Jin marchait
depuis plusieurs heures dans les rues de cette ville. La nuit approchait
lentement, comme un fauve guettant une proie dans la savane : malgré sa
volonté, Jin ressentit le frisson de la peur. Lui, si jeune, et seul dans les
rues... avec personne pour lui dire où aller, quoi faire, quoi penser... Fatigué
par sa fatigante marche, il
s’appuya quelques instants sur un mur pour reprendre son souffle. Il ferma les
yeux : sous l’écran de ses paupières closes, il revit sa mère, Jun... sa si
tendre et si jolie maman, qui venait de partir, et ce, pour toujours. Un curieux
spasme s’empara de la poitrine de Jin, les larmes lui montaient aux yeux.
Séparé, à quinze ans, d’une aussi grande affection que celle qu’elle lui
portait. Enfin, se laissant aller à son chagrin, il s’agenouilla sur le sol dur,
et cachant son visage de ses mains, pleura tout son saoul.
Soudain, un bruit de lutte se fit entendre sur sa droite. Sursautant, Jin
en oublia sa tristesse, et se recroquevilla sur lui-même, espérant passer
inaperçu. Des voix s’élevaient dans un coin de rue : l’une rauque et
masculine semblait particulièrement énervée. Prenant son courage et son pantalon
à deux mains, Jin s’approcha sans bruit de l’endroit d’où provenaient les sons.
Il jeta un rapide coup d’œil derrière le mur, et ce qu’il vit le cloua
d’horreur : une jeune femme, maintenue fermement par deux hommes grands et
fortement bâtis, était plaquée contre un mur de la ruelle. L’homme dont la voix
trahissait la nervosité pointait son couteau sous la gorge de la fille. Il le
fit glisser jusqu’à sa poitrine ; saisissant un pan de la chemise qui
l’habillait, il la déchira d’un coup de lame. Jin sursauta en voyant l’homme
agir. La jeune fille se débattait mais les deux acolytes ne l’entendait pas de
cette oreille et se contentèrent de serrer encore plus fort leur prise. Elle
essaya de hurler à l’aide, mais la peur lui avait coupé la voix ; de
grosses gouttes de sueur perlaient sur son visage et son cou. Jin porta son
poing à sa bouche pour ne pas hurler. « Ils ne vont tout de même pas... la...
violer ? !!!?? »
Comme en réponse à sa question, l’homme au poignard saisi la jeune femme
par la taille et se mit en tête de lui enlever son pantalon. Ne pouvant
supporter cela plus longtemps, Jin saisi une barre métallique qui traînait sur
le sol. Il s’approcha un peu plus du groupe et se redressant soudain frappa
l’homme à l’opinel dans la nuque ; celui-ci s’effondra presque aussitôt.
Surpris, les deux autres en lâchèrent la fille qui leur assena à chacun un coup
de genoux dans les parties génitales. A leur tour ils se retrouvèrent au tapis
pour le compte. Avant que Jin
ait pu voir le visage de la femme, cette dernière l’avait déjà attrapé
par le pull et se mit à courir aussi vite que ses jambes le lui permettaient.
Après une course folle de près d’un kilomètre, elle s’arrêta pour reprendre son
souffle, ce que Jin fit également. « Mais qu’est-ce qu’tu fiches dans ce
quartier ?? Tu veux t’suicider ??? »
Surpris, Jin ne lui répondit pas tout de suite. Il tremblait encore
d’avoir vu les trois hommes violenter cette jeune femme. « Oh ! Excuse-moi. J’oublie que
sans toi, à l’heure qu’il est, je serai déjà morte. - Mais, que vous est-il arrivé ? - Je revenais de chez une amie, quand ces
brutes m’ont coincée dans cette ruelle. La prochaine fois, je ne sors plus sans
ma bombe lacrymogène, c’est moi qui t’le dit ! - ... - Et toi ? Que fais-tu seul dans une si
grande ville ? - Je cherche mon grand-père. - (autant chercher un grain de riz sur la
plage de Yokohama, mais, enfin, bon) et il habite où ton papy ? - C’est le président de la MFE. - Le président de la... ??? Mais alors,
tu es le fils de... Kazuya Mishima ? - Oui. Vous l’avez connu ? - Et comment : c’était mon meilleur ami
à l’école polytechnique ! - C’est vrai ? Comment il était... mon
papa ? - C’était... On ferait mieux d’aller discuter
ailleurs, tu crois pas ? - ... ? - Allez, viens chez moi : je t’amène
rais au building de la MFE demain matin. - OK. »
Jin et la jeune fille partirent à pied jusqu’à l’arrêt de bus le plus
proche : là, ils prirent la ligne de nuit et se rendirent dans le centre
ville, dans les quartiers dits « étudiants ». Ils quittèrent le bus
près d’une place au milieu de laquelle se trouvait une gigantesque fontaine avec
des licornes et autres créatures mystiques. Jin poussa un sifflement
d’admiration : cette partie de la ville était vraiment plus accueillante
que celle qu’il avait connu quelques minutes auparavant. Jin et sa compagne
partirent vers un immeuble d’environ quinze étages et gravirent les quelques
trente marches du perron. Une fois en haut, Jin fut pris d’un vertige. « Hé ! Petit, ça ne va
pas ? - Non, c’est que je n’ai rien mangé depuis
presque deux jours. Ooooohhhh... »
Jin perdit complètement connaissance et tomba dans les bras de la jeune
femme. Celle-ci le ceintura par la taille et entreprit de sortir son trousseau
de clefs qui se trouvait dans sa poche revolver. Une fois la porte d’entrée
ouverte, elle voulut prendre l’ascenseur pour aller plus vite, mais un écriteau
marqué « en panne » lui ordonna de passer par les escaliers. Rageant
et pestant contre cette panne indésirée, elle commença sa périlleuse ascension,
elle, cramponnée à la rampe, et Jin, à ce qu’il pouvait, quand enfin, elle
arriva sur le pallier. Soufflant comme une forcenée, elle déverrouilla la porte
de son appartement. Puis, pénétrant dans le vestibule, elle verrouilla
rapidement l’entrée à triple tour. Traînant un Jin toujours inconscient, elle le
balança littéralement sur le canapé, et s’effondra dans le fauteuil voisin. « Y a pas à dire : t’es pas un
poids-plume ! »
Elle finit par se lever après quelques minutes de récupération ;
elle alla droit à la cuisine pour préparer de quoi dîner. Au bout d’une
demi-heure, une délicieuse odeur de viande emplit l’appartement ; Jin,
toujours vautré sur le canapé, se releva péniblement et se mit à humer l’air. Il
se mit de bout au prix d’un grand effort et tituba jusqu’à la pièce voisine.
« Ah ! tu t’es enfin
réveillé ! - Où...où suis-je ? - Dans mon studio. Allez, assieds-toi
là : tu vas boire, manger, et ensuite tu pourras prendre une douche et tu
coucher. - Mais... - ...et demain je te conduirai à ton
grand-père. - Mer...merci. »
Après un rapide repas « à la bonne franquette », Jin fut
heureux de se glisser dans les draps du lit de la jeune femme. Celle-ci prit une
couette et s’installa sur le canapé. Après quelques minutes, dans le silence de
la chambre, Jin quitta son lit pour aller parler à la fille. « Hé, psstt ! - (voix ensommeillée) Hum !
Quoi ? - Au fait, je ne connais pas ton
nom ? - Moi, c’est Dominique. Ton père me
surnommait « Domi » ou « Domini ». - Ah oui ? Moi c’est Jin. - et tu fais quoi précisément dans cette
ville ? »
C’est là que Jin vida son sac. L’apparition de cette créature, le défi
donné à sa mère, sa défaite puis sa mort, horrible et violente. Jin se prit le
visage et étouffa un sanglot. Dominique se dressa et le prit dans ses
bras ; Il se cramponnait à son épaule et enfouissait son visage dans le
tissu de son T-shirt. « S’il te plaît, Dominique, viens dormir
avec moi. J’ai peur tout seul ! - Bon, d’accord. »
Ils se dirigèrent tous deux vers la chambre, et Jin s’endormit, apaisé et
réconforté. Le lendemain, il fut tiré de son sommeil par Dominique qui lui
caressait tendrement les cheveux. Jin s’étira longuement et bailla un grand coup
avant de la voir correctement. « Alors Jin, bien dormi ? - Oh que oui ! - Prêt à rencontrer ton grand-père ? - Oui. - Il faudra faire attention !: D’après
mes souvenirs, Kazzy me disait souvent que son père le détestait. - Ah bon ? - Oui. Mais il ne m’a jamais dit pourquoi il
était si hostile envers lui. - ... - pendant que tu le rencontrera, je
t’attendrai dans le vestibule de l’immeuble. Au moindre problème, cours me
rejoindre et je te tirerai de là en moins de deux. »
Sur ces mots, Dominique ouvrit l’armoire de la pièce et en sortit un étui
en cuir d’assez grande taille. Elle l’ouvrit : il renfermait un pistolet
automatique et son silencieux à visser au bout. Jin ouvrit des yeux gros comme
des soucoupes volantes. « Mais, tu fais quoi là ? - Je me prépare contre les imprévus
éventuels ! - Mais d’où tiens tu cette arme ? - Pour ton information, j’ai fais mes classes
au K.G.B et je pratique les méthodes de la C.I.A ; par la suite, j’ai voulu
me spécialiser dans l’artillerie française, mais quand j’ai appelé la D.S.T, ils
m’ont répondu que le poste était occupé, et qu’il fallait que j’envoie mon C.V.
et c’est finalement grâce à l’appui de ton père que je suis devenue agent
secret. - ...Ouah !! Impressionnant. - Comme tu l’dis. Bon, tu t’habilles et on y
va ? »
Sur ce, Jin sauta dans ses fringues qui traînaient ça et là dans la
pièce. Au moment de partir, Dominique lui glissa quelques billets dans la poche,
en cas de fortuits.
Une fois sortis de l’immeuble, ils prirent l’avenue centrale de la ville,
qui grouillait de monde, malgré l’heure matinale. Après une demi-heure de
marche, ils arrivèrent en vue du building de la Mishima Financial Empire. Les
rares passants qui se trouvaient sur l’esplanade ne semblaient pas vouloir
s’attarder en ce lieu. Dominique et Jin tracèrent directement vers l’entrée de
l’immeuble, sans faire attention aux personnes qui se retournaient sur leur
passage, d’un air inquiet. Jin gravit les marches du perron, et finissant de
prendre une profonde inspiration, poussa la porte d’entrée, Dominique dans son
sillage... A
suivre...
