première partie
commencée le 24 août 2000 à 00h40
terminée le 15 septembre 2000 à 17h14

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Dark Angel - l'Ange Sombre -
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Certains d'entre vous sauront pourquoi j'ai intitulé cette fanfic "Dark Angel"...

La folie d'Heihachi, la possession de Kazuya... c'est ici que commence toute 
l'histoire de Tekken...
Kazuya est le personnage de Tekken que j'affectionne le plus. Pourquoi ? Et bien lisez
cette fanfic et vous comprendrez ^_^
Cette histoire relate la vie de Kaz, du mieux que j'ai pu, en y ajoutant mes sentiments
assez subjectifs à son égard et mon amour pour les bêtes. Tout ceux qui me connaissent
de près ou de loin, voir à travers mes fanarts, ne se douteront pas que je n'aurais
pas résisté à établir une relation étroite et amicale entre le petit prince du King
et un être d'une autre nature...


Dark Angel - par Louve Grise   (louve.grise@infonie.fr)


        
        La vie... la mort... quelle différence et où cela mène-t-il ? Y'a-t-il une vie
après la mort ? Est-ce la mort avant la vie ? Ce sont des questions auxquelles nous
sommes fréquemment confrontés et qui pourtant, resteront sans réponse à jamais...
        Peut-on manipuler le destin d'une personne en choisissant le moment de sa
mort...? C'est ce qu'un homme tentera de tester sur la vie d'un être lui étant 
logiquement chère, sans savoir qu'il réveillera pour les années à venir, le démon de
la vengeance...

        Une vie allait bientôt s'éveiller.
        Kazume passait maintenant le plus clair de son temps au dernier étage, l'étage
privé qui lui servait aussi de résidence, dans l'immense building de son mari. 
Maintenant qu'elle savait qu'elle attendait un garçon, son passe temps favori était
de lui trouver des prénoms. C'était une femme de taille élancée, bien faîte, de longs
cheveux bruns, des yeux de la même couleur, avec un caractère très doux. Son mari
était l'homme le plus puissant du Japon et le fait d'énoncer son nom faisait trembler
tous ses concurrents ; Heihachi Mishima, leader de la Mishima Financial Empire appelée
aussi Mishima Zaibatsu. Cet homme, de carrure impressionnante, n'était pas qu'un
directeur chevronné. Sa vraie passion se concentrait dans les arts martiaux, le 
karaté, qu'il pratiquait avec un niveau de maître en y mélangeant le style de sa
noble lignée. De même que sa femme, lui aussi n'avait plus qu'en tête l'agrandissement
de sa famille. La venue de cet enfant garantissant sa descendance l'obsédait au plus
au point.
        Plus la date tant attendue approchait, plus Kazume devenait rêveuse. Quel
avenir attendait leur bébé ? Il était tout tracé. Il succéderait à son père à la
tête de la MFE, serait respecté de tous, pratiquerait le karaté, aurait la douceur
de sa mère et la poigne de fer de son père... Tous ces espoirs embellissaient la vie
de Kazume et d'Heihachi.
        "Ma chérie ? As-tu trouvé un nom pour notre fils ?"
        "J'y ai beaucoup réfléchi... Je trouve que "Kazuya" ça sonne bien, non ?"
        "Mm..."
        
        Les semaines se succédaient. L'instant tant désiré arriva.
        Ce jour-ci, le temps était assez maussade et des nuages gris commençaient
à investir le ciel. Quelques grondements sourds se faisaient entendre et l'on pouvait
voir au loin des lueurs bleuâtres provenant du ciel déchiré par les éclairs. Un orage
se préparait et quelques gouttes commencèrent à tomber.
        Heihachi emmenait Kazume à l'hôpital en voiture. Lorsqu'ils arrivèrent devant
les portes des urgences, le bâtiment leur parut tout à coup hostile, vide de vie.
C'était peut-être l'atmosphère extérieure qui donnait cette impression. Ils poussèrent
la porte à double battants. Une infirmière les accueillit et fit installer Kazume sur
un brancard pour être emmenée dans une salle d'opérations. Heihachi demanda à assister
et la permission lui fut accordée.
        Kazume souffrait, Heihachi angoissait. Les aiguilles du temps semblaient 
s'être changées en pierre, les secondes paraissant des minutes, les minutes semblant
interminables. Dehors l'orage était arrivé à destination. Il se déchaînait tant qu'il
pouvait, en ordonnant aux éclairs de frapper, à la pluie de tomber, le tout avec rage,
le ciel noir comme le charbon soutenu par les grondements farouches de la tempête.
Mais entre deux cris de l'orage, un cri d'une autre nature se fit entendre. Heihachi
se vit remettre entre ses mains un petit être, une vie nouvelle, son fils. Des larmes
de joie coulaient le long de ses joues, il était heureux et comblé. Kazume avait perdu
ses forces, ce qui est normal après un tel effort, mais semblait plus livide. Heihachi
s'approcha d'elle, pour placer leur fils dans ses bras. Mais le sourire d'Heihachi
s'estompa. Sa femme souriait tel un enfant malade, le teint blême, les yeux mornes
et fatigués... Heihachi regarda les médecins d'un regard interrogatif en espérant une
réponse positive de leur part mais ils baissaient tous la tête. Une goutte de sueur
froide coula le long de sa tempe... Il regarda une dernière fois sa femme... qui
venait de partir pour toujours...

        L'être qu'il aimait, qu'il chérissait tant, s'était éteint à tout jamais. Il
était dans un état de choc et ne pouvait plus parler. Les médecins le laissèrent seul
dans cette grande pièce vide avec le corps de la défunte étendue sur le brancard,
l'enfant encore dans ses bras. Heihachi s'approcha. La mort sur le visage de son 
épouse était calme, froide, à côté de la vie de cet enfant si mouvementée et si 
chaude... Il ne comprenait pas pourquoi elle avait été fauchée aujourd'hui, ce jour
qu'ils se faisaient une joie d'attendre, ce jour qui allait changer leur vie à tous 
les deux... Les médecins confirmèrent ses doutes lorsqu'il se remis de cette terrible
épreuve. La naissance de son fils avait ôté la vie de sa femme...
        
        Dans les jours qui suivirent, Heihachi se tourmentait l'esprit de questions
pénibles à propos de cet accident. Le soleil qui illuminait sa vie n'existait plus
mais il y'avait à la place ce qui avait détruit ce bonheur si parfait... Heihachi lui
avait donné le nom prévu initialement. Le petit prince du King portait le prénom de
"Kazuya". Il avait l'allure d'un petit ange, un ange qu'Heihachi se plaisait volontiers
à transformer en ange de la mort. En y réfléchissant, Heihachi n'avait aucune 
compassion pour son fils qu'il rendait responsable de tous ces malheurs. Néanmoins,
il décida de le garder et de l'élever comme si Kazume était encore là, en lui
apprenant les arts martiaux, en faisant de lui le futur leader.
        
        Kazuya passa les premières années de sa vie cajolé et gâté par son père qui
essayait de noyer sa souffrance provenant de cette blessure qui n'avait toujours pas
cicatrisé. Les années passèrent et Heihachi commença à apprendre le karaté à son fils.
Il se faisait beaucoup d'illusions comme quoi Kazuya serait un maître lui aussi, et
qu'étant un Mishima il pourrait se battre de façon innée. Mais ce n'était qu'un tout
petit enfant encore et qu'il ne comprenait pas beaucoup où son père voulait en venir.
Les cours de karaté devenaient de plus en plus insupportables. Heihachi se mettait
tout le temps en colère face à un enfant qu'il qualifiait "d'incapable"... Heihachi
n'était pas fait pour être père et ça, son entourage le savait pertinemment...
        Le petit ange ne comprenait pas à travers ses yeux d'enfant, la violence de
son père. Il trouvait cela normal qu'il soit fâché s'il ne faisait pas ce qu'il fallait
faire. Alors Kazuya subissait. Il subissait les pressions de son père en cherchant à
tout prix à lui faire plaisir, à le rendre fier à ses yeux. Ses sentiments pour
Heihachi étaient très clairs; il aimait son père tout naturellement et ne se posait
aucune question sur sa défunte mère. Il ne se sentait pas brimé car il ne manquait
de rien, sauf peut-être, d'un peu plus d'attention venant de son père qui avait 
tendance à plus en plus l'oublier en dehors des cours de karaté... Mais Kazuya était
persuadé que son père l'aimait comme un père car sinon, pourquoi vivrait-il avec lui ?
        
        Les enfants voient les choses si simplement...

        Kazuya allait sur ses douze ans. Son corps se fortifiait grâce à l'entraînement,
ces plusieurs années mises à profit pour le karaté avait fait de lui un jeune garçon
plutôt doué pour cet art. Kazuya avait un certain goût venant probablement de sa
mère qui le poussait à rester classe en dehors de l'entraînement. Il prenait soin de
son image et ça, Heihachi n'avait pas eu besoin de lui enseigner. Kazuya se plaisait
à coiffer ses cheveux en arrière terminant en pointe et à s'habiller en smoking quand
il allait aux réunions de son père. Heihachi recevait beaucoup de compliments de lui.
Tout le monde le trouvait bien élevé, bien éduqué, mais Heihachi n'avait pas oublié
que si ce fils était là, c'était parce qu'il avait dévoré petit à petit la vie de
Kazume... Et que cette douleur dans son coeur ne pourrait s'atténuer.
        Heihachi emmenait parfois Kazuya en dehors de la ville pour s'entraîner un
peu. Il avait décidé aujourd'hui qu'ils iraient à l'extérieur. Le temps se couvrait,
les nuages gris chargés de pluie succédant aux blancs, le ciel bleu s'assombrissant.
Heihachi emmena Kazuya dans un endroit où ils n'étaient jamais allés auparavant. Le
terrain semblait propice pour le combat, de l'herbe pas trop haute, pas trop de
cailloux non plus, seul le temps faisait défaut. Ils descendirent de voiture. Kazuya
regarda la scène s'offrant à lui. Une immense étendue plane d'herbe fine se terminant
brutalement par une falaise. Aucun être vivant ne pouvait survivre à une chute d'une
telle hauteur. Au fond il y'avait un gouffre, tellement profond et sombre, que l'on
ne discernait pas bien ce qu'il cachait. Heihachi invita Kazuya à se mettre en garde.
Le jeune garçon s'exécuta. Le père commença à frapper et le fils se protégeait et
tentait de riposter. Heihachi observait les mouvements de son fils et notait les 
progrès qu'il avait fait quand il aperçut, juste au dessus de son épaule, cette
immense falaise et son gouffre béant... Les yeux d'Heihachi se resserrèrent... Son
subconscient lui murmurait tout bas quelque chose... Il lui murmurait comment se
débarrasser de ce fils, cet assassin, le meurtrier de sa tendre femme, de son bonheur,
la solution était évidente et ce jour était enfin arrivé ! Il suffisait de le faire
reculer inextricablement vers la falaise et de le faire disparaître. Jamais il ne
pourrait survivre à cette chute et il serait enfin débarrassé de lui à tout jamais. Il
serait enfin vengé... Le regard d'Heihachi ne cessait de se focaliser derrière Kazuya,
sur la falaise... Ses pensées se bousculaient dans sa tête, c'était l'occasion 
inespérée tant attendue...
        Kazuya regardait son père au fur et à mesure qu'ils se battaient. Depuis
quelques minutes déjà il percevait dans son regard une expression changeante... il
semblait heureux, oui, mais de quoi ? Pas de quoi se réjouir dans un entraînement...
Kazuya sentit une légère pression plus forte dans les coups d'Heihachi l'obligeant
à reculer lorsqu'il contrait. La douce herbe sous ses pieds se parsemaient progressivement
de petits cailloux pour succéder à des petits rocs plus aigus. Il finit par remarquer
qu'ils s'étaient éloignés de la voiture et s'approchaient dangereusement de la 
falaise... Dans son esprit d'enfant, il se méfia à ne pas faire un faux pas et tomber
dedans alors tout naturellement il regarda derrière lui. Les yeux de Kazuya s'ouvrirent
sur la réalité; il était à moins de deux mètres du gouffre. Il baissa sa garde et fit
face à son père pour lui dire de reculer.
        Kazuya regarda derrière lui pour voir à quelle distance il était du gouffre.
Au même moment il baissa sa garde. Les pensées meurtrières d'Heihachi se réveillèrent.
C'était le moment ou jamais. Lorsque Kazuya se retourna avec un regard interrogatif,
Heihachi lui envoya un high kick dans la mâchoire. Kazuya s'écroula à une quarantaine
de centimètres du bord de la falaise. Il se mis à genoux, essuyant un filet de
sang perlant de sa bouche. Le revers de la main sur le menton, Kazuya redressa la
tête vers Heihachi avec une expression d'incompréhension dans ses yeux. Heihachi
le regarda essayant de se relever péniblement comme s'il avait pitié de lui.
        "Kazuya... nos chemins se séparent ici..."
        Le jeune garçon regarda son père sans trop comprendre. Il put lire un sourire
inscrit sur ses lèvres et ses yeux affichaient profondément toute la haine qui lui
portait depuis tant d'années et qui venait se refouler aujourd'hui, devant ce gouffre,
sous la pluie, illuminée par les éclairs symbolisant une victoire aussi lâche...
Heihachi lança l'ultime attaque qui devait mettre fin à la vie de son fils. Il exécuta
un uppercut sous la mâchoire de Kazuya ayant pour effet, vu son poids léger, de
l'éjecter promptement dans le vide...
        
        Kazuya rouvrit les yeux. Ce coup l'avait asséné avec une violence incroyable.
Il vit le ciel. Le ciel ?!? Il ne sentait plus son corps et durant cette fraction de
seconde il réalisa qu'il était dans le vide et qu'il allait... mourir ? Non ! Comment
cela pouvait être possible, son père l'aimait, le chérissait, le rattraperait avant
qu'il ne tombe... Kazuya n'eut pas l'aide de cette main qu'il espérait tant. Par
la gravité terrestre, son corps commença une chute vertigineuse. Avant de sombrer dans
les ténèbres, Kazuya avait eut le temps de voir son père penché au bord de la falaise,
un sourire narquois aux coins des lèvres...
        
        Serait-ce la... fin ? Tout est noir... mais une lumière brille au loin... la
lumière de l'espoir ? Non... autre chose...

        Kazuya ne sentait plus ses membres. Ses os semblaient tous brisés et il avait
horriblement mal. Alors comme ça il était en vie... mais pour combien de temps ? Il
était couché sur la poitrine et en ouvrant les yeux péniblement, il voyait ses bras
et ses mains tachés de sang, eux même baignés dans une mare de sang. Kazuya essaya de
se relever mais il pouvait à peine bouger. Du sang coulait dans sa bouche, ce n'était
pas bon signe. Sa poitrine lui faisait mal à en mourir et pour cause, elle n'avait
pas résisté à une telle chute et s'était ouverte sur un roc aigu. Plus que quelques
minutes à vivre... impossibilité de respirer correctement, le sang emplissant peu à
peu les poumons... Kazuya ferma ses yeux d'enfant sur la dure réalité qui l'attendait.
La Mort, le néant, le vide, sa destinée le menait ici. C'en était fini de sa vie, tout
ça parce qu'un homme en avait décidé. Un homme... son propre père... il l'avait jugé
à sa manière et l'avait condamné...
        Kazuya réfléchissait dans sa tête. C'était tout ce qu'il pouvait faire en
attendant la venue de la Mort. Il réfléchissait que s'il aurait pu survivre à ses
blessures, il se serait vengé de son père en lui faisant subir le même sort, il ne
pouvait pas laisser un homme aussi cruel décider de la vie d'autrui et de mener sa
politique despotique comme bon lui semblait. Dans un ultime effort et en rassemblant
toutes ses forces, Kazuya ouvrit un oeil pour voir cette créature venue des ténèbres
l'emporter avec elle.
        Il ne vit rien. Mais il lui semblait entendre une voix dure, rude, sans écho,
résonner dans sa tête et l'obligeant à se concentrer sur ses paroles.
        "La haine résultant de ta vengeance est telle qu'elle m'a appelé pour t'aider
à survivre et accomplir ton destin..."
        Kazuya entendait clairement maintenant. Il ne délirait pas.
        "Sans moi, tu ne t'en sortiras pas et laisseras cet homme impuni. Je peux
tout changer. Laisse moi t'aider..."
        Kazuya redressa faiblement la tête. Il ne rêvait pas. Quelque chose de vivant, 
à l'apparence humaine, se tenait près de lui et lui parlait. Une créature ailée et
munie de deux cornes sur le sommet de la tête, des vapeurs sorties des ténèbres
l'entourant. Kazuya ne saisit seulement qu'il pouvait le sauver. Il devait faire
confiance à cette créature s'il voulait survivre, c'était sa seule alternative.
        "Mon aide a un prix. Je veux ton âme..."
        Le Diable existait donc bel et bien et il lui demandait son âme et échange
de sa survie... Kazuya avait à peine une minute devant lui et son choix était sans
contestations. Il se devait de faire subir à son père le même sort...

        Il ferma les yeux. Puis il les rouvrit. Il se leva. Il était en haut du gouffre
dans lequel il avait été jeté, au bord de cette même falaise. Il était bel et bien en
vie, ses blessures étaient toujours là mais semblaient atténuées pour lui permettre
de marcher. Le paysage avait légèrement changé. Il ne pleuvait plus. Le ciel était
gris, de la brume s'était abattue sur l'étendue d'herbe et on ne voyait pas au loin.
L'atmosphère semblait humide et Kazuya regardait anxieusement. La voiture n'était
plus là. Tout à coup, il lui sembla voir une lueur pâle à quelques mètres de lui,
sur sa gauche. Il tourna la tête. Une femme se tenait là. Une femme avec une peau
incroyablement pure, qui le regardait avec ses doux yeux bleus clairs, ses cheveux
blonds soigneusement coiffés, habillée avec une tunique blanche. Kazuya crut d'abord
à une illusion. Cette femme ne portait-elle pas une auréole luminescente sur sa tête ?
Il s'approcha de quelques pas. La jeune femme se tourna en direction du gouffre et
leva sa tête au ciel. Une paire d'ailes incroyablement belles se déployèrent de son
dos. Elle murmura quelque chose, toujours en regardant le ciel et disparut en 
emportant cette si douce et si chaude lumière avec elle pour laisser place à la
grisaille et à la brume.
        Kazuya se mit en route mais il ne savait pas où aller. Devait-il rentrer chez
lui ? Tout se bousculait dans sa tête. Certes il ne pouvait plus faire confiance à
cet homme qu'il considérait comme son père mais il ne pouvait pas errer indéfiniment
ainsi, d'autant plus qu'il était blessé physiquement non seulement mais aussi dans
son coeur... Une idée lui vint à l'esprit. S'il rentrait à la maison, il pourrait user
de son statut d'enfant encore en vie et faire pression sur son père qui n'avouerait
jamais à son entourage qu'il l'avait jeté dans ce gouffre... Mais était-il en sécurité ?
Le démon l'habitant lui promettait sa victoire, alors il fallait profiter au maximum
de cette opportunité de "seconde vie"...
        De là où il était, il pouvait voir la cité de Tokyo et n'eut aucun mal à
rejoindre la banlieue. Mais une fois en ville, il ne savait pas tellement quel était
le chemin alors il se guida grâce à son instinct qui lui dictait d'emprunter les rues
sombres et étroites pour éviter d'être repéré. La nuit commençait à tomber. Le sang
continuait à s'écouler de ses blessures, sans doute que la haine l'habitant faisait
tellement bouillir ce fluide vital qui lui était impossible de coaguler. Mais cela
ne gênait aucunement le petit prince qui continuait de marcher, sans s'arrêter, des
petites tâches de sang parsemant son chemin. Les rues de ce type à cette heure ci
sont très mal famées mais personne n'osait s'approcher, ni même adresser la parole
à ce qu'ils considéraient revenu de l'au-delà. L'aspect de Kazuya effrayait tous ceux
qu'il rencontrait, les obligeant à lui céder le passage. Il avançait avec une main
sur la poitrine, l'autre s'appuyant sur les murs, avec un pas nonchalant le faisant
fléchir plus d'une fois, le regard morne et profond, avec cette atmosphère glaciale
et mortelle qu'il semait derrière lui...

        Enfin il trouva l'imposant bâtiment de la MFE en regagnant une des rues 
principales de la cité. Sa main laissait sur les murs blancs des traces rouge vif. Il
s'approcha de la porte d'entrée, il faisait nuit noire, et c'était fermé. Il savait
qu'une des portes donnant sur la cour arrière restait ouverte tard la nuit car des
employés de la MFE pouvaient ne pas avoir fini leur travail. Il fit le tour du bâtiment, 
en sentant peu à peu ses forces diminuer. Cette marche forcée de quelques dizaines de
kilomètres l'avait affaibli. Il se trouva en face de cette fameuse porte. Il monta
avec de plus en plus de mal le petit escalier en s'accrochant à la rambarde de fer
avant de poser une main sur la poignée et de la tourner... La porte s'ouvrit. Elle
s'ouvrit sur la grande pièce sombre de l'entrepôt mais une lumière allumait faiblement
le local des ouvriers. Il s'approcha prudemment et reconnu un homme qui rangeait les
derniers papiers avant de partir. C'était un homme d'une trentaine d'années qu'il 
appréciait beaucoup, un peu comme un second père qui prenait soin de lui quand Kazuya venait 
jouer dans l'atelier au grand damne d'Heihachi. Les yeux de Kazuya faiblissaient, la 
lumière l'aveuglait un peu. Il s'appuya sur une table de travail, ne pouvant plus faire 
un pas en espérant que son ami le verrait. Sa gorge lui faisait mal et le seul son
qu'il pu dire fut un murmure à peine audible. L'homme tourna la tête.
        "Kaz ??? Qu'est-ce que tu fais ici ?" il s'approcha de Kazuya qui commençait
peu à peu à fléchir sur ses jambes.
        "Mais ?!? Que t'es-t-il arrivé ?!? Je préviens immédiatement la sécurité et
ton père !!" dit-il en découvrant ses blessures. Ce fut la seule chose que Kazuya
entendit avant de s'écrouler sur le sol.

        Les rêves sont-ils des fragments de la réalité ou bien constituent-ils un
vortex parallèle dans lequel le monde est en paix... ? Cette nuit là, Kazuya rêva de 
sa mère...

        Une lumière blanche... un environnement si calme... si tranquille... une main
chaude tenant la sienne... où était-il ? Kazuya entrouvrit un oeil. Il avait une
vision floue et distinguait mal où il était. Son ami lui tenant la main.
        "Où... où suis-je ?"
        "A la MFE, à l'étage privé de ton père. Il s'est fait énormément de soucis à
ton sujet. Il a absolument tenu à ce que tu sortes de l'hôpital et fasse ta convalescence
ici. Je suis là pour voir comment tu te portais. Tu avais l'air très troublé durant
ton sommeil, qu'est-ce qui s'est passé pour que tu reviennes dans un tel état ? Les
médecins ne comprennent pas comment une blessure si profonde à la poitrine ait pu
se refermer si vite mais surtout, comment se fait-il que tu sois toujours là..."
        "... Laisse moi me reposer un peu pour l'instant... où est mon père ?"
        "Il avait un urgent voyage à faire, je ne sais plus très bien où... et comme
tu étais hors de danger, il décida d'y aller tout de même."
        "Ah..."
        Kazuya avait le sentiment que si son père était parti c'était pour éviter les
questions embarrassantes sur l'état de son fils. Mais quelques semaines sans son père
ne pouvaient que lui faire le plus grand bien, le temps que son état s'améliore. Une
semaine plus tard, Kazuya pouvait se remettre à marcher. La présence maléfique dans
son corps était sûrement la cause de son rétablissement aussi rapide. Les entailles
de son corps ne se voyaient presque plus mais il garderait une cicatrice entaillant
sa poitrine, témoin de son pacte démoniaque, pour le reste de sa vie. Kazuya se reposait
durant l'absence d'Heihachi. Il s'était même remis à l'entraînement dans le dojo de
son père. Lorsqu'il allait dans ce lieu, imprégné de sensations néfastes, il se
ressentait plus fort que jamais. La haine d'Heihachi l'ayant peu à peu consumé, il
ne restait presque rien du petit ange doux et gentil que sa mère espérait tant. Quand
la solitude le gagnait, il sentait une autre présence, venue de l'au-delà, pour l'aider
à surmonter sa douleur. Plus Kazuya avait de la rage, plus le démon en lui se
manifestait en opérant comme une métamorphose dans son corps sans montrer de signes
extérieurs. Du moins, pour le moment... car tôt ou tard la créature des ténèbres
feraient son apparition...
        Kazuya ne parla à personne de ce qui lui était arrivé. Pas même à son ami. Il
devait garder le secret pour pouvoir appliquer cette pression si cruelle sur son père.
Il ne restait que quelques jours avant son retour et Kazuya était de plus en plus
hanté de cauchemars le réveillant en pleine nuit trempé de sueurs froides. Les nuits
étaient de plus en plus pénibles et faisait naître en lui une angoisse pétrifiante,
une peur sans pareille... un événement allait bientôt se produire et contrecarrerait
avec beaucoup de conséquences les plans qu'il avait établis...

        Kazuya allait rendre visite à son ami dans l'atelier quand il vit dans le hall
principal un jeune garçon, d'âge semblable à lui. Kazuya s'arrêta, c'était la première
fois qu'il voyait un autre jeune ici, l'endroit n'est pas indiqué pour les enfants.
L'autre garçon ne l'avait pas encore vu. Il regardait émerveillé ce magnifique hall
avec un double escalier entourant une fontaine monter aux étages supérieurs. Kazuya
le regardait étonné. L'autre, sentant une présence l'observant, tourna la tête et le
vit. Comme toutes politesses l'exigent, Kazuya s'approcha de lui et se présenta.
        "... Salut. Mon nom c'est Kaz."
        "Salut ! Moi c'est Lee ! T'habites ici ? C'est super beau !"
        "Heu... ouais."
        "Je suis content de t'avoir rencontré avant qu'on nous présente."
        "Qu'on nous présente ?"
        "On ne t'a pas averti que j'arrivais ? Je suis orphelin et le directeur de
l'entreprise m'a recueilli. Ça veut dire que moi aussi, je vais enfin avoir une
famille !"
        "Ah..."
        Le directeur de l'entreprise était bien son père ? Était-ce une forme de
vengeance de vouloir s'octroyer un autre fils ? Kazuya resta de marbre, anxieux de
savoir si c'était vraiment son père qui avait monté tout cela. Heihachi arriva un
quart d'heure plus tard, les deux enfants devant lui.
        "Et bien, je vois que vous avez l'air d'avoir fait connaissance. Kazuya, je
te présente ton demi-frère, Lee. Lee, voici mon fils, Kazuya."
        Lee fit un grand sourire à Kazuya, mais un de ces sourires étranges qui 
cachent quelque chose de malsain. Kazuya répliqua de même et Heihachi remarqua ce
simili de menace. Heihachi emmena Lee aux étages supérieurs lui montrer ce qui serait
sa chambre. Kazuya les suivit du regard entrain de monter les escaliers avec des
yeux totalement indifférents. Puis il descendit dans l'atelier.

        Heihachi trouva un second bonheur dans Lee à qui il ne reprochait rien et
tolérait toutes ses actions. Kazuya trouvait, dans sa tête, normal qu'Heihachi se
désintéresse de lui car après tout, il avait bien chercher à l'éliminer. Heihachi
s'occupait énormément de Lee qui le considérait comme son vrai père. Il lui apprenait
le karaté sans y appliquer le style Mishima et en laissant le jeune garçon y insérer
les quelques bases qu'il connaissait dans cette matière. L'entourage à la MFE voyait
bien que Kazuya était de plus en plus délaissé, mais celui-ci ne le prenait pas dans
ce sens-là. Il préférait que son père le lâche un peu et ne lui adresse pas la parole,
mais il ressentait une sorte de jalousie quand il le voyait avec Lee, s'amusant et
riant, tout comme père et fils le feraient. Kazuya se mis à détester Lee qui serait
bientôt un obstacle pour sa vengeance. Il devrait alors se débarrasser de lui pour
pouvoir éliminer Heihachi en toute quiétude. Mais il n'en était pas encore à ce stade
et préférait attendre une dizaine d'années, le temps de grandir physiquement et
mentalement, pour mettre son plan démoniaque à exécution, et qui sait, peut-être
qu'une occasion de le jeter dans le vide se présentera...

        La jeunesse de l'âge tendre fane aussi vite qu'une fleur... et comme elle,
rien ne peut la retenir de mourir un jour ou l'autre...

        Plus les années passaient, plus la MFE se divisait en deux parties distinctes.
Heihachi restant le leader incontesté de la société, Lee se tenant à ses côtés, avait
décidé, vu comment Kazuya fascinait les employés avec son allure de bien élevé, très
classe tout en ayant un tempérament de fer, de le laisser diriger seul une petite
partie de l'entreprise. De même que cette décision réduisait encore plus le peu de
contacts qu'avaient le père et le fils auparavant.
        Kazuya allait bientôt avoir 20 ans et son image avait une influence non
négligeable comme l'avait escompté Heihachi. Il avait l'allure d'un jeune homme doué
en affaire, ce qu'il était, toujours habillé en costard soigneusement brossé recouvrant
un corps pratiquement parfais à la musculature délicieuse et avantageuse, orné d'une
cravate ou d'un foulard noué, des chaussures cirées au jour le jour, coiffant
ses cheveux noirs brillants en arrière finissant en pointe, et des yeux d'un noir
aussi troublant que profond révélant la puissance et la fermeté de sa personnalité.
Son caractère n'avait très peu changé, depuis le jour où il avait pactisé, toujours
aussi froid envers ceux qu'il n'appréciait guère, complice envers ses alliés solides,
vouant une haine irascible envers son père et un désintéressement réciproque pour
Lee qu'il ne considérait comme plus rien. Lee aussi allait bientôt sur ses 20 ans et
avait de l'intérêt pour Heihachi mais pas pour Kazuya qu'il prenait pour un loup
solitaire ne méritant rien de plus que ce qu'il était. Contrairement à son frère, Lee
s'extériorisait beaucoup plus et s'impliquait d'avantage envers les relations de la
société. Lee avait une allure assez fringuante tout en étant assez beau garçon avec
son teint pâle et ses cheveux d'argent. Mais ses préoccupations principales n'étaient
pas le bien être de l'entreprise, c'étaient de sortir s'éclater en ville et s'assurer
un succès certain chez les filles dont il se délectait tout particulièrement.
        Heihachi ne se trompait pas en mettant au détriment de Lee, Kazuya comme sous
directeur. Le caractère rebelle et insoumis de son fils rehaussait les finances de
la multinationale et assurait un respect de la part des concurrents qui ne voyait plus
que dans la MFE une puissance dont il fallait absolument se méfier pour ne pas être
écrasé. Il l'envoyait parfois en mission comme il disait, un voyage de courte durée
pour conclure des affaires à l'étranger. Kazuya aimait partir loin de tout ce qu'il
connaissait et se sentir un peu plus seul et plus tranquille. Un de ses excursions
le conduisit aux US pour participer à une conférence sur les marchés mondiaux.
        Kazuya partit quelques jours plus tard en ayant une sensation inexplicable,
une de ses sensations qui vous rende malheureux et nostalgique mais qui pourtant
pourrait beaucoup vous apporter...

        La conférence venait de se terminer et Kazuya remporta un vif succès sur ses
compétences stratégiques et financières malgré son jeune âge. Il était tard le soir,
de la brume descendait peu à peu des hauteurs et son hôtel se situait à quelques
kilomètres de là. Il décida de rentrer à pied, histoire de marcher un peu et de
réfléchir sur la suite des événements. La ville dans laquelle la conférence avait été
dite n'était pas une grande ville. L'endroit avait été tenu secret pour ne pas y
inviter les médias et seuls les invités connaissait l'emplacement exact. Cette ville
avait un caractère de ville fantôme à cause du peu d'habitants et de l'absence totale
de gens dans les rues le soir devenues désertes en proie au froid et aux ténèbres,
l'éclairage faisant défaut dans certaines ruelles. Kazuya marchait la tête baissée,
l'esprit tourmenté de quelques questions existentielles, les pas traînant sur le
macadam, un peu de buée se formant lorsqu'il expirait en soupirant. Un bruit, apparemment
une poubelle renversée, attira son attention alors qu'il passait devant une ruelle
sombre et vide de vie. Ses yeux se braquèrent dans cette impasse alors qu'il s'arrêtait.
Il regarda attentivement de ses yeux plongés dans le doute et ne vit rien. Pourtant,
il était sûr que quelque chose d'anormal, de suspect, se trouvait là-bas.
        Il fit un pas. Encore un. Toujours en scrutant l'endroit d'où venait ce bruit.
Son regard se resserra en apercevant dans le noir deux petites lueurs jaunes, comme
deux yeux de chats reflètent la lumière. Mais ce n'était pas un chat. Non. Beaucoup
plus grand. Kazuya s'approcha à moins de cinq mètres avant de distinguer ce que c'était.
Un chien à l'allure étrange se trouvait là et qui le fixait. Un animal d'environ
quatre-vingt centimètres au garrot, ce qui est une taille exceptionnelle, la tête
basse, de longues pattes sveltes portaient un corps robuste. Kazuya regardait et
le chien ne bougeait pas. Il s'approcha encore d'un mètre, intrigué d'une pareille
créature. Ses yeux commençaient à s'habituer dans le noir, et le dernier décan de
lune complétait sa vision. Ce chien avait sûrement du sang de loup dans ses veines.
Sa tête était triangulaire, un museau long et puissant, des oreilles implantées sur
le sommet de la tête dirigées dans sa direction, des yeux brillants à l'expression
menaçante le fixaient.

        En l'espace d'un instant, le temps que leurs regards se croisent et sondent
leurs personnalités, ils s'étaient trouvés.

        Le chien montra les crocs dans un grognement sourd et fit un pas de côté. Son
poil se hérissa en une menace croissante. Kazuya s'aperçut que du sang tâchait son
museau et une de ses pattes boitait. Cette allure d'animal blessé sans que personne
ne lui vienne en aide et qu'on ne sache pas ce qui s'était passé, lui rappelait 
furieusement ce qui lui était arrivé il y'a huit ans maintenant. Cette image traversa
l'esprit de Kazuya en une fraction de seconde et c'était plus fort que lui, il ne
pouvait pas faire subir le châtiment qu'il avait reçu en abandonnant dans la solitude 
et la souffrance un autre être, même différent de lui. Il s'accroupit et tendit la
main pour la poser devant lui et inviter le chien à s'approcher. L'animal arrêta de
grogner et regardait cet homme se mettre à la même hauteur que lui.
        "Viens... approche toi, je ne te veux aucun mal..."
        Ces paroles traversèrent l'esprit de la bête qui redressa la tête et fixait
maintenant avec un regard interrogatif. Il plaqua ses oreilles en arrière et s'approcha
d'un mètre, mais pas davantage. Voyant que quelque chose bloquait mentalement la
progression du chien, Kazuya s'assit par terre et tendit la main, toujours dans sa
direction. L'animal remarquait qu'on lui envoyait de la compassion à travers le regard
mais sentait aussi une seconde présence dans le corps de cet homme. Fallait-il faire
confiance ? Pactiser avec cet homme pour s'en sortir ? Ou serait-ce cette deuxième
présence immatérielle qui proposait le pacte ? Le chien risqua le tout pour le tout
et s'approcha à moins d'un mètre pour dévisager celui qui lui proposait une amitié.
Kazuya en profita pour mieux le voir mais surtout voir ces énigmatiques yeux jaunes,
évoquant une ancienne vie sauvage transformée en une vie semée de craintes et de 
doutes. Il baissa la main tout en restant assit par terre pour le mettre en confiance.
Le chien tendit le museau et renifla l'air avant de reprendre son air effarouché. Lui
aussi s'assit, juste en face de Kazuya, toujours en le transperçant du regard.

        Les liens qui se tissent au premier abord durent éternellement.

        Ils restèrent tout les deux ainsi pendant plusieurs minutes. Plusieurs minutes
pendant lesquelles ils se sentaient vraiment en confiance, peut-être même la première
fois de leur vie, et savaient du plus profond de leur coeur qu'ils pouvaient compter
l'un sur l'autre. Puis leurs yeux se dirent quelque chose de secret et Kazuya tendit
le bras au même moment où le chien avançait son museau. Son doigt toucha sa truffe.
Le premier contact tant espéré des deux côtés avait enfin été établi. Kazuya n'en
demanda pas d'avantage. Il sourit et se leva en sachant que son nouvel ami ne le
quitterait pas. Le chien fit de même et ils partirent tous les deux en direction de
l'hôtel.
        L'hôtel était en fait constitué de plusieurs petits pavillons pour assurer
plus de confort aux usagers. Kazuya pris sa clef et ouvrit la porte. Son bungalow était
simple, il y'avait un lit, une salle de bain, et rien de plus. Kazuya entra le premier
car le chien hésitait un peu. Il se décida finalement à le suivre. Kazuya alluma la
lumière et vit enfin son compagnon hors de l'ombre. Il avait bien l'allure d'un loup,
la taille imposante aussi, une fourrure dense grise le recouvrant, plus foncée sur
le dos et presque noire aux sommets des oreilles et au bout de la queue, plus claire
sur le museau, la gorge, la poitrine, le ventre et l'intérieur des pattes. Il avait
aussi quelques marques brunes sous les yeux et au dessus de la truffe, témoins de ses
incontestables origines lupines, des pattes longues fines et bien campées, une 
poitrine profonde, une musculature développée et la queue longue et basse. Les yeux
jaune or de l'animal ne cessaient de le fixer. Kazuya s'accroupit en face de lui et
posa une main sur le sommet de sa tête pour examiner ses blessures. Quelques petites
coupures sur la tête, rien d'alarmant, mais quelque chose de plus sérieux à la patte
avant. Une entaille profonde comme provoquée par un coup de couteau se propageait de
l'épaule au coude. Il remarqua aussi le sang sur le museau, le chien avait sans doute
mordu son agresseur. Il pris l'animal d'une cinquantaine de kilos qui se laissa faire
dans ses bras pour le mettre sur son lit. Il trouva de l'alcool pour désinfecter la
plaie dans la petite trousse de pharmacie située dans la salle de bains et embarqua
au passage une compresse et un rouleau de bandages. Lorsqu'il revint, le chien
semblait dormir avec les paupières abaissées sur ses yeux d'or. Kazuya s'assit à côté
de lui et nettoya la blessure, le picotement de l'alcool fit tourner la tête du chien
avant de se recoucher au bord du matelas. Kazuya appliqua la compresse et fit un
noeud au bandage.
        "Voilà. Ça suffira le temps que je te trouve un véto."
        Il s'assit ensuite par terre en appuyant son dos contre le lit, juste à côté
de la tête du chien.
        "Dis moi, Chien, as-tu un nom ?" dit-il en s'apercevant qu'il ne portait pas
de collier, ni même de tatouage. Le chien le regardait d'un regard interrogatif
comprenant ce qu'il disait mais ne pouvant répondre. Kazuya réfléchit. Il avait lu
quelque part, sans qu'il ne se souvienne où, un nom qui lui plaisait beaucoup.
        "Azor... ça te plaît comme nom ?"
        Le chien leva la tête pour placer ses yeux à la même hauteur et aboya une
fois en remuant la queue en guise d'acquiescement.

        Une semaine passa et ils ne se séparèrent pas, déterminés à s'entre aider si
problème il y'avait.
        Lee se trouvait dans un couloir de la MFE et ne se réjouissait pas tellement
de revoir son frère partit il y'a deux semaines. Il devait revenir aujourd'hui. Lee
marchait dans un couloir dans les étages supérieurs et se dirigeait vers l'ascenseur
quand au bout du couloir il se trouva nez à nez avec Azor.
        "??? Mais que fait ce molosse ici ?!? Sécurité ! Dégagez moi ça ! Et vite !"
        Azor s'approcha de lui en baissant la tête d'un regard menaçant. Lee sentit
une goutte de sueur froide perler le long de sa tempe alors que le chien se rapprochait
de plus en plus en commençant à gronder et en hérissant le poil.
        "Doucement le chien... Vas voir ailleurs si j'y suis ! Laisse moi tranquille !"
        Lee se tourna et commença à courir le chien à ses trousses. Il fit tout le
couloir en hurlant quand il rencontra Kazuya à l'autre bout du couloir.
        "Kaz !!! C'est quoi ce clébard ici ?!? Appelle la fourrière pour qu'ils viennent
le maîtriser !"
        Azor en voyant son maître s'arrêta et s'assit.
        "Oh ? Tu ne voudrais pas que MON chien aille à la fourrière ?"
        "Pardon ?!? Tu as ramené un chien de là-bas ? Un loup tu veux dire ! Attends
que père apprenne ça, il te virera de la MFE à coups de pompes !"
        "Lui a le droit d'amener son ours et moi pour mon chien c'est interdit ? 
Totalement abject, frère... Et dorénavant je t'interdis de l'ennuyer, c'est compris ?"
        "Mais..."
        Azor passa devant Lee en lui lançant un regard d'indifférence car il avait
sentit dans sa personne que cet homme n'aimait guère son maître. Kazuya s'adressa à
Azor une fois qu'ils s'éloignèrent de Lee.
        "Écoute moi bien mon loup. Il ne faut pas jouer comme ça avec les gens. Même
s'ils ne m'aiment pas. Tant que rien ne me menace, reste tranquille."
        Azor l'écoutait attentivement. Son esprit comprit toutes ses paroles et
lorsque Kazuya eut fini sa leçon, Azor continua d'arpenter les étages de la MFE.
Heihachi découvrit la venue d'Azor de lui même en le voyant courir à travers les
étages. Il n'était guère enchanté de voir cet animal ici, mais bon, si cela amusait
son fils... Depuis l'arrivée d'Azor, le personnel entier de la MFE était d'accord sur
un point; Kazuya avait retrouvé l'envie de sourire et se mettait enfin à sortir dans
la rue pour sortir son chien. Dans les rues de la cité, les gens se retournaient en
le reconnaissant. Jamais ils n'auraient imaginé l'homme le plus sombre de la télévision
être si bien dans sa peau. Mais l'aspect que donnait Kazuya restait tout de même dans
son style habituel avec sa tenue toujours aussi propre tenant en laisse un chien d'une
taille peu commune à l'allure de loup sauvage. Kazuya s'arrangeait toujours pour avoir
trois heures de libre entre le déjeuner chaque jour, pour sortir Azor et l'emmener au
parc. Là, il s'asseyait sur un banc, toujours le même, détachait Azor qui ne s'éloignait 
jamais très loin, et tous les deux regardaient les gens passer en se lançant de temps
en temps des regards complices, et lorsque les yeux noirs de l'homme rencontrait les
yeux or de la bête, on ne se doutait pas qu'ils se parlaient secrètement.
        Le passé d'Azor restait tout de même un grand mystère, même pour Kazuya qui
essayait tant bien que mal de déchiffrer ce qu'il lui racontait. Azor avait une
intégration parfaite dans la société humaine ce qui tenait à penser qu'il vivait 
dans une grande ville avant, mais il gardait ses distances de tous ceux qui lui étaient
inconnus et ceux qui dégageaient des sensations néfastes. Son caractère était assez
spécial, il se plaisait à faire bande à part mais restait très fidèle à son maître.
On aurait dit qu'ils partageaient la même personnalité. L'entaille nette dans son
épaule que Kazuya avait soigné lors de leur première rencontre faisait penser à
un coup de couteau ou tout autre objet tranchant et dictait que cet acte de cruauté
avait été commis par quelqu'un en qui Azor avait confiance car Kazuya en était certain;
jamais Azor ne se serait fait blesser comme ça par un étranger. Sa conclusion était
qu'il avait été trahi par un être cher tout comme lui avec son père... et qu'Azor
avait dû refaire confiance à un étranger pour survivre, comme lui avec le démon...
        
        Trois ans passèrent. Trois ans durant lesquels ils ne se séparèrent jamais.
Trois ans de pur bonheur.
        
        Kazuya rangeait quelques papiers dans son bureau avant de sortir Azor pendant
sa pause à midi. Le chien l'attendait apparemment dans le couloir, comme à son habitude.
Kazuya sortit du bureau, ferma la porte et l'appela.
        "Azooooor ! T'es passé où encore ??? Dépêche toi, c'est l'heure de la pause !"
        Azor arriva en trottinant suivit d'une jeune femme d'une vingtaine d'années
à l'allure assez provocante avec sa robe rouge étincelante fendue jusqu'à la hanche.
Elle portait des gants en velours montant aux coudes, un superbe décolleté plongeant.
Son visage était très fin, ornementé de sublimes yeux bleus et d'une coupe au carré
la rendant un brin coquine. Azor s'assit non loin de son maître et quand la jeune 
femme passa, elle lui tapota la tête. Kazuya, étonné, entama la conversation.
        "Whô, vous êtes la première à pouvoir lui caresser la tête... permettez moi
de me présenter; Kazuya Mishima."
        "C'est parce que les bêtes savent que je les aime... savez vous qui je suis ?"
        "Heu... non."
        La jeune femme esquissa un sourire malicieux et s'approcha de Kazuya. Elle mis
une main sur son épaule, puis une autre derrière son cou. Kazuya fit un pas en arrière,
quand le mur le bloqua... il ne pouvait reculer plus...
        "Mais... heu... à quoi vous jouez...?"
        Elle était maintenant contre lui, elle lui attrapa sa main pour la mettre sur
sa taille. Kazuya l'enleva promptement. Elle caressa sa joue avant de lui voler un
baiser. Puis elle s'écarta de lui en riant.
        "Ahah, ce que les hommes peuvent être influençables ! Je vois que j'ai réussi
à passer le test !"
        "??? Le test ?!?"
        "Votre père m'a assuré que si j'arrivais à vous draguer, je pourrai devenir
votre garde du corps. Personne ne peut se douter qui je suis, même vous, vous vous
êtes laissé prendre au piège."
        Kazuya sourit. Après tout, elle l'avait bien eu et un garde du corps pourrait
prouver son utilité. Si quelqu'un voulait s'amuser à protéger sa vie, pourquoi pas.
Mais cette idée venant de son père, il fallait se méfier. Il enchaîna avec les
politesses.
        "Vous ne m'avez pas donné votre nom..."
        "Oh, c'est vrai, excusez moi ! Williams Anna."
        Dans les jours qui suivirent, Kazuya vit souvent Anna à la MFE, et parfois
même accompagnée de Lee. La jalousie ne l'effleurait pas pour le moins du monde car
après tout, sa relation avec elle était purement professionnelle et sa vie privée ne
le regardait pas. En tout cas, Azor avait l'air de bien l'aimer et Anna se proposait
de se promener avec lui quand Kazuya avait trop de travail. Les chiens sentent les
personnes qui ne sont pas mauvaises et qui ont de bonnes intentions envers leur
maître. Kazuya se mis à avoir un peu plus confiance en Anna qui l'appréciait beaucoup.
        Anna était une femme aimant plaisanter sur tout. Sa relation étroite avec Lee
ne surprenait personne, pas même Kazuya qui avait toujours pensé qu'une femme aussi
exubérante irait à merveille avec un pareil Casanova. Mais le secret d'Anna fut
bientôt étalé au grand jour. Elle possédait une soeur d'environ du même âge répondant
au nom de Nina. Anna la considérait comme une garce car elle cherchait à tout prix à
lui voler son petit ami. Nina était l'exact contraire de sa soeur dans sa manière de
penser. On ne savait pas vraiment quel était son job mais elle devait sûrement bien
cacher son jeu derrière ses allures de femme bien faîte, aux cheveux blonds mi-longs
et aux yeux d'un bleu intense. Lee détenait la clef de ce mystère mais ne voulait en
parler à personne. Nina ne venait jamais à la MFE, on pouvait l'apercevoir dans la rue,
quelques jours par mois, en attendant probablement Lee.

        L'annonce de la nouvelle se répandit en un éclair. Heihachi organisait un
gigantesque tournoi d'arts martiaux appelé le "Tekken" ou "Iron Fist Tournament" à
travers le monde en invitant les combattants les plus renommés et les plus forts.
Heihachi invita comme il se devait, ses deux fils. Kazuya allait maintenant sur ses
24 ans et son avidité de vengeance n'avait pas diminué d'un cran. Les flux démoniaques
commencèrent à l'investir en vu de lui garantir une victoire sans précédents. Kazuya
multipliait les entraînements sous l'oeil attentif d'Azor qui comprenait que quelque
chose de spécial préoccupait son maître. Azor sentait une tension qui augmentait
chaque jour dans son corps, son regard se modifiait pour se transformer en des yeux
si sombres et si profonds qu'il était impossible de voir ce qui se tramait derrière,
quelles pensées pouvaient bien défiler dans cet esprit.
        Ce jour là, Azor faisait sa petite ronde habituelle dans les étages de la MFE
récolter des petites caresses de la part des employés quand il alla dans le bureau
de son maître pour lui rappeler l'heure de la promenade. Azor poussa la porte d'un
léger coup d'épaule. La pièce était vide. Son instinct lui disait de faire attention,
il y'avait danger. Azor rabattit ses oreilles et baissa la tête. Il observait ce bureau
vide mais rien ne bougeait. Il fit quelques pas en arrière pour se retrouver dans le
couloir. Mais où pouvait bien se cacher son maître ? Heihachi était parti quelques 
jours en Russie avec Lee pour un projet suspect de robotisation et avait chargé
Kazuya de la bonne maintenance de la MFE. Azor l'avait parcourut en entier mais ne
l'avait pas trouvé. Il réfléchit longuement et se dit que peut-être se trouvait-il
aux étages privés supérieurs. Azor monta tous les étages par les escaliers. Plus il
avançait, plus il avait la sensation de ressentir son maître. Azor arriva finalement
au dernier étage, réservé à Kazuya, l'étage qui contenait le seul bureau avec vue
panoramique en baie vitrée sur la ville, une pure merveille. Il se planta en face de
la porte de ce bureau, légèrement entrouverte. Il faufila son museau à travers
l'embrasure et jeta un rapide coup d'oeil. Les rideaux noirs recouvraient la baie
vitrée, aucun rayon de lumière ne les traversait. La pièce était de ce fait sombre, 
comme plongée dans les ténèbres et une atmosphère tiède y régnait. Au fond, se
trouvait quelque chose, peut-être son maître assit dans son fauteuil, tournant le dos
à la porte. Azor poussa la porte et entra. Son mode de pensée se modifia instantanément
pour régresser à un état grégaire et primitif pour mieux l'aider à sonder cette
atmosphère. Il s'approcha du bureau de face et s'assit. Il gémit une fois pour observer
la réaction de ce qui se tenait droit devant lui. En entendant ce son, le fauteuil
pivota sur lui-même pour dévoiler son occupant. Azor fut effrayé et fit un bond
en arrière. Cela avait l'apparence de Kazuya mais possédait une odeur beaucoup plus
forte. Sa peau était tellement sombre qu'elle confondait la créature avec son
environnement. Deux yeux rouges luisaient ornementés d'un troisième au milieu du
front sans pupille. Elle se leva et déploya deux immenses ailes rappelant celles
des chauve-souris. Deux cornes effilées partaient de ses tempes et se prolongeaient
sinueusement. Azor su dès ce moment que ce qui se trouvait en face de lui était
cette deuxième entité présente dans le corps de son maître si souvent décelée mais
non identifiée. La manière d'être de la créature tenait à penser que Kazuya ne se
contrôlait plus. Elle regarda Azor, le dévisageant comme une pauvre bête, puis une
boule de lumière dorée commença à se former dans son troisième oeil. Elle donna
quelques battements d'ailes pour s'élever au dessus du bureau. Un laser translucide
parcourut d'éclairs bleutés sorti de cet oeil dirigé droit sur Azor, qui, totalement
surpris, ne pu éviter. Le laser toucha le haut de sa patte avant lui arrachant un
hurlement de douleur et lui faisant faire un bond incroyable avant de s'écrouler au
sol. Azor se releva tant bien que mal, aussi effrayé que perplexe, la patte en sang.
        
        L'appel de détresse fit resurgir cette ancienne promesse de s'aider lorsque
problème il y'avait...

        La créature posa ses pieds munies de serres puissantes devant le bureau sur
le sol, ses ailes se replièrent dans son dos puis elle s'abattit par terre. Sa peau
s'éclaircit, les ailes régressèrent jusqu'à totalement disparaître, les cornes firent
de même. Azor reconnu son maître. Kazuya se mis à genoux, étourdi que son corps soit
emprunté par un autre, il regarda Azor blessé.
        "Merde... qu'est-ce que tu me fais faire...?" dit-il en interrogeant l'entité
qui avait pris possession de son être quelques secondes plus tôt.
        Azor compris que ce n'était pas sa faute s'il l'avait blessé, il n'était plus
lui-même voilà tout. Il s'approcha de son maître, toujours assis par terre, qui
regardait maintenant le plancher. Des fines larmes de douleur demandant pardon
s'écoulaient le long de ses joues. Azor le regarda et essuya une de ses larmes d'un
tendre coup de langue amical. Kazuya releva la tête et appuya ses coudes sur ses
genoux. Il regardait de ses yeux noyés dans la tristesse d'avoir commis un tel acte
un doux regard ne comportant aucune rancune. Il leva la main et le gratouilla derrière
l'oreille, un sourire sur son visage. Azor n'en voulait nullement à son maître bien
que celui-ci s'accusait de lui avoir fait du mal...
        L'amitié est la plus grande force et vient à bout de tous les fléaux. Les liens
qui unissent deux êtres ne se séparent jamais, pouvant parfois les faire plonger
ensemble dans le même destin, bon ou mauvais...

        Kazuya se sentait coupable de cet incident les jours qui suivirent, mais
personne n'était au courant de sa transformation. Azor essayait de le soulager en ne
montrant pas qu'il avait mal. Voir son maître aussi malheureux le blessait profondément, 
plus que cette cuisante blessure. Azor lui fit comprendre que ce n'était pas la peine
de se mettre dans de pareils états, que c'était oublié. Mais Kazuya n'oubliait pas.
La crainte de trahir son ami malgré lui le hantait chaque soir. La date du Tekken
approchait à grand pas, il ne restait que quelques jours. Heihachi, Lee, lui-même et
Azor se rendirent deux jours avant le début des matchs au lieu du tournoi. Ils
possédaient une immense bâtisse comportant plusieurs hectares de forêts et de clairières,
avec devant la cour extérieure, un terrain sablé et des petites tribunes qui serviraient
d'accueil pour les combattants. Le jour de l'ultime affrontement arriva. Les combattants
inscrits se présentaient un à un. Heihachi, Kazuya, Lee participaient bien évidemment,
on remarqua Anna et sa soeur Nina. L'ours Kuma d'Heihachi était de la partie. Kazuya
reconnu une vieille connaissance, Paul. Il y'avait aussi deux types assez bizarres,
venant du Mexique et portant l'un un masque de jaguar, l'autre un masque de panthère
noire. Il y'avait deux sortes de robots russes, vraiment suspect. Deux ninjas Manji,
un homme et une femme, tous les deux masqués et armés, venaient se joindre à eux. Les
seules personnes à peu près normales étaient un jeune homme américain mais aux
racines chinoises, un homme assez âgé connaissant Heihachi, une jeune indienne
d'Arizona et un sumo.
        Les matchs débutèrent et procédaient par élimination des combattants ayant
perdu. Azor suivait attentivement l'action se déroulant sous ses yeux. Kazuya remporta
avec brio ses deux combats, un face au jeune américain, l'autre face à un des deux
Jaguarandis. Il était en finale face à son père... quoi ??? En finale face à son 
père...
        Kazuya était assis sur la tribune à côté d'Azor, une serviette sur ses épaules
quand il entendit Lee l'annoncer dans le haut-parleur. Il leva son regard en direction
d'Heihachi, à l'opposé de la tribune. Azor regarda son maître en penchant la tête,
comme font les chiens quand ils entendent un bruit qui les tiennent en éveil, il lut
dans ses yeux une véritable haine sous forme d'un désir ardent de vengeance face à
un autre regard inspirant autant de réciprocité. Cette finale était portée au lendemain
pour permettre le repos des deux combattants en compétition et Heihachi demanda à
tout le monde de repartir de là où ils étaient venu, la finale se déroulerait dans
un cadre privé. Pour les concurrents, ils avaient perdu, et dans leurs esprits, 
que ce soit Heihachi ou Kazuya le vainqueur, l'argent resterait à la famille Mishima,
ce n'était donc pas la peine de rester car tout cela revenait au même. Kazuya se
demanda sur le moment pourquoi ce dernier combat serait privé, mais il se dit qu'il
valait mieux que personne ne voie son apparence démoniaque si elle se manifestait.
Il se leva et se dirigea vers la maison, Azor sur ses talons. Il monta dans sa chambre
et s'allongea sur son lit. Azor resta à l'entrée de la porte le regardant. Son maître
tournait la tête de l'autre côté, vers le mur. Il semblait assez frustré mais voulait
ne pas être dérangé pour réfléchir à la suite des événements et n'avait envie d'adresser
la parole à personne. Azor se dit qu'il valait mieux le laisser tout seul. Il descendit
les escaliers tout en bas, dans le grand hall et se coucha dans un coin. Heihachi
ne laissa pas partir les perdants comme ça. Il les invita à rester ici jusqu'à la fin
de la journée. Ils étaient libres de visiter la maison comme bon leur semblaient.
Voyant cette agitation, Azor remonta voir son maître et s'aperçut que la porte de sa
chambre était enclenchée et qu'il ne pouvait pas l'ouvrir avec son museau. Au lieu 
d'aboyer pour l'avertir de sa présence, Azor se coucha quelques mètres plus loin, de
tout son long en entravant le couloir et empêchant quiconque d'accéder à cette zone.
Si son maître ne voulait voir personne, qu'on respecte sa volonté.
        Si Kazuya avait fermé la porte, c'était pour ne pas entendre tout le raffut
venant d'en bas. Il savait qu'Azor le laisserait volontiers seul s'il en avait besoin.
Il se rallongea sur son lit, les bras croisés derrière sa tête, les yeux perdus au 
plafond. Il ressentait une certaine angoisse à la vue de ce match. Certes, il attendait
ce moment depuis le jour où ce pacte maléfique avait été établi et se sentait prêt
mais redoutait dans sa tête l'idée que son père puisse le dominer et gagner. Non, il
ne fallait pas penser des choses pareilles, le démon à qui il avait vendu son âme
lui avait promis une victoire directe. Il se résigna à fermer ses yeux, le brouhaha
de tous ces gens l'empêchait de ce concentrer. Il se tourna sur le côté. Azor lui
manquait. Il ne pouvait pas le laisser se morfondre à cause de lui et de ses idées
noires. Il se leva et ouvrit discrètement la porte et glissa sa tête dans le couloir
qui était éteint. Il faisait assez sombre et Kazuya distinguait Azor couché par terre
mais aussi quelqu'un d'autre accroupie à côté de lui le caressant. Il pensa tout de
suite à Anna et enclencha l'interrupteur à droite du montant de la porte. Non. Ce
n'était pas Anna mais cette femme Manji. Elle redressa vivement la tête comme si elle
avait été découverte entrain de commettre un délit et partit en dévalant les escaliers
avant qu'il n'ait pu placer un mot. Azor tourna la tête en direction de Kazuya. Mais
qu'est-ce que cette femme Manji faisait ici ? On ne l'avait pas vu de la journée
sauf pour son match et voilà qu'elle réapparaissait dans leur maison. Ce masque de
renard l'avait troublé pendant une fraction de seconde car bien qu'on ne distinguait
pas ses yeux, on pouvait deviner aisément qu'elle paraissait assez sensible mais
surtout sauvage face aux autres. C'était peut-être ce refus d'intégration sociale
qu'Azor avait suspecté pour se laisser caresser par une inconnue. Kazuya courut vers
l'escalier mais ne la vit pas. Personne ne l'avait aperçut descendre. Il retourna
dans sa chambre avec Azor et ferma la porte. Il s'allongea sur son lit et s'endormit.
        Kazuya ouvrit un oeil. La nuit venait de passer et le petit matin s'était
levé. Il ouvrit les rideaux pour laisser des rayons de soleil tièdes entrer dans la
chambre toucher Azor qui entrouvrit ses yeux d'or, couleur de ce soleil levant. Kazuya
s'assit sur le bord de son lit et regardait Azor. De toutes leurs forces ils espéraient
que ce jour-ci n'était pas le dernier de leur vie commune. Il se changea et descendit
dans le jardin. Tout le monde dormait encore, car il était très tôt. Ils allèrent
tous les deux s'étendre dans l'herbe et se reposer un peu de toute cette agitation
mentale. Kazuya ferma les yeux. Il ne voulait réfléchir à rien du tout et profiter de
ce rare instant de tranquillité. Azor fit de même. L'état de son maître le préoccupait
un peu. Pourquoi, bien qu'il soit aussi sûr de lui, flottait dans cette atmosphère une
angoisse mortelle ? Leurs esprits n'étaient pas en paix. Quelque chose se produirait,
tôt ou tard, qui leur dirait que leurs espérances n'auront pas été comblées...
        Heihachi se leva vers 7h00. Il descendit dans le jardin prendre l'air quand
il les vit tous les deux couchés dans l'herbe. Kazuya et Azor ne le virent pas, trop
préoccupés à regarder le ciel, perdus dans leurs plus profondes pensées. Heihachi resta
sur le pas de la porte et les regarda. Une partie de son corps se réjouissait de ce
jour tant attendu, ce jour durant lequel l'ultime combat opposerait le père et le
fils pour la dernière fois, et une autre partie l'empêchait de briser une complicité
aussi forte et rare entre ces deux êtres de nature différente. Il esquissa un sourire.
Le côté destructeur et vengeur de son âme l'emportait sur la raison et la compassion.
Son fils devait mourir un point c'était tout.
        Le duel avait été fixé au début de l'après midi. Heihachi était prêt et attendait
son fils au centre de l'arène de sable. Kazuya se leva du banc d'une des tribunes.
Il s'agenouilla en face d'Azor en prenant sa tête entre ses mains.
        "Ne t'en fais pas pour moi..."
        Azor lui donna un coup de langue sur la joue. Kazuya se dirigea au centre de
l'arène, Azor ne le quittant pas des yeux. Il se positionna en face de son père, la
première fois depuis le jour où il était tombé dans ce gouffre. Heihachi regarda la
cicatrice qui lui entaillait la poitrine. Impressionnante... elle inspirait beaucoup
de souffrances endurées... tant physiques que mentales... et rejetait une haine
comparable... Kazuya traversa ses yeux, cherchant à sonder par quelle attaque il
allait commencer. Il ne voyait que des yeux ironiques agrémentés d'un sourire du 
même style face aux siens, sombres et concentrés sur cette ultime bataille. 
        
        Le match débuta.
        Lee donna le signal de départ et il s'assit à côté d'Azor. Il commençait à bien
l'aimer et vice versa malgré leur première rencontre quelque peu cahoteuse. Heihachi
commença par une série d'uppercut et semblait sûr de lui. Kazuya les contrait tous.
Une expression d'angoisse pouvait se lire sur son visage mais quelque part au fond de
lui-même, il savait qu'il ne pouvait pas perdre. Heihachi sentait de réels progrès
dans le style de combat de son fils, il voyait qu'il appliquait le style Mishima dans
le karaté mais un autre style avait aussi fait son apparition. Le combat durait depuis
cinq minutes déjà et il était impossible de déterminer qui prenait l'avantage sur
l'autre quand Kazuya ne vit pas venir un high kick qu'il pris dans la mâchoire l'obligeant
à mettre un genou à terre. Azor redressa les oreilles et Lee lui mit la main devant
le poitrail lui faisant comprendre qu'il ne fallait pas intervenir. Kazuya se sentait
humilié, comment pouvait-il avoir faibli ? Du sang coulait de sa bouche et il l'essuya
du revers de sa main. Cette situation lui rappelait ce jour quand son père l'avait mis
à terre avant de le projeter dans le vide. Il leva les yeux vers lui et vit qu'il
allait lui briser le cou d'un coup de tibia. Kazuya roula sur le côté pour l'esquiver
et se releva promptement. Heihachi regarda son regard. Quelque chose était entrain de
se produire. Il examina du mieux qu'il put et crut voir que ses yeux s'éclaircissaient
en un iris changeant du noir au rouge sang. Kazuya ressentait de plus en plus fort
cette présence en lui et sentait que ses coups devenaient plus puissants. Depuis ce
moment, Heihachi cessait d'être aussi optimiste pour lui-même. Son fils arrivait à
placer des séries de coups puissants ne le laissant pas riposter. Un coup dans l'estomac
stoppa Heihachi net qui se plia en deux. Il redressa la tête et le vit exécuter un
coup qu'il ne lui avait pas appris, des petits éclairs bleus couraient sur Kazuya
témoignant de sa puissance et de sa détermination. Kazuya frappa de plein fouet
Heihachi par un uppercut envoyé par dessous en plein dans la mâchoire. La violence
de ce coup souleva Heihachi qui fut projeté quelques mètres plus loin.
        Kazuya baissa sa garde quand il vit que son père ne se levait pas. Il s'approcha
et se planta à côté de lui. Heihachi ne bougeait plus, il était KO ou dans un début
de coma. Kazuya le regardait. Il se baissa et le souleva en le tenant par la gorge.
Il le tenait à bout de bras et s'apprêtait à le faire mourir en lui assénant un second
uppercut dans la tête. Mais il le lâcha. Son père devait mourir de la même façon que
ce jour là. Il devait être jeté dans le vide, dans le gouffre de cette même falaise, 
qui se trouvait à peine à quelques kilomètres de là. Kazuya pris Heihachi inconscient
dans ses bras et le mis dans sa voiture. Azor échappa à la vigilance de Lee et suivit
la voiture en courant le plus vite qu'il pouvait.
        Kazuya arriva quelques minutes plus tard à cette falaise. Il sorti Heihachi
de la voiture toujours KO et s'approcha du bord de celle-ci. Il regarda le fond du
gouffre, toujours aussi sombre et profond. Ses pensées ne visionnaient rien d'autre
que cet instant durant lequel il tombait après avoir vu son père sourire, une chute
interminable qui ne cessait de défiler dans son esprit.
        Azor reconnu de loin sa voiture et se dépêcha de monter à la falaise. Lorsqu'il
arriva à la voiture, il ne pouvait plus mettre une patte devant l'autre. Il se coucha,
vidé de ses forces, haletant à en perdre le souffle. Il regardait son maître une
centaine de mètres plus loin qui ne s'était pas aperçut de sa présence. Azor le voyait
tenant Heihachi dans ses bras quand quelque chose l'effleura. Azor surpris, fit un
bond de côté. Une jeune femme d'apparence immatérielle était accroupie et avait tenté
de lui donner une caresse. Azor la dévisagea. Elle inspirait de la paix et de la
tranquillité, ses yeux bleus d'une douceur incroyable, et au dessus de ses cheveux
blonds, une auréole luisait. Il ne savait pas d'où venait cette créature céleste ailée
mais il s'approcha néanmoins d'elle et ressentit une chaleur tiède, à peine palpable.
La jeune femme ne disait rien. Elle s'assit à côté de lui en s'appuyant sur la
voiture et regarda en direction de Kazuya avec des yeux pleins de tristesse. Azor
suivit le regard de la jeune femme sur son maître.
        Kazuya jeta un dernier coup d'oeil sur Heihachi. Un sourire s'inscrit sur ses
lèvres et dans sa tête il se sentait enfin soulagé de se débarrasser de lui. Il
s'approcha à quelques centimètres du bord. Heihachi était toujours plongé dans les
ténèbres de l'inconscience avant de rejoindre les ténèbres de la mort. Kazuya le
lâcha. Il vit son corps être englouti dans les profondeurs de la terre... à tout
jamais. Il se retourna pour s'apprêter à quitter les lieux quand une plume virevolta
devant lui avec grâce en décrivant des figures cycliques. Il tendit la main et la
plume se posa délicatement dessus. Kazuya regarda en l'air. Il n'y avait rien, pas
d'oiseau ni de vent.
        Azor se demandait ce que faisait son maître, il ne bougeait plus. Il sentit
un léger courant d'air le frôler, il tourna la tête et vit que la jeune femme avait
disparut...

        Non, l'accomplissement de la vengeance avait été trop facile... une seconde
destinée les attendait pour mettre à l'épreuve leur amitié...

        La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Le leader de la MFE avait
disparut et son fils légitime avait pris le pouvoir de force. Kazuya rentra au building
situé dans la cité pour reprendre les affaires de son père. Il garda son immense bureau
comme bureau privé d'affaires au dernier étage et fit quelques rénovations. Il décida
aussi de garder Lee qui ne le remercia même pas. Kazuya instaura une dictature intérieure
à la MFE pour rehausser les finances et donner une image de marque plus puissante 
auprès des concurrents. Maintenant que Kazuya était devenu le boss incontesté de
l'entreprise, il pouvait passer plus de temps avec Azor. Celui-ci ressentait un léger
changement de comportement dans son maître. Certes sa tête était un peu plus préoccupée
par les affaires mais il paraissait enfin heureux, soulagé d'un poids immense.
        La journée avait été dure pour tout le monde et Kazuya ne put sortir Azor
qu'en fin d'après midi. Le soir commençait à tomber mais il tenait absolument à
promener son chien. Arrivé dans une ruelle de la cité, plutôt sombre et étroite, il
détacha sa laisse pour le laisser courir un peu. Ce genre de rues sont les seuls
endroits où personne ne peut vous surprendre avec votre chien détaché, ce qui est
formellement interdit en ville. Azor se mis à renifler comme à l'accoutumé le long des
murs et Kazuya se désintéressa peu à peu de lui en se plongeant dans quelques problèmes
épineux de la MFE qu'il fallait résoudre au plus vite. Azor n'était pas le genre de
chien à se sauver ou à faire des bêtises en l'absence de son maître et qu'il le
surveille ou non ne changeait en rien ses agissements. La ruelle débouchait sur une
autre petite ruelle, plus sombre et plus étroite, embrumée de vapeurs hostiles. Sa
truffe frémit. Quelque chose de vivant se terrait dans le noir. Une créature apeurée,
dans le doute et la détresse. Son flair ne le trahissait pas. Il avait déjà senti la
même odeur il n'y a pas si longtemps que ça... Il s'approcha la tête basse avec une
expression d'intimidation, ses yeux d'or reflétant de pâles lueurs mourant dans la
ruelle. Il s'approcha jusqu'à distinguer visuellement l'odeur connue. Oui, il ne
s'était pas trompé ! Il s'agissait bien de cette femme étrange avec le visage couvert
par un masque. Il s'approcha et elle le reconnu. Elle était assise par terre, la
main sur son épaule en sang. Kunimitsu allongea son bras blessé pour tapoter sa tête
d'un signe amical. On devinait qu'elle souriait derrière son masque. Azor l'invita à
se lever mais ses forces l'abandonnaient; elle avait perdu trop de sang. Son maître
ne se trouvait qu'une à deux ruelles de là, alors, faisant volte-face, il courut
l'avertir.
        Kazuya s'était arrêté et appuyé contre un mur pour méditer. Il croisa ses
bras et ferma ses yeux en soupirant. L'air qu'il expirait se condensait en une légère
vapeur bleuâtre, il commençait à faire froid. Perdu dans ses pensées, il sursauta
en entendant Azor aboyer. Il ouvrit ses yeux avec un regard perplexe. Azor attrapa
son bras et essaya de le tirer, mais surpris, Kazuya résista à sa pression. Il vit
une trace de sang sur sa tête et posa la main dessus pour s'apercevoir qu'il n'était
pas blessé. Azor tira encore et cette fois, il se laissa traîner jusqu'à cette ruelle
où se cachait la jeune femme.
        Azor courut au fond de la petite rue au moment où il disparut dans l'ombre.
Kazuya observait mais devait lui faire confiance et s'approcher un peu plus. Il
découvrit cette femme qu'il reconnu grâce au masque qu'elle portait. Ne pouvant voir
ses yeux et ne pouvant de ce fait savoir si elle était consciente ou non, il lui
demanda.
        "Azor m'a guidé jusqu'à vous... laissez moi vous soigner..."
        La tête de Kunimitsu se souleva légèrement. Kazuya lui tendait une main
secouriste et parlait d'une voix douce avec des yeux réconfortants.
        "Non... vous ne... devez pas m'aider... il en va de votre vie..."
        Kazuya regarda Azor droit dans les yeux. Le chien semblait éprouver une
affection particulière, aussi sacrée que celle avec son maître, pour cette femme qu'il
considérait un peu comme lui. Kazuya baissa la tête. Il ne pouvait pas abandonner
cette femme, Azor comptait sur lui pour la ramener, et la soigner comme avec lui la
fois où ils s'étaient rencontrés. Kazuya s'approcha de Kunimitsu et la prit dans ses
bras. Elle ne pouvait rien faire, elle était devenue trop faible. Il l'emmena à la
MFE, les employés étaient déjà tous partis. Il appela en urgence un de leurs médecins
privés qui arriva quelques minutes plus tard et lui soigna ses blessures. Bien qu'il
insistait pour qu'on lui ôte son masque pour l'examiner, Kazuya refusa.
        Quelques jours plus tard, Kunimitsu allait mieux. Elle fit part à Kazuya de
certaines de ses craintes notamment comme quoi le Manji clan n'hésiterait pas à tuer
tous ceux qui lui avaient permis de survivre. Elle ne savait pas où aller, le seul
endroit où elle pourrait être en sécurité c'était ici et il lui autorisa à rester
quelques temps. On ne la voyait pas souvent, elle préférait se cacher des autres,
seul Azor arrivait à la trouver dans l'immense building. Elle semblait être assez
dévouée à Kazuya et n'hésitait pas à accomplir les tâches qui lui envoyait. Lui même
appréciait beaucoup la présence d'une personne aussi zélée, lui donnant une certaine
confiance qu'il n'attribuait pas à tout le monde.
        A part l'absence d'Heihachi et une remontée spectaculaire dans les marchés
mondiaux pour la MFE, rien n'avait vraiment changé. Anna restait le garde du corps
de Kazuya quand il sortait, parfois accompagné de Lee et aussi de Nina ce qui créait
assez souvent des rivalités et des disputes. Il s'arrangeait toujours pour emmener
Azor dans ces onéreuses soirées pour congrès prestigieux. Kazuya trouvait la vie
plus facile, plus tranquille, son esprit était moins tourmenté de ces pensées de
vengeance. Sa relation amicale avec Lee semblait s'améliorer un peu bien qu'ils ne
s'appréciaient pas beaucoup. C'était Azor qui leur avait permis de se rapprocher
car lui aussi commençait à trouver certaines valeurs dans Lee qui était de plus
en plus sympathique avec lui. Kazuya était moins stressé, moins angoissé et ne se
défoulait plus sur Lee comme avant le Iron Fist quand celui-ci lui lançait une
remarque déplacée. Ils ne se parlaient pas trop en dehors de leur travail mais ne se
haïssaient plus autant qu'avant. La vie redevenait une chose simple, où tout va pour
le mieux, et dans laquelle Kazuya s'ennuyait un peu parfois. Pour combler ces vides
d'existences, il se faisait des alliés dans des affaires politiques ou économiques
et dirigeait toutes les ficelles de ce joli petit monde n'hésitant pas de temps en
temps à tremper dans des affaires louches noyées dans l'argent sale.

        Les belles choses et douces de la vie ne durent jamais. Il faut savoir assurer
ses arrières et aller de l'avant si on ne veut pas dépérir oublié de tous...

        Kazuya prenait quelques congés dans cette maison à la campagne, celle qui
avait servie pour l'Iron Fist Tournament. Il avait emmené Azor, Lee, Kunimitsu et
Anna. C'était le début de l'été et une douce chaleur envahissait peu à peu le jardin.
Ils ne restaient que quelques jours, la MFE avait besoin d'eux.
        Il était très tôt le matin quand Azor se réveilla. Il jeta un coup d'oeil sur
son maître qui dormait encore. Il poussa la porte du museau et se retrouva dans le
couloir. Quelques domestiques étaient debout et s'affairaient à préparer le petit
déjeuner. Azor descendit dans le hall, la porte d'entrée était ouverte pour aérer
et rafraîchir l'intérieur. Il s'arrêta au pas de la porte. Un petit vent frais se
levait et faisait frémisser sa truffe. Il ferma ses yeux pour identifier ces bonnes
effluves toutes droit sorties de la nature. Il se coucha devant la porte, toujours en
gardant la tête haute, les oreilles droites. Quand un bruit de moteur lointain attira
son attention. Peu après, il distingua au loin sur la route unique menant à leur
maison, un nuage de poussière avant de voir qu'il s'agissait d'une voiture. Azor se
leva et regardait cette mécanique noire s'approcher de plus en plus jusqu'à venir
se garer sur le parking en face de la maison, à côté du jardin.
        Azor senti un frisson glacial lui parcourir l'échine en hérissant ses poils.
L'homme qui était descendu de voiture était CET homme. Comment pouvait-il être encore
en vie ?!? Cette chute dans la falaise aurait dû le tuer ! Azor regardait Heihachi
s'approcher de lui avec une marche lourde et sûre d'elle. Heihachi ne lui jeta pas 
même un regard et rentra dans la maison, avec ce même sourire répugnant sur son
visage. Azor rentra à son tour lui aussi et le vit entrain de parler avec un domestique.
Il se précipita ventre terre en montant quatre par quatre les marches de l'escalier
pour prévenir son maître que son père était revenu...
        Il entra sur des pattes de velours dans la chambre, son maître dormait encore.
Azor s'approcha doucement de son lit, vers son visage. Il s'assit en face de lui et
posa son museau sur le matelas. Kazuya dormait profondément, son expression n'était
pas la même qu'il donnait en public, on aurait dit le visage tranquille d'un enfant
sombrant en toute quiétude, bercé par les déesses du sommeil. Il le regarda ainsi
quelques minutes, puis il soupira un air tiède qui caressa son visage. Kazuya ouvrit
un oeil.
        "Oh... déjà levé Azor ?" Il lui mis la main sur la tête et le gratouilla
derrière les oreilles. Azor ne bronchait pas, il semblait triste et il s'en aperçut.
        "Et bien ? Qu'est-ce qu'il y'a ? Quelque chose ne va pas ?"
        Azor regarda le plancher en baissant ses oreilles. Kazuya s'appuya avec son
coude sur l'oreiller et répéta.
        "Il y'a un problème Azor ?" Kazuya le regardait pleins d'inquiétudes quand il
entendit une voix sourde et retentissante au rez-de-chaussée. Il regarda avec effroi
Azor qui déportait ses yeux autre part que sur lui, la tête basse et les oreilles
rabattues. Kazuya se leva précipitamment, enfila vite fait une chemise qu'il ne pris
pas la peine de fermer et un pantalon qui traînait. Il sorti de sa chambre, descendit
à vive allure les escaliers. Azor se redressa et le suivit, mais plus doucement,
sachant quel enfer l'attendait en bas. Kazuya arriva dans le hall principal et vit
celui qu'il entendait d'en haut. L'homme se retourna.
        Kazuya ne pouvait plus parler tellement qu'il était choqué et enragé intérieurement
de ce qu'il voyait. Heihachi était là, bien vivant devant lui, la même apparence, les
mêmes effluves repoussantes. Il sentait son coeur s'arrêter, sa respiration se bloquer,
ce ne pouvait pas être la réalité ! Heihachi se tenait devant lui, toujours souriant.
Azor arriva et posa sa truffe sur la main de son maître en signe de soutien. Kazuya se
ressaisit. Heihachi s'approcha.
        "Tu n'as pas changé... toujours accompagné de ton sale bâtard !"
        Kazuya envoya un regard haineux en sa direction.
        "... Qu'est-ce que tu fais ici ?!?" il essayait de parler sans laisser la
colère prendre le dessus bien que cette remarque le mit hors de lui.
        "Je suis bien plus coriace que tu ne le penses ! Je viens reprendre le Zaibatsu
et tout ce qui m'appartenait !"
       "JAMAIS tu entends !!! Je ne te laisserai JAMAIS reprendre le contrôle de ma
vie !!!"
        "Je savais que tu réagirais comme ça... et je n'avais de toute façon pas
l'intention de te garder avec moi ! Dès que l'on saura que je suis resté en vie, je
reprendrai automatiquement la place de leader qui m'était réservée..."
        Kazuya savait bien que dès que les médias sauraient qu'Heihachi était toujours
en vie, il serait restitué leader de la MFE, il n'y avait aucun doute d'après les
conventions établies. Il se rattrapa en disant.
        "Tu ne le seras plus jamais si je te tue avant !"
        "Mm... tu vois les choses comme cela ? Très bien, nous nous battrons à nouveau !
Dans le cadre d'un Second Iron Fist ! Et le perdant mourra... consumé dans un volcan !
Nous serons ainsi certain que l'autre ne reviendra jamais..."
        Sur ces mots, il partit. Kazuya le regarda au loin, jusqu'à ce que la voiture
ne soit plus visible. Il était enragé intérieurement, sa vengeance ne s'était donc
pas accomplie... Il ferma la porte d'entrée en laissant sa main sur la poignée. Après
quelques instants de perplexité, il donna un coup de poing de toutes ses forces dedans.
        "J'aurais dû m'assurer que je l'avais eu !!! J'aurais dû vérifier !!! J'aurais
dû le tuer avant de le jeter dans ce gouffre !!!"
        Il appuya sa tête sur la porte, puis il recula d'un pas. La porte en bois
massif n'avait rien mais son poignet lui faisait mal. Il monta les escaliers et ferma
la porte de sa chambre en donnant comme consigne qu'on ne le dérange sous aucun prétexte.
Azor restait dans le hall, la colère de son maître l'effrayait un peu. Il se dit qu'il
valait mieux ne pas le réconforter alors il alla au salon et s'allongea sur un tapis.
Le soir, Kazuya ne descendit pas manger. Lee remarquait son absence mais ce n'était
pas ça qui l'ennuyait le plus. Il se rendit dans le salon et aperçut Azor, couché les
yeux ouverts regardant dans le vide. Lee s'assit dans le fauteuil juste à côté de lui.
        "Et bien Azor, tu n'es pas avec ton maître ?"
        Azor en entendant ses mots, leva la tête en sa direction. Lee ne fut pas 
intimidé en regardant dans ses yeux remplis de tristesse, et pour la première fois,
il ressentit de la douleur de le voir dans cet état. Il se risqua à poser sa main sur
sa tête. Azor ne réagissait pas alors Lee le caressa un peu.
        "Ne t'inquiète pas pour lui... je suis certain que tout s'arrangera..."
        Lee resta toute la nuit affalé dans ce fauteuil en veillant sur Azor. Depuis
ce jour il se rendit compte que les bêtes pouvaient elle aussi exprimer des sentiments
très forts tels que l'amitié, la compassion, la loyauté, et que pour eux, ils sont
bien plus importants dans leur morale que dans la nôtre au point de se dévouer corps
et âme.
        Le lendemain, Lee ouvrit un oeil. Il était toujours dans ce fauteuil, Azor
près de lui. Celui-ci ne dormait pas, et avait l'air bien éveillé. Lee lui demanda.
        "Mm... toujours là ?" Azor tourna la tête vers lui. "Ton maître n'est pas
encore descendu ?" Azor le regardait avec cette expression de douleur qui fait qu'on
ne peut rester insensible à de tels sentiments de peine. Lee se leva et incita Azor
à le suivre.
        "Viens avec moi, on va voir s'il dort toujours."
        Azor se leva, secoua la tête et bailla un coup. Il suivit Lee d'un pas
nonchalant et monta doucement les escaliers. Lee arriva le premier en haut et le
regardait gravir les marches. Azor fuyait son regard vers le hall en bas, tenait la
tête basse et les oreilles légèrement rabattues. Il arriva enfin en haut des marches
et tous les deux se mirent en face de la porte de la chambre de Kazuya. Lee donna trois 
coups mais le silence régnait de l'autre côté. Il frappa encore une fois. Toujours
pas de réponse.
        D'une main souple il abaissa la poignée et après quelques temps d'hésitations
il la poussa de quelques centimètres. Il jeta un coup d'oeil à l'intérieur. L'embrasure
étant étroite, il ne voyait qu'un bout de mur et le montant du lit. Il ouvrit un peu
plus jusqu'à voir entièrement l'intérieur de la pièce. Azor ne pouvait rien voir
derrière Lee mais attendait patiemment qu'il s'écarte. Lee se retourna anxieux et fixa
Azor.
        "Il... il a besoin de toi... vas le voir..." Sur ces mots, Lee se poussa pour
laisser entrer Azor. Il franchit le seuil de la porte et Lee parti. Il ne vit au
premier abord qu'une masse de fumée bleutée flotter dans toute la pièce baignant dans
une atmosphère humide et tiède. Les rideaux quoique fermés laissaient une lueur ocre
teinter la chambre. Kazuya était là, assit au bord de son lit, les avant bras appuyés
sur ses jambes, la tête basse. Il ne bougeait pas, il semblait ne pas respirer. 
L'impression que cette ambiance donnait à Azor était la même que la fois où son 
maître s'était métamorphosé en cette créature ténébreuse et maléfique. Il s'avança à
peine. Kazuya restait stoïque comme s'il n'avait pas entendu la porte s'ouvrir, comme
s'il n'avait pas senti la présence de son fidèle compagnon, comme s'il n'était plus
lui... Il était apparemment resté ainsi toute la nuit, il portait le même pantalon,
la même chemise déboutonnée, sa main gauche encore irritée du coup qu'il avait donné
la veille... Azor n'osait pas s'approcher. Kazuya regardait toujours au sol, quelques
mèches de cheveux rebelles retombant sur son front, les yeux fixes, vidés de toute
vie apparente... Azor observait toujours son maître, il lui semblait réellement
différent quand il crut voir une illusion.
        Azor voyait se dessiner de plus en plus net en face de lui, sur le lit juste
derrière son maître, une silhouette pâle, un hologramme de femme. Il la reconnu tout
de suite et dressa les oreilles bien que légèrement effrayé de sa venue ici... Elle
était toujours aussi belle et mystérieuse avec son auréole et ses deux ailes d'une
blancheur divine. Ses mouvements ressemblaient à ceux d'une flamme qui vacille, qui
va mourir, soufflée par un courant d'air aussi faible soit il. On pouvait voir le
mur à travers elle, elle semblait transparente tout en véhiculant une sensation de
matière et de réalisme. Pourtant Azor ne rêvait pas. Elle s'approcha doucement de Kaz
et lui mis ses deux bras autour de son cou en murmurant quelque chose d'à peine audible.
Kazuya senti cette présence. Il leva la tête surpris et regarda derrière lui. Il n'y
avait plus rien. Elle venait de s'évanouir telle une colombe rejoignant la liberté...

        Croyez vous en une créature céleste tentant de sauver les damnés ? Y'a-t-il
des sentiments, des émotions qui interviennent dans ce jeu dangereux qu'est la
vengeance ?

        Quelques jours après le retour d'Heihachi, Kazuya commença les préparatifs
du Second Iron Fist. Les liens sacrés entre lui et Azor s'étaient renoués et même
consolidés avec du fil d'acier et ils paraissaient encore plus unis qu'avant. Deux ans
s'étaient écoulés depuis le premier Tekken, Kazuya entamait ses 26 ans. Il paraissait
assez calme et moins tendu qu'au précédent tournoi. Azor le voyait se mettre à la
tâche comme il se devait.
        Quelques mois avant la date officielle du tournoi, Kazuya reçu la visite
d'une personne étrange. Il rechercha quelques informations sur elle et son complice
et apprit qu'ils travaillaient pour la WWWC. Cela ne le surprenait nullement car
après tout, il s'était plu à créer des embrouilles plus ou moins insalubres autour de
lui et s'apprêtait tôt ou tard à recevoir de la visite.
        Ils arrivèrent tous les deux en fin de matiné et donnaient vraiment
l'impression de personnes ordinaires ne participant à aucune mission d'investigation.
Kazuya se trouvait au dernier étage et reçu un mot de sa secrétaire de leur venue. Il
lui demanda de les faire entrer. Azor se tenait à côté de son maître et regardait
attentivement cette porte s'ouvrir pour découvrir quels visiteurs se cachaient derrière.
Il y'avait un homme et une femme qui se présentèrent; Lei Wulong et Jun Kazama. Kazuya
les dévisagea avec ce regard perçant qui met mal à l'aise. Lei lui semblait assez
soucieux de cette entrevue et son regard se déporta sur cette femme, Jun. Elle
paraissait déterminée à obtenir ce qu'elle souhaitait et il n'avait pas l'habitude
de se trouver en face d'aussi charmante adversaire. Il la regardait un peu mieux. La
première pensée qui lui vint à l'esprit était qu'elle était l'exact opposé d'Anna.
Sa tenue n'avait rien d'affriolant, une robe longue et blanche à bretelles, pas de
maquillage sui un visage joliment dessiné, un cerceau tenant ses cheveux et des yeux
de biche. Elle avait tout de la femme saine, douce et simple animée d'aucuns sentiments
néfastes. Ils s'assirent tous les deux  sur les chaises qui leur étaient réservées.
Azor lui aussi avait remarqué cette jeune femme mais sûrement pas de la même manière
que son maître. Elle lui paraissait hostile sous ses allures angéliques et cachant
un obstacle pénible à surmonter. Il se redressa sur ses pattes et se recoucha à
gauche d'elle, deux mètres plus loin en gardant ses yeux menaçants sur elle. Kazuya
ne l'avait jamais vu comme ça, il ne demandait pourquoi il se comportait ainsi. Il
s'empêcha de lui adresser une parole. Il regarda Jun qui semblait effrayée par son
chien. Il entama la discussion.
        "Bien, enchanté de faire votre connaissance, mais on ne m'a pas indiqué la
raison de votre déplacement..."
        Lei se ressaisit.
        "Il s'agit d'une visite officielle d'investigation. Nous n'allons pas tourner
autour du pot, allons droit au but; nous possédons des preuves irréfutables de vos 
activités illégales mais hélas insuffisantes pour vous faire arrêter. Nous ne pouvons
en aucun cas vous inculper mais comme la loi l'exige, nous venons inspecter les lieux,
faire des rapports d'enquêtes et vous donner un premier avertissement sur votre 
conduite. Sachez qu'à la seconde entourloupe, vous serez bon pour un procès."
        Kazuya sourit. Ce policier n'était pas un novice.
        "Vous m'avez l'air sûr de vous... de quoi m'accuse-t-on ?"
        Lei ne s'attendait pas à ce genre de réaction. Il prévoyait plus une angoisse
qu'il aurait pu maîtriser pour son profit et le faire parler un peu. A la place, il
se trouvait en face d'un homme sûr de lui, ce qui est beaucoup plus dur à gérer.
        "Les preuves que nous retenons contre vous sont: trafic de drogue pour mon 
équipe et trafic illégal d'animaux pour ma collègue ici présente. Nous enquêtons
depuis pas mal de temps sur vous et ce que l'on trouve est assez effarant. Qui aurait
pu imaginer une société aussi puissante, être aussi sale ?"
        Kazuya souriait toujours. Ces deux personnes l'ennuyaient un peu d'avoir
déjoué son plan machiavélique, il décida de décliner.
        "Veuillez m'excuser, j'ai une conférence d'ici quelques minutes. J'espère
avoir le plaisir de vous revoir..."
        Il se leva et les raccompagna à la porte de son bureau. Puis, quand il se
trouva à nouveau seul avec Azor, il se rassit dans son fauteuil et appuya sa tête sur
son poing en fermant les yeux.
 

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE

DARK ANGEL - LOUVE GRISE

15/09/2000