lena se réveilla en sursaut. Le ciel était
gris noir, la pluie tombait à verse. Elle cligna des yeux, encore engourdie par
le sommeil. Elle avait conscience que cette nuit avait marqué un tournant dans
sa vie, aussi bien que le soir où elle avait rencontré Jin. Mais cette nuit…
Jamais elle n’aurait pensé pouvoir un jour ressentir ce qu’elle avait ressenti…
C’était tellement magique cette sensation… Elle avait eut l’impression
incroyable de voler dans les cieux, parmi les anges, au-delà des étoiles…
Elle était totalement réveillée maintenant
et elle se tourna, s’attendant à se retrouver face à son amour qui dormirait
encore…
Il n’y avait personne.
Jin n’était plus là.
Il n’y avait personne près d’elle. Et il n’était pas dans l’appartement,
elle le savait au plus profond de son être. Elle sentit son cœur se serrer
douloureusement, les larmes lui monter aux yeux avec une envie de pleurer qui
lui enserrait la gorge.
Alors finalement, il était partit ?
Rien n’avait pu le décider à rester auprès d’elle ; même si elle
avait bravé sa peur d’être rejetée en lui avouant ses sentiments…
Non, rien n’y avait fait. Il l’avait quittée, abandonnée. Il était partit
tel un voleur loin d’elle, indifférent à ce qu’elle pouvait ressentir.
Cela faisait tellement mal… Cette douleur sourde qui vous serrait le cœur
à le broyer… Cette envie de pleurer, de hurler sa peine à s’en déchirer les
poumons, de mourir sur-le-champ pour ne plus jamais rien ressentir…
Son regard embué tomba sur le papier qui était posé sur sa table de
chevet. Elle resta figée un moment. Elle ne pouvait pas bouger tant elle avait
peur de ce qu’il y avait marqué.
Puis elle le saisit d’une main tremblante.
Qu’y avait-il de marqué ? Qu’il était partit pour toujours ?
Lena,
Je ne me pardonnerai jamais de te quitter de cette manière,
mais tu ne sauras jamais combien j’y suis
obligé et combien cela me coûte.
Je pars pour le quatrième tournoi du Iron
Fist. Maintenant, je sais ce qu’il
me reste à faire. J’ai une affaire à régler et
je te jure qu’une fois qu’elle sera
finie, je reviendrai, si tu veux encore de
moi. Ne crois pas que je t’abandonne.
Je donnerai tout ce que j’ai pour rester près
de toi, mais pour cela, je dois
mettre au point certaines choses. Je t’aime et
je t’aimerai toujours,
Jin.
** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** ** **
** ** ** ** **
Notes.
Ainsi se termine la première partie de Crossed Destinies.
Comme je l’ai dit, mon histoire est fictive
et j’espère ne pas m’être trop trompée avec la biographie de Jin. Je n’ai pas
tenu compte de la fin de Unkwown dans Tekken Tag Tournament et l’appeler Lena
et qu’elle soit possédée par Ogre sont de simples idées. Ca allait bien avec le
titre Divide and rule, proverbe
anglais qui veut dire divisé pour régner.
En tous cas, j’espère que vous aurez aimé et si c’est le cas ( ou pas ),
faites-le moi savoir en m’envoyant un mail, et j’essayerai de me grouiller pour
terminer la deuxième partie : angelyn_hana@yahoo.fr
A bientôt pour la suite !
Angelyn